lundi, septembre 7, 2026

Karting ou bowling ?

Le circuit de la Jamaïque… son soleil implacable, sa piste de karting aux relents de gomme brûlée, et son paddock transformé, le temps d’un dimanche, en théâtre antique où l’on rejoue tragédie et farce à parts égales. Ce week-end, pourtant béni par un ciel sans nuages, a vu l’ambiance plonger dans des abysses rarement atteintes en sport amateur. Le soleil tapait fort, certes, mais pas autant que certains propos échappés des paddocks. Car oui, cette fois, on a crevé le plancher de la bienséance.

Tout avait pourtant bien commencé. Un week-end de course comme un autre, avec ses moteurs qui hurlent, ses mécanos à cran, et ses pilotes qui chauffent autant les pneus que les moulins. Mais dès le départ de la catégorie “reine”, le ton a été donné. Un contact au premier virage, classique me direz-vous. Sauf que cette fois, le frottement n’avait rien d’un incident de course. Non, pour certains — et surtout pour le principal intéressé — il s’agissait ni plus ni moins d’une agression volontaire. Une attaque.

Notre bien-aimée correspondante sur le terrain, Ernestine — toujours impeccable dans sa robe fleurie façon “dimanche de communion” — a été témoin de l’ensemble. Elle en a vu, des bourres, des embrouilles, des pare-chocs froissés… mais là, elle en est restée bouche bée (et croyez-nous, il en faut beaucoup pour faire taire Ernestine). Le pilote mis en cause n’a pas seulement reconnu le contact. Non, il l’a assumé. Revendiqué. Devant des officiels après convocation. Oui, vous avez bien lu : il s’agirait d’un “choix tactique”. Une vision du sport motorisé qu’on croyait réservée aux jeux vidéo entre collégiens frustrés. Bien évidemment, depuis, sans doute face à ses responsabilités, le dit “pilote” invoque un “fait de course” et évidemment involontaire… Ce n’est pas ce qui nous remonte du terrain…

Et parce que l’absurde ne connaît jamais de limites, la tension ne s’est pas apaisée une fois le drapeau à damier abaissé. Bien au contraire. À peine les karts rangés, c’est à coup de phrases assassines que la bataille a repris. En pleine allée des stands, devant les spectateurs (et leurs enfants), les insultes ont fusé. Des mots d’une rare élégance, du genre à faire passer un débat de plateau télé pour une discussion d’académiciens. Pour tout dire des paroles aux fâcheux relents “raciste” ! Si d’aventure les tribunaux étaient saisis, je vous fiche mon billet que ça na passerait certainement pas “crème” ! Et tout ça, bien sûr, capté par les caméras. Avec le son. Pour l’éternité. Et pas encore pour YouTube.

Le plus tragique dans cette pantalonnade ? L’image du karting, déjà bien écornée. On tente depuis des années de sortir de cette caricature de “poulailler sous nitro”, de prouver que le kart est un vrai sport, exigeant, formateur, accessible. Et patatras, tout s’écroule à nouveau sous les cris d’un (entre autres) pilote qui confond course et règlements de comptes. À ce niveau, on ne parle plus d’erreur de jeunesse ou de montée d’adrénaline. On parle d’irresponsabilité.

Pour boucler la boucle, un partenaire financier — un des rares encore assez téméraire pour soutenir l’événement — s’est retrouvé mêlé à cette foire d’empoigne. Pris à partie, associé à cette débâcle morale. Autant dire que la perspective de continuer à aligner des billets pour sponsoriser ce cirque ne doit pas franchement l’enthousiasmer. Et on le comprend.

Les conséquences risquent de se faire sentir très vite : parents refroidis, pratiquants désabusés, bénévoles écoeurés. Et pendant ce temps-là, le sport, le vrai, celui qu’on aime, celui qu’on défend, celui qui mérite d’être pratiqué avec passion et respect, prend une claque monumentale.

Alors oui, on espère au moins des excuses à qui de droit. Un sursaut. Un minimum de dignité. Parce qu’à force de crier au loup, on risque de ne plus avoir de forêt du tout. Et cette fois, comme le dit si bien notre chère Ernestine : “le loup désigné au préalable, on l’a bien vu. Mais il était dans les tribunes, sans combinaison, le regard vide malgré d’évidentes provocations. Peut-être n’est ce finalement pas lui le loup le plus dangereux”.

Contactée, la Ligue locale préfère ne pas s’exprimer officiellement mais s’est saisie du dossier et réserve ses décisions définitives dans un avenir prochain.

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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