C’est une tradition américaine qu’on ne saurait refuser : le barbecue de la Fête des Pères, la pluie sur High Point, et un public tout droit sorti d’un clip de Lynyrd Skynyrd. Bienvenue à Mount Morris, Pennsylvanie, pour la 4e manche du championnat US de motocross 2025. Et comme chaque année, on a eu droit au cocktail classique : un circuit rugueux, un ciel lunatique, un drapeau rouge, et quelques pilotes décidés à en faire trop. Spoiler : Jett Lawrence continue son hold-up en 450, pendant que Haiden Deegan écrase la 250 avec la grâce d’un marteau-piqueur sur du papier bulle.
450 : Jett Lawrence, roi sous tous temps, même mauvais

Premier acte : Course 1, temps sec, ambiance studieuse. Jett Lawrence claque le holeshot avec l’élégance d’un métronome suisse, pendant que Cooper et Plessinger jouent à “qui veut perdre la roue arrière le plus vite”. Sauf qu’à force de rouler en apesanteur, Jett cale comme un débutant. Oui, vous avez bien lu : il cale. La surprise dure environ aussi longtemps qu’une pub YouTube non skippable, puisque Lawrence junior repart et remonte, tranquille, en déposant Plessinger comme on pose un sac plastique sur un banc. Hunter, le frère aîné, joue les utilités en P2. Et pendant ce temps, Tomac, qui était caché dans un buisson jusqu’à présent, surgit pour une attaque de fin de course qu’on qualifiera poliment de “trop tard”.
Deuxième acte : Course 2, ouverture du ciel, déluge biblique. Le genre de moment où même Noé aurait mis des tear-offs sur l’Arche. Hunter part en tête, mais c’est Tomac, ressuscité du fond du classement général, qui se faufile et prend la tête. Jett, lui, prend un départ dans le ventre mou du top 10, ce qui chez lui est déjà un aveu d’échec moral. Il revient quand même, double sans pitié, profite d’un Plessinger aveugle (sans lunettes) et monte sur le podium… juste à temps pour que les officiels agitent un drapeau rouge, effrayés par l’orage. Résultat : Tomac gagne la manche, mais c’est Jett qui s’adjuge le général avec un 1-3 opportuniste. Parce que dans ce sport, on peut caler, rater son départ, finir troisième… et quand même gagner. C’est ça, être Jett Lawrence.
| Pos | Moto | Pilote | Course 1 | Course 2 | Total |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Honda | J Lawrence | 1 | 3 | 45 |
| 2 | Honda | H Lawrence | 2 | 2 | 44 |
| 3 | Yamaha | Eli Tomac | 5 | 1 | 42 |
| 4 | KTM | A Plessinger | 3 | 4 | 38 |
| 5 | Yamaha | J Cooper | 4 | 5 | 35 |
| 6 | Honda | J Savatgy | 8 | 6 | 30 |
| 7 | Kawasaki | J Anderson | 7 | 7 | 30 |
| 8 | Husqvarna | R Hampshire | 6 | 8 | 30 |
| 9 | Yamaha | C Schock | 10 | 9 | 25 |
| 10 | Yamaha | C Webb | 9 | 11 | 24 |
250 : Haiden Deegan, dictateur à visière fumée
Vous pensiez qu’après un week-end “déprimant” à Thunder Valley (où il n’a fini que deuxième), Haiden Deegan allait cogiter ? Raté. Le phénomène aux faux airs de mini Travis Pastrana a remis les pendules à l’heure — et la concurrence en position fœtale. Deux manches, deux démonstrations, deux mises à l’amende collectives. En Course 1, il déboîte Nate Thrasher avec la brutalité d’un contrôle fiscal surprise, puis s’envole. Levi Kitchen sauve les meubles en P2, Hammaker fait une apparition inédite sur le podium, pendant que Tom Vialle limite la casse (P4), toujours aussi propre… mais toujours aussi un ton en dessous.
Course 2 ? Rebelote. Holeshot pour Vialle, mais Deegan ne laisse même pas durer le suspense : une ligne intérieure bien sentie et c’est fini. Hymas tente de suivre, s’accroche, puis finit par s’auto-éjecter à un tour de la fin, laissant Vialle ramasser les restes en P2. Le Français, plus constant qu’explosif, signe son premier podium depuis l’ouverture. Kitchen, égal à lui-même, finit troisième au général malgré une manche 2 en apnée.
| Pos | Moto | Pilote | Course 1 | Course 2 | TOTAL |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Yamaha | H Deegan | 1 | 1 | 50 |
| 2 | KTM | Tom Vialle | 4 | 2 | 40 |
| 3 | Kawasaki | L Kitchen | 2 | 6 | 38 |
| 4 | Honda | C Hymas | 5 | 3 | 37 |
| 5 | Kawasaki | Marchbanks | 7 | 4 | 33 |
| 6 | Honda | Jo Shimoda | 6 | 5 | 33 |
| 7 | Kawasaki | S Hammaker | 3 | 14 | 28 |
| 8 | Gasgas | C Cochran | 11 | 9 | 24 |
| 9 | Yamaha | N Thrasher | 10 | 10 | 24 |
| 10 | Triumph | Jalek Swoll | 14 | 8 | 22 |
Et Deegan ? Il rigole. Avec une avance de 42 points au championnat, une troisième victoire par double-manche et un ego désormais visible depuis l’espace, il pourrait bien jouer à la console pendant une manche que ça ne changerait rien.
Les notes du week-end (sur 10)
- Jett Lawrence (9) : Il peut caler, rater son départ et toujours gagner. Quand est-ce qu’on change le règlement ?
- Hunter Lawrence (8) : Solide comme un aspirant numéro 2. Ou comme un frère aîné qui commence à comprendre qu’il ne sera jamais roi.
- Eli Tomac (7) : 75 podiums en carrière, dont celui-ci. Une légende qui sait encore briller… quand il part devant.
- Aaron Plessinger (6) : Des coups d’éclat, puis plus rien. Mention spéciale pour le sans-lunettes en mode Rambo.
- Haiden Deegan (10) : Une leçon de motocross. Un marteau, une enclume, et 39 pilotes écrasés.
- Tom Vialle (8) : Le seul à donner un semblant de réponse à Deegan. Ce n’est pas encore suffisant, mais c’est déjà pas mal.
- Levi Kitchen (7) : Monsieur Troisième Place. La régularité d’un vieux diesel, mais ça paye.
- Chance Hymas (5) : Du potentiel, du panache, et un gadin sur la dernière marche du podium.
- Les organisateurs (6) : Circuit old-school, météo imprévisible, drapeau rouge au bon moment. Pas mal. Mais les tentes VIP qui fuient, c’est non.
Conclusion : domination, frustration et précipitations
À Mount Morris, les valeurs sûres se sont imposées. Jett Lawrence n’a pas besoin d’être parfait pour gagner. Deegan, lui, est parfait, ce qui rend les autres parfaitement inutiles. Le championnat commence à ressembler à un long tunnel avec deux phares au bout : rouge pour Honda, bleu pour Yamaha. Et derrière ? C’est la pluie, la boue, et un peloton qui rame.
Rendez-vous à RedBud. Il ne pleuvra peut-être pas. Mais il y aura du feu d’artifice. Et probablement encore un Lawrence et un Deegan sur la plus haute marche. La vraie question devient : quel week-end faudra-t-il pour que ça change ?