mercredi, septembre 9, 2026

La loterie terreuse, ça bastonne sévère !

Ses plages paradisiaques, ses routes de chèvres, et ce parfum si caractéristique de poussière brûlée mêlée à la tôle froissée. Vous êtes bien en Sardaigne. Voilà donc le retour du plus sadique des rallyes européens, où l’on échange les serviettes de plage contre des extincteurs, et les cocktails contre des amortisseurs explosés. C’est dans ce décor digne d’un documentaire sur l’extinction progressive des transmissions que Sébastien Ogier a terminé la première étape en tête. Mais à ce stade, l’essentiel n’est pas tant d’être devant que d’être encore là.

Ogier, chirurgien du chaos

Le Français a mené cette première journée comme un vétéran du triage d’urgence : sans panache inutile, mais avec une froide efficacité. Après un départ en fanfare – et un passage éclair en quatrième position – Ogier a profité du carnage ambiant pour remonter en tête au terme de la dernière spéciale, avec un matelas gargantuesque de 2,9 secondes. Une éternité, dans un rallye où la durée de vie d’un triangle de suspension est inférieure à celle d’une story Instagram.

Pendant que les autres faisaient connaissance avec les bas-côtés sardes ou jouaient à saute-bosse avec leurs amortisseurs, le doyen de Toyota passait, stoïque, tel un moine zen chaussé de pneus Pirelli. Il faut dire qu’Ogier n’a plus rien à prouver : il gagne quand il veut, et surtout quand les autres s’entêtent à s’auto-détruire.

Hyundai : la grande braderie

Du côté de Hyundai, c’était vendredi noir avant l’heure. Neuville, qui menait après la spéciale 4, a cru bon de transformer sa i20 en déambulateur asymétrique contre un talus. Résultat : abandon, épave, et explication gênée face aux caméras. Adrien Fourmaux, quant à lui, avait pris le relais avec sérieux… jusqu’à ce que son Puma se transforme en trampoline dans la dernière spéciale. À force de rebondir plus qu’il ne roule, le Nordiste a laissé filer la tête et termine la journée deuxième, avec une suspension qui visiblement a décidé de ne plus rien encaisser.

08 Ott TÄNAK, Martin JÄRVEOJA, Hyundai I20 Rally1, action during the 2025 Rally Italia Sardegna, 6th round of the 2025 WRC World Rally Car Championship, from June 5 to 8, 2025 at Olbia, Italy – Photo Nikos Katikis / DPPI

Ott Tänak, lui, a complété le podium provisoire en mode rescapé : une jambe (d’amortisseur) cassée, mais toujours debout, à 5,2 secondes de la tête. Le genre de performance qui mérite une médaille, ou au moins un massage lombaire.

Une spéciale piégée comme un épisode de 

Koh-Lanta

La Telti-Calangianus-Berchidda. Rien que le nom sent le piège à touristes. Pour les pilotes, c’est un enfer sinueux et rapide, conçu manifestement par un ancien employé de chez Saw. Résultat ? Trois Ford M-Sport dehors d’un coup (McErlean, Munster, et le pauvre Sesks qui a roulé façon machine à laver), un Neuville KO, et deux tonneaux pour le prix d’un dans la deuxième boucle – mention spéciale à Katsuta et Serderidis, tombés exactement au même endroit, comme si la spéciale leur tendait une embuscade coordonnée.

Katsuta s’en sort avec une Yaris cabossée mais roulante, et un honneur sauf. Serderidis, lui, continue son safari à la recherche du temps perdu.

Le bal des survivants

Derrière, le classement tient plus du tableau des miraculés que d’une hiérarchie logique. Sami Pajari, 22 ans, et déjà plus mature que la moitié du plateau, pointe quatrième après une journée solide malgré un pneu déjanté. Rovanperä – double champion et ouvreur volontairement sacrifié par Toyota – est cinquième après avoir passé la journée à balayer des cailloux pour les copains. Evans, qui lui ouvrait réellement, a passé sa journée à labourer. Résultat ? Sixième et à des années-lumière du rythme d’Ogier. On vous laisse deviner l’ambiance dans le motor home de briefing.

WRC2 : Lindholm fait le ménage, Rossel sauve les meubles

Dans la division des moins riches mais tout aussi talentueux, Emil Lindholm a sorti le mode Flying Finn et atomisé la concurrence avec une Skoda Fabia RS Rally2 qui semble sortie d’un circuit Scalextric. Quatre scratchs, une attaque chirurgicale, et une avance de 16,3 secondes sur Yohan Rossel, pas franchement à la fête.

Le Français, balayeur officiel de la catégorie, a passé sa journée à manger de la poussière et à jurer contre Serderidis, dont le tonneau l’a envoyé dans un nuage saharien version XXL. Il reste pourtant bien placé pour ramener des points – à condition de survivre à samedi, ce qui n’est manifestement pas garanti.

Martin Prokop, 20e participation et toujours aussi inoxydable, complète le podium WRC2 avec le panache d’un vieux baroudeur venu casser du chrono entre deux barbecues. Il précède de peu Lauri Joona, jeune loup pas encore mordu, et Kajetan Kajetanowicz, dont les freins ont visiblement signé un CDD de mi-journée.

Demain : encore plus de gravier, encore moins de voitures

Samedi s’annonce comme une boucherie en règle : 120 km de spéciales, retour du Lerno-Su Filigosu et son Micky’s Jump – l’équivalent rallystique d’un plongeon olympique sans piscine. Il faudra de la bravoure, de la chance, et des amortisseurs en titane pour sortir vivant de l’étape.

En attendant, Ogier mène, Fourmaux résiste, Tänak attend son heure, et le reste du plateau, eh bien… recolle les morceaux. La Sardaigne n’est pas une île, c’est une purge. Et on en redemande.

IntituléLongueurLocalRéunionVietnam
Samedi 7 Juin
ES7 Coiluna121,180km09h0511h0514h05
ES8 Lerno124,340km10h1612h1615h16
ES9 Tula115,280km11h3113h3116h31
ES10 Coiluna221,180km15h0517h0520h05
ES11 Lerno224,340km16h1618h1621h16
ES12 Tula215,280km17h3119h3122h31
Dimanche 8 Juin
ES13 San Giacomo125,190km07h2509h2512h25
ES14 San Paolo113,700km08h3511h3514h35
ES5 San Giacomo225,190km10h5012h5015h50
ES16 San Paolo2 [PS]13,700km13h1515h1518h15
cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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