Le Rallye de Petite-Île, grand coup d’envoi du championnat de la Réunion 2025 ce week-end des 5 et 6 avril, s’annonce déjà comme une succession de désistements. À quelques jours du départ, la liste des engagés se transforme en cimetière de rêves mécaniques, avec une épidémie de DNS – « Do Not Start » – qui frappe plus fort qu’une tempête cyclonique. C’est une tradition aussi vieille que les nids-de-poule sur les routes réunionnaises : dès qu’un rallye approche, les forfaits pleuvent, les excuses fusent, et les spectateurs se retrouvent bien tristounets. Cette année, le kickoff ne déroge pas à la règle, et la moisson de défections est particulièrement conséquente et est réputée série en cours…
Commençons par Chane Kai et Martino, qui devaient faire ronfler une Renault Clio Rally3 ex Dominique Hoarau. Problème : l’évolution du pont, censée transformer leur bolide en machine de guerre plus fiable, joue les prolongations quelque part entre l’usine et l’océan Indien. Trop tard, les gars, on remballe. Ensuite, Ulrick Miranville, qui n’avait même pas l’ambition de courir, juste de participer à la séance de mise au point le week-end dernier. Un mercenaire du roulage qui possède pourtant un mot d’excuse fort recevable puisqu’il ne peut faire l’impasse sur le Salon du Mariage de ce week end pour raisons professionnelles. Puis Shayan Ramdenee, notre Mauricien préféré, dont la Citroën C3 Rally2 est toujours perdue dans un triangle des Bermudes administratif entre l’Irlande, la métropole et Maurice. Pas de voiture, pas de rallye – logique implacable.
Derniers en date: le duo Souresh Assaby et Henri Michel Perrine. Ces deux-là, avec leur Clio Rally5 nouvellement acquise, ont tout donné… pour rien. Lors de la séance de mise au point aux Radiers samedi dernier, Souresh, rookie plein d’entrain, a voulu jouer du cerceau et posait les roues sur un bas côté bien gras. Résultat : un appui mal négocié, une glissade façon Holiday on Ice, et un choc qui semblait anodin. Sauf que non. La caisse a été rapatriée dare-dare chez Souka Zaneguy à Saint-Paul pour un check-up. Verdict ? Le train arrière a pris une claque monumentale, trop tordu pour rentrer dans les tolérances, même avec toute la bonne volonté de Maxime Dupuy, venu jouer les sauveurs en renfort avec l’équipe PCM. Suspension cramée, pièces introuvables dans les temps – c’est la totale. La Clio reste au garage, et le rêve de Souresh s’effondre comme un château de cartes sous un ventilateur.

Et là, vous vous dites : « Mais pourquoi ne pas prendre la Renault GT Turbo qui traîne, prête à rouler ? » Bonne question. Réponse de Souresh, la voix profondément attristée : « Avec mon copilote, on est concentrés sur la reconstruction de la Rally5. Honnêtement, le cœur n’y est plus. » On compatit… Tant de sacrifices – financiers, familiaux, émotionnels – pour finir les mains dans le cambouis et le moral dans les chaussettes. « On avait tout donné pour ce rallye », ajoute-t-il, et on imagine les nuits blanches, les disputes avec madame, les économies consenties, tout ça pour un tête-à-queue foireux et un train arrière en PLS. Courage, Souresh, Sainte-Suzanne début mai, c’est dans un mois. D’ici là, trouve une suspension, un train arrière, de la carrosserie (c’est bon j’arrête là…) et, surtout, un regain de foi.
Les DNS s’accumulent comme les grains de sable tout noir et olivine sur la plage de l’Étang-Salé, et chaque forfait apporte son lot d’excuses et de raisons. On a presque envie de lancer un pari : combien seront vraiment au départ samedi ? Parce qu’à ce rythme, la caravane risque de se réduire à trois karts à pédales et une mobylette tunée. Les spectateurs, eux, devront se contenter de regarder les mécanos s’arracher les cheveux en coulisses, pendant que les pilotes pleurent leurs ambitions perdues.
Toutefois, il faut toujours à chacun savoir trouver du positif. En ce qui concerne la catégorie Rally5. Les rescapés sont assurés d’un podium. Reste à savoir dans quel ordre et surtout franchir l’ultime CH sans commettre LA bourde.
C’est ça, le rallye à La Réunion : une passion dévorante, des sacrifices importants, et une loterie où même les plus motivés peuvent finir sur le carreau pour un bout de ferraille récalcitrant ou un conteneur égaré. Alors, à Petite-Île, on croisera les doigts pour que les rescapés tiennent la route – littéralement. En attendant, on salue les DNS en leur souhaitant bon courage et de nous revenir au plus vite. Chapeau, les gars, vous êtes les rois du suspense !