vendredi, septembre 11, 2026

Kickoff: le bal des GT3 dévergondées…(vidéo)

Autrefois fier étendard de la rigueur technologique allemande, le DTM a officiellement enterré son âme ce week-end à Oschersleben. Là où vrombissaient jadis des monstres de carbone aux lignes agressives et aux budgets indécents, ne subsiste plus qu’un aimable championnat GT3, copie low-cost de ce que l’Allemagne savait produire de mieux. Mais bon, quand on est à court d’idées et de constructeurs nationaux, on colle des slicks Pirelli à des Lamborghini et des Ferrari et on fait semblant d’y croire. Bienvenue en 2025.

Premier acte : L’imbroglio de la pole

On aurait pu croire que tout allait se dérouler sans accroc, mais même en DTM version GT3, il faut son petit scandale du samedi matin. Ben Green, heureux détenteur de la pole avec sa Ferrari 296 GT3, se voit lourdé sans ménagement pour non-respect du poids minimal. Résultat : le pauvre britannique passe de la lumière à l’ombre plus vite que la climatisation d’une Golf. C’est donc Lucas Auer qui hérite du fauteuil en cuir : poleman par défaut, mais pas par talent, ricaneront les mauvaises langues.

À ses côtés sur la première ligne, Jordan Pepper en Lamborghini, l’homme qui semble apprécier autant les trajectoires propres que les stratégies foireuses. Pendant ce temps-là, tout ce joli petit monde se prépare pour la grande kermesse de samedi après-midi.

Course 1 : Le triomphe sans émotion

Lucas Auer n’a pas eu besoin de forcer son talent (ni même d’en faire étalage) pour plier cette première manche. Auteur d’un départ canon, il creuse un écart conséquent, gère les ralentis dans les pits comme un pro de l’autoroute et remporte sa dixième victoire en DTM sans même avoir l’air de suer. “J’ai tout perdu dans le trafic”, s’est lamenté Auer à l’arrivée, sans se rendre compte que l’assistance n’avait absolument rien remarqué d’excitant durant ces 40 tours.

Derrière, Jordan Pepper signe une honnête deuxième place, avant de s’auto-congratuler comme s’il venait de remporter Le Mans. Quant à Maro Engel, il profite d’une stratégie décalée pour gratter une troisième marche du podium, probablement plus grâce à l’immobilisme général du peloton qu’à une quelconque fulgurance de pilotage. Mention honorable à Jack Aitken (Ferrari), discret sixième, et à Mirko Bortolotti, champion en titre désormais cantonné aux places d’honneur (neuvième) dans une Lamborghini visiblement rétive.

PosPiloteConstructeurEcarts
01LUCAS AUERMercedes
02JORDAN PEPPERLamborghini+0.641 
03MARO ENGELMercedes+3.885 
04T. PREININGPorsche+7.905 
05JULES GOUNONMercedes+8.325 

Dimanche matin : Gounon sort la Mamba

DTM, Testfahrten Oschersleben 2025 – Foto: Gruppe C Photography

Le lendemain, rebelote : séance de qualifications pour désigner le prochain sacrifié dominical. Cette fois-ci, c’est Jules Gounon qui claque la pole avec sa Mercedes jaune poussin, aussi surnommée affectueusement “la Mamba”. Belle revanche pour le Français, bien déterminé à rappeler que lui aussi peut être le meilleur… pendant dix minutes sur un tour clair. Pepper reste dans le coup avec un deuxième chrono, et Thierry Vermeulen, petit prince du piston chez Emil Frey, surgit pour un troisième temps tout à fait surprenant.

On notera que la séance se déroule sous un soleil frisquet, parfait pour faire monter la température des pneus aussi rapidement qu’un diesel dans une montée alpestre. Résultat, les temps décentes n’arrivent qu’en toute fin de session, dans un ballet de voitures aussi nerveuses qu’un parterre de fonctionnaires avant l’heure de la cantine.

Course 2 : Güven met tout le monde d’accord

Dimanche après-midi, on change (un peu) la recette. Deux arrêts obligatoires, histoire d’ajouter du chaos inutile à une grille déjà anesthésiée. Dès le départ, Gounon défend sa pole comme un beau diable mais derrière, Ayhancan Güven, quatrième sur la grille, surgit tel un squale opportuniste. Grâce à une stratégie bien sentie et une capacité certaine à éviter les embouteillages, le Turc s’empare des commandes et ne les lâche plus.

Güven signe ainsi sa toute première victoire en DTM, devenant accessoirement le premier Turc à triompher dans cette série exsangue. Pendant ce temps-là, Gounon, frustré mais pas ridicule, se contente de la deuxième place, tandis que Thomas Preining, lui, sauve les meubles pour Porsche en complétant le podium malgré une 911 rafistolée à la scotch.

René Rast, en authentique renard des stands, remonte de la quinzième à la cinquième place, tandis que Lucas Auer, héros du samedi, s’endort dans le trafic pour finir dixième, juste derrière un Mirko Bortolotti encore bien loin de ses ambitions.

PosPiloteConstructeurEcarts
01AYHANCAN GÜVENPorsche
02JULES GOUNONMercedes+2.695 
03T. PREININGPorsche+3.370 
04JORDAN PEPPERLamborghini+4.314 
05RENÉ RASTBMW+5.526 

Le bilan : On s’ennuie mais on sourit

Au total, 47 000 spectateurs se sont déplacés pour cette ouverture de saison. Des héros anonymes qui, contre toute attente, ont pu assister à un spectacle correct malgré le manque cruel de saveur. Car voilà le vrai drame du DTM version GT3 : une grille bien remplie, des voitures clinquantes, mais aucune tension palpable. L’ADN unique du championnat – la brutalité technologique, l’orgueil teuton, la sauvagerie industrielle – a été remplacé par du marketing gentillet et du racing aseptisé.

Prochain arrêt : Lausitzring, fin mai. Où l’on espère, au fond, voir un peu plus que de la simple gestion de gomme et de pitstops millimétrés. À défaut, on pourra toujours admirer les carrosseries multicolores et se demander ce qu’il reste vraiment du “vrai” DTM.

PosPiloteConstructeurPoints
01 JORDAN PEPPERLamborghini37
02 AYHANCAN GÜVENPorsche34
03 LUCAS AUERMercedes34
04 JULES GOUNONMercedes34
05 T. PREININGPorsche30
cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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