Non, ni Raphaël Astier, ni son navigateur Denis Giraudet ne résident à Vendôme. Raphaël est ardéchois et Denis est certes né à Lorette dans la Loire mais bien loin de Vendôme (pratiquement 500 bornes par la route). Non, ils ne sont pas “du coin”. Et pourtant, ce terrain si particulier est très clairement le royaume de leur monture… Il y avait neuf Rally2 au départ du Cœur de France. Elles auront pourtant passé une bonne partie du week-end à courir chez Porsche. Raphaël Astier et Denis Giraudet remportent la septième manche du Championnat de France avec leur 992 Rally GT, devant la Hyundai i20 N Rally2 de Hugo Margaillan et la Lancia Ypsilon Rally2 de Yoann Bonato.
Sur le papier, une nouvelle victoire du leader du championnat. Sur la route, l’histoire est un peu plus intéressante.
Quand ça va vite, Porsche va très vite

Dès samedi, le dessin apparaît. Les spéciales du Cœur de France sont rapides. Très rapides. Et lorsque les moyennes grimpent, les Porsche s’installent naturellement devant. Dans l’ES3, Astier tourne à 120,9 km/h de moyenne et Anthony Cosson place sa seconde 992 juste derrière. Margaillan devient alors le premier représentant Rally2. ES4 : Cosson et Astier remettent les deux Porsche devant. ES6 : Astier, Cosson, puis seulement Margaillan et Bonato. La répétition commence à devenir suffisamment insistante pour dépasser l’anecdote. Avant la super spéciale façon “parking” de Super Vendôme, la leg1 est avalée à 114,4 km/h de moyenne par Astier.
Ce samedi, les Rally2 ne sont pas véritablement battues sur leur propre terrain. Elles jouent chez Porsche.
Le laboratoire donne même son témoin

Il suffit d’ailleurs que la route change pour que la hiérarchie commence elle aussi à bouger. Dans l’ES5, moins rapide (103,4km/h de moyenne tout de même pour Astier), Bonato revient à seulement 1”3 d’Astier et Margaillan à 3”2. Puis la minuscule Super Vendôme (scratch à 65,5km/h de moyenne) pousse l’expérience presque jusqu’à la caricature : Bonato gagne devant Darmezin et Margaillan tandis qu’Astier termine seulement dixième à 3s9 en seulement 830m.
La Porsche n’est donc pas devenue magiquement supérieure à toutes les Rally2 en Centre Val de Loire. Le terrain lui convient. Nuance importante. Et Yoann Bonato complique encore sa propre équation avec un tout-droit dans une intersection dès l’ES3. Une erreur qui lui coûte du temps mais qui ne doit pas servir d’explication universelle : même sans elle, les chronos des autres concurrents montrent que les GT+ possèdent ce samedi un avantage sur les portions les plus rapides.
Cosson confirme l’expérience

Le dimanche apporte même un excellent témoin supplémentaire. Anthony Cosson n’est pas là pour simplement accompagner Astier dans la démonstration. Dans l’ES11, il signe le scratch devant Margaillan et Bonato. Surtout, il revient à seulement 2”9 de la deuxième place. La seconde Porsche est donc encore suffisamment performante pour envisager un doublé GT+ derrière Astier.
Quelques kilomètres plus tard, tout disparaît. Cosson sort de la route dans l’ES12. L’équipage est indemne mais l’arrière de la 992 est endommagé et l’abandon devient inévitable avant la dernière spéciale. Du scratch au crash en une seule ES. Le résultat final efface donc une partie de ce que le week-end avait montré.
Bonato revient, Astier avait déjà construit

Pendant ce temps, Bonato termine très fort. Scratch dans l’ES12. Scratch encore dans Sargé-sur-Braye, dernière spéciale et plus long chrono du rallye. Mais Astier possède déjà son capital. Après treize spéciales, il conserve 29”5 sur Margaillan et 34”5 sur Bonato. La fin de course raconte ainsi presque l’inverse du samedi : les Rally2 retrouvent de la voix, Bonato accélère, Margaillan conserve sa deuxième place. Mais il est trop tard.
Astier avait construit sa victoire lorsque le Cœur de France ressemblait le plus au terrain de chasse de sa Porsche.
Quinze points… et deux mondes différents
La victoire possède évidemment une autre valeur pour Astier : celle du championnat. Il arrivait à Vendôme avec 94 points, sept seulement devant Bonato et dix devant Margaillan. Il en repart avec 117 points, contre 102 pour ses deux poursuivants. À égalité comptable, Bonato conserve la deuxième place grâce à ses victoires cette saison, quand Margaillan n’en compte encore aucune. Quinze points séparent donc désormais le leader de ses deux poursuivants. Mais ces quinze points devront maintenant être transportés sur deux terrains qui n’ont plus grand-chose à voir avec celui rencontré ce week-end.
Direction d’abord les Cévennes. Routes étroites, tortueuses, enchaînements incessants : sur le papier, voilà un environnement beaucoup moins propice à laisser la Porsche étirer ses jambes. Tout ce que le Cœur de France vient de montrer lorsque les routes ralentissaient laisse au contraire imaginer des Rally2 beaucoup plus à leur aise.
Puis viendra le Var. Toujours sinueux, évidemment, mais avec davantage d’espace et de vitesse pour permettre à la 992 de retrouver une expression plus libre qu’au cœur des Cévennes.
La fin du championnat pourrait donc presque constituer une expérience grandeur nature de ce que Vendôme vient de nous montrer : trois voitures, trois prétendants, mais une valeur relative qui évolue avec le terrain. Astier possède quinze points d’avance. Reste maintenant à changer de cour de récréation.
