C’est sous un ciel grisâtre, et dans une ambiance plus humide qu’un sauna scandinave, que la saison 2025 du JuniorGP a officiellement pris son envol à Estoril. Ce circuit portugais, connu pour son caractère technique et son bitume aussi uniforme qu’un patchwork mal cousu, n’a pas failli à sa réputation. Bienvenue dans l’arène des ados énervés et des trajectoires suicidaires : le JuniorGP, où l’on envoie des gamins dès 15 ans s’expliquer à coups de freinages kamikazes comme si une place chez Ducati MotoGP était à la clé. Spoiler : elle ne l’est pas. Pas encore…
Déluge et décibels
Côté météo, l’autódromo Fernanda Pires da Silva avait visiblement signé un partenariat avec la Normandie. Pluie fine, ciel plombé, température idéale pour conserver du poisson – bref, un cocktail rêvé pour une première course de la saison. L’asphalte, déjà pas fameux en temps sec, s’est transformé en piège à débutants et en cauchemar pour les ingénieurs suspension. Les commissaires, eux, ont passé la journée à ramasser des bouts de carénage comme à une chasse aux œufs de Pâques, sauf que là, c’est le chocolat qui ramassait.
Un départ version apocalypse
Dès l’extinction des feux, les hostilités furent lancées avec la subtilité d’une charge de buffles. Car en JuniorGP, on ne cherche pas à comprendre : on plonge à l’intérieur au premier freinage et on espère que Newton oubliera ses lois le temps d’un virage. Le peloton s’est aussitôt scindé en trois groupes : ceux qui tentent de gagner la course au premier tour, ceux qui essaient juste de ne pas mourir, et ceux que la caméra oubliera pendant 15 tours.
Et Enzo Bellon dans tout ça ?

Le jeune rookie Réunionnais, le plus jeune du plateau, plus connu sous le sobriquet affectueux de “Fasty Foxy“, a vécu une course en deux temps : le premier, celui de la tension, de l’apprentissage grandeur nature sur un circuit encore mal digéré ; le second, celui du courage, de la gestion et de la lucidité. Parti en 22e position après ne pas avoir pu accrocher les phases finales des qualifs lors des FP (P8 en Q1), Enzo n’a pas sombré dans la panique collective des premiers tours. Pas de plongeon suicidaire, pas d’improvisation façon cascadeur Netflix : Bellon a roulé, intelligemment, proprement, et surtout en progressant.
Certes, il n’a pas flirté avec le top 10 (pas encore), mais il a terminé la course à une très honorable P13. Le tout dans ces conditions et pour une première à Estoril, c’est déjà un badge de bravoure. Objectif parfaitement rempli pour le prodige réunionnais à qui était assigné de rentre entre P15 et P10. Pas mal pour sa première course de découverte de la série ET de ce circuit d’Estoril. Bien des pilotes plus âgés, plus expérimentés, et avec un ego plus grand que le paddock, ont fini dans le bac à gravier ou ont vu la ligne d’arrivée depuis les tribunes après un highside en mondovision.

Enzo, lui, a terminé. Dans le peloton, au cœur de la mêlée, en remontant place après place (progression de 9 unités) en tête du deuxième wagon avec de plus gros points à aller chercher dans les manches à venir, mais avec un bagage qui s’épaissit. Comme le dit son père Samuel: “ça s’est fait ! On va pouvoir commencer à travailler en fonction de ces résultats.” L’humidité dans la combi ne venait peut-être pas que de la pluie, mais “Fasty Foxy” a tenu bon, dans un environnement où beaucoup auraient fermé la visière pour pleurer tranquille.
En haut de la feuille, la guerre de nerfs

Devant, c’était une autre planète. Le vainqueur du jour – un petit prodige ibérique (Brian Uriarte) avec l’assurance d’un vétéran et la finesse d’un pitbull – a mené la danse avec une autorité suspecte pour son âge (il termine avec près de 8 secondes d’avance sur son plus proche poursuivant, une éternité donc !). Des chronos stratosphériques, des dépassements chirurgicaux, et un drapeau à damiers attrapé comme on cueille une cerise mûre. Derrière lui, les candidats au titre ont sorti l’artillerie, les coups de coude et parfois les genoux, dans une ambiance “battle royale sur deux roues”. Le podium est complété par le malais Hakim Danish et le finlandais Rico Salmena.
Mais qu’on ne s’y trompe pas : la saison ne fait que commencer, et les points ne s’amassent pas comme des coquillages. Il reste encore bien des pièges, bien des circuits, et bien des bastons à mener pour ceux qui visent les sommets – ou simplement une carrière intacte.
Conclusion : baptême du feu pour tous, et promesse tenue pour Bellon
Estoril n’a pas fait de cadeau, mais Enzo Bellon n’a pas demandé l’aumône. Il prend des repères, engrange de l’expérience, et surtout, ne tombe pas dans le piège de vouloir briller trop vite. Dans un championnat où la moindre erreur coûte trois positions et deux mois d’estime de soi, c’est déjà la marque des grands.
Prochaine étape : Jerez pour deux courses le premier week end de Juin, pour un deuxième round qui promet encore des étincelles, des graviers, et peut-être les premiers points du petit renard réunionnais.