Bienvenue à Spring Creek, Minnesota, autrement dit : la terre des 10 000 lacs, des moustiques plus gros que des drones, et de la septième manche du championnat US de motocross 2025. Un après-midi soi-disant “idyllique” – si l’on exclut la poussière, les cailloux et quelques 35°C dans le casque – a servi de théâtre à un nouveau sitcom australien baptisée “Les Frères Se Tirent la Bourre”, saison2 , épisode 7: “T’es mon frère, mais j’veux quand même ton scalp”. Et pendant que Jett Lawrence grappille sa septième victoire consécutive au tiebreake, Haiden Deegan gagne sans gloire, éclipsé par un vétéran local nommé Jeremy Martin qui a eu le mauvais goût de voler la vedette à tout le monde… en quittant la scène.
450 : Frères de sang, frères de guerre

Dès le premier virage de la première course, Hunter Lawrence se dit probablement que ce jour sera le sien. Son petit frère Jett glisse comme une savonnette et redécouvre les joies de la 15e place. Il en faut plus pour éteindre l’égo du benjamin, qui, rappelons-le, a gagné 22 courses sur 23, comme s’il jouait à MX Simulator en mode facile. Pendant que Hunter gère proprement la tête de la course, Jett remonte le peloton avec le calme méthodique d’un chirurgien opérant sous Prozac en écoutant Mozart.

À noter dans la mêlée : Eli Tomac, le revenant du siècle, fait illusion quelques tours avant d’être avalé par Jett comme une bouchée tiède. Chase Sexton, quant à lui, continue son étrange croisade contre la gravité sur les descentes, terminant troisième sans vraiment gêner qui que ce soit.
Hunter claque une victoire propre, pendant que Jett revient à 15 secondes derrière. La guerre des Lawrence est déclarée.
Course 2 ? On prend les mêmes et on recommence. Littéralement. Les deux frères sortent les holeshots comme s’ils avaient acheté le circuit. Hunter colle à Jett comme un chewing-gum sous une semelle pendant les dix premières minutes, jusqu’à ce que le cadet décide qu’il est temps de mettre un terme aux hostilités. Avec un pilotage chirurgical et des trajectoires millimétrées, il lâche l’affaire : victoire et donc, victoire globale grâce au tiebreaker. Parce que rien ne dit “je t’aime” comme battre son frère à la régulière, sur sa propre moto.

Sexton ? Encore troisième, encore en train de se plaindre des descentes. Peut-être lui faut-il un télésiège.
250 : Deegan gagne… mais tout le monde s’en fout

Pendant que les Lawrence s’étripent comme deux lutins énervés, Haiden Deegan continue son plan machiavélique : gagner les courses tout en devenant paradoxalement moins intéressant à chaque victoire. Cette fois-ci, blessé à la jambe – ce qui ne l’a pas empêché de rouler comme un forcené – il arrache une victoire globale avec un (1-2) propre mais sans saveur.

Et pourtant, tout ça aurait dû être l’événement… sauf qu’un certain Jeremy Martin, 32 ans, deux titres en poche et un nombre incalculable de fractures réparées au fil des années, a décidé que son dernier jour de carrière serait celui où il fout une branlée à des gamins de 10 ans ses cadets.
Course 1 ? Il claque le holeshot à domicile, fait lever la foule, résiste jusqu’à la fin et termine troisième. Deuxième course ? Rebelote. Holeshot. Résistance. Victoire. À domicile. Pour son ultime course. C’est à peine croyable, c’est même presque écrit pour Hollywood – s’ils savaient ce qu’est le motocross, ce qui, soyons honnêtes, n’arrivera jamais.
Derrière lui, Shimoda joue aux montagnes russes. Course 1 : solide deuxième. Course 2 : en tête, avant de perdre ses freins arrière et sa dignité. Il sauve un podium au général grâce à un 2-4 plein de volonté, mais l’histoire retiendra que le Japonais a passé plus de temps à chercher du grip qu’un hipster dans une boutique de vinyles.
Quant à Mikkel Haarup, le Danois a dû se demander s’il avait par erreur signé dans une ligue sérieuse : podium en course 2, et performances en hausse. Félicitations, tu existes maintenant.
Bilan : la guerre continue, les adieux marquent, les autres… bah, ils sont là
Jett Lawrence continue son hold-up avec un taux de victoire qui ferait rougir Valentino Rossi en personne. Son frère Hunter reste condamné à la seconde place, comme un figurant dans un film où il joue pourtant le rôle principal.
Haiden Deegan, roi du 250, gagne sans briller, car le show, le vrai, c’est Jeremy Martin qui l’a offert. Dans sa ville, sur sa piste, pour sa dernière course. La larme à l’œil, la foule debout, le casque levé : il sort par la grande porte pendant que tout le monde applaudissait… et que Deegan, sur la plus haute marche, se demandait pourquoi personne ne le regardait.
La suite ? On remet le couvert dans une semaine. Avec les mêmes noms. Les mêmes duels. Et probablement, la même sensation que la comédie du motocross américain n’est en fait qu’une tragédie grecque : famille, destin, rivalités, et la certitude que tout finira dans la poussière… ou sous le drapeau à damier.