Il fut un temps pas si lointain où Thierry Law Long dominait les championnats réunionnais comme un empereur sans rival, alignant les gros points comme d’autres collectionnent les tickets de stationnement impayés. Résultat: six titres consécutifs ! Mais depuis le Rallye de Saint-Joseph 2024, l’ex-dictateur des spéciales semble avoir égaré sa couronne dans un fossé mal balisé. À chaque épreuve, c’est le même refrain : on attend le retour du roi tombé en 2024 et remplacé par Olivier Bardeur, on scrute la Polo Rally2 comme un oracle, et on termine avec une prestation au mieux tiède, au pire anonyme. Le mythe s’effrite, la réalité s’impose : Thierry est en galère. Et pas qu’un peu.
1000 km de solitude
Déjà lors du Rallye des 1000 km fin 2024 – une épreuve qui, pour lui, portait bien mal son nom tant ses ambitions n’ont jamais dépassé les 100 premiers mètres – Law Long “passait à travers”, comme disent les journalistes polis. En langage clair : il n’était nulle part. Perdu dans les réglages, sans rythme, sans solution, et surtout sans illusion. Mais on se disait que c’était peut-être un accident, une mauvaise passe, un alignement cosmique foireux. Las, début 2025, rebelote. Et là, plus d’excuse céleste : le problème venait bien de la Terre.
Du baquet au cataquès

Comme si la situation n’était pas assez instable, voilà que son copilote historique, Mohammad Balbolia, se mettait en retrait avant le premier coup de gaz à Petite-Île. Le fidèle complice, le gars qui savait quand Thierry allait freiner avant même que Thierry ne le sache lui-même, laissait le baquet de droite vacant. On sait également que, ô outrage suprême, Mohammad est un pote historique de Damien Dorseuil (qu’il a déjà navigué par le passé): le concurrent principal de Thierry au fil des ans ! Résultat : c’est Sharif Dindar qui montait à bord. Un garçon volontaire, appliqué, sympathique, mais à qui on demandait, en gros, d’aller faire du saut à l’élastique sans sécurité.

Et comme prévu, sans automatisme, sans osmose, sans vraie préparation, le duo Law Long–Dindar se contentait de suivre le rallye avec la même intensité qu’un touriste allemand en short filmant un tangue au zoom. Toutefois, la moque était au bout avec une inespérée P2. Un moindre mal. Une prestation à oublier ? Plutôt une tendance qui s’installe. Dans le même temps, ses fidèles dont son ingé’ attitré Gérald Vincenti et son chef de voiture Sébastien Biega désormais installé en métropole pointaient également aux abonnés absents !
Chikungunya, jokers et compagnons d’infortune
L’épreuve suivante, à Sainte-Suzanne, en mai, devait être celle du rebond. Ce fut celle du rebond… sur place. P3 ! Sharif, terrassé par un Chikungunya, déclarait forfait. Balbolia, qu’on croyait parti cultiver des bonsaïs loin des carnets de notes, acceptait de rendre service à l’ancienne – littéralement. Pas de recos, pas de préparation, juste une envie de dépanner un vieux copain. Et comme prévu, le duo improvisé terminait l’épreuve comme ils l’avaient commencée : en retrait. Sur les 20 kilomètres effectifs de course, Law Long n’a jamais été en mesure de jouer devant. Même pas l’illusion d’une attaque. Même pas un éclat. Rien. Le néant mécanique. Certes, celà fait deux podiums consécutifs mais le rythme n’est pas là et les solutions pour le moins éthérées…
Un navigateur à trouver, et vite
Mais la grande comédie ne s’arrête pas là. À six semaines du Tour Auto – l’épreuve phare du calendrier, le Graal local, la Mecque du virage serré – Thierry n’a toujours pas de copilote confirmé. Sharif, accaparé par ses obligations professionnelles, a rendu les clefs du cockpit avec élégance mais fermeté : « Thierry est un compétiteur de haut niveau. Moi, je suis plutôt un compétiteur du Dimanche. En ce qui me concerne, je ne suis pas sur le même tempo. J’adore le rallye, c’est indéniable, mais ma priorité absolue n’est pas là. Je ne peux accorder autant de temps et d’énergie que nécessaire pour Thierry. » Voilà qui a le mérite d’être clair. Il n’est pas le seul à quitter la pression d’un baquet qui demande un investissement quasi militaire. Et de l’argent, bien sûr. Toujours…

Balbolia ? Ce n’est pas dans les tuyaux, selon ses propres mots. Autant dire que le sextuple champion de la Réunion va devoir sortir les rames, les jumelles et une bonne dose de chance pour dénicher un copilote disponible, expérimenté, rapide, impliqué, capable de débiter des notes à 180 bpm tout en anticipant les humeurs du volcan qui pilote à gauche.
Appel à candidatures (désespéré)
Dans ce contexte, l’appel de Thierry résonne comme celui d’un DRH en burn-out : « Si tu es affamé de challenge dans le baquet de droite, que tu disposes de temps important, que tu as une expérience du ‘vite, voire très vite’, et que tu as une cagnotte ou des annonceurs prêts à te suivre, viens. » En gros, si tu es copilote, moine zen, millionnaire et masochiste, bienvenue à bord.
Le problème, c’est que la concurrence, elle, ne rigole pas. Tous les ténors du rallye réunionnais affûtent leurs armes, peaufinent leurs notes des éditions passées, enchaînent les séances de tests, rodent leurs mécaniques et optimisent leur budget. Le Tour Auto, ce n’est pas une épreuve qu’on prépare entre deux textos. C’est un marathon déguisé en sprint, une guerre de nerfs et de stratégie. Et pendant que les autres avancent, Law Long rame à contre-courant dans une pirogue en feu.
L’érosion d’un règne

Alors bien sûr, Thierry a encore de beaux restes, la bête peut se réveiller, le talent ne s’efface pas en douze mois. Certes. Mais le rallye moderne ne pardonne pas l’improvisation. Et encore moins l’isolement. Sans copilote fiable, sans dynamique, sans résultats récents, même un sextuple champion finit par se transformer en simple figurant.
Le Tour Auto arrive à grand pas. La présentation officielle est prévue pour le 20 juin. Les autres s’affûtent. Thierry, lui, cherche toujours son copilote. Et accessoirement, peut-être aussi sa confiance, sa vitesse, son allant. Bref : tout ce qui faisait de lui un cador.
À défaut de victoire, espérons que le microcosme du rallye réunionnais aura droit à un autre genre de spectacle : celui du retour d’un champion qui aura su se réinventer. Ou, à défaut, celui d’un dernier tour de piste en mode rock’n roll. Quitte à finir, autant le faire en drift.