Le rideau est tombé, les moteurs refroidissent (enfin, ceux qui ont tenu jusqu’au bout), et les rescapés pansent leurs plaies mécaniques et mentales : le Tour Auto de la Réunion 2025 a rendu son verdict. Et comme chaque année, il aura été à la fois glorieux, cruel, et franchement ubuesque.
Au général, rien à redire : Réhane Gany et Léa Sam Caw Freve ont écrasé la concurrence avec la grâce d’un rouleau compresseur lancé sur le route des Tamarins. Impeccables, inattaquables, imbattables – l’équipage a survolé les 156 kilomètres chronométrés sans trembler. Rien à dire. Rien à gratter. Si ce n’est qu’il aurait peut-être fallu leur coller un ou deux sacs de ciment dans le coffre pour équilibrer un peu la course. Et encore…
Mais là où les choses deviennent franchement intéressantes, c’est dans les classes de cylindrée et singulièrement dans la mythique classe 13. Celle qui, chaque année, attire les pilotes les plus téméraires – ou les plus inconscients, allez savoir.
Classe 13 : 14 au départ, 4 à l’arrivée. Faites vos jeux.
| Pos | Equipage | Voiture | Chrono |
| 1. | Leveneur Nicolas/ Murat C. | Citroën C2 GT | 2h11’06,3 |
| 2. | Gonthier Dylan/ Rivière J. | Peugeot 106 S16 | +1:32.00 |
| 3. | Ethève Luciano/ Lebon R. | Peugeot 106 S16 | +3:22.28 |
| 4. | Baret Florent/ Hoareau Laurent | Peugeot 106 S16 | +31:57.67 |
Cette année, la classe 13 s’annonçait comme le chaudron de la bagarre. Quatorze équipages engagés – un record – à égalité avec les Rally2 au niveau des partants (12). De quoi promettre du spectacle, des joutes au dixième, et peut-être même un peu de stratégie.
Au lieu de ça, on a eu un gigantesque jeu d’élimination où le chrono s’est vite transformé en couperet. 8 abandons. Oui, huit. Comme dans “il ne restera que quatre rescapés lucides pour finir cette mascarade”. Et c’est précisément là que débarque notre héros du jour : le numéro 69.
Le 69 en haut de l’affiche
Dès le départ, il sentait bon celui-là. Un équipage Leveneur / Murat engagé avec le numéro 69 dans une catégorie aux hormones… Avouons-le, on savait que ça allait faire parler. Et on ne fut pas déçus.
Avec une régularité à faire pâlir une horloge suisse, l’équipage n’aura signé qu’un seul meilleur temps de classe (ES8 Radiers), contre six pour Barret / Hoareau et cinq pour les Chauvineau père et fils. Mais voilà : les meilleurs temps, ça ne sert pas au final quand on finit planté dans une ravine ou en train de pleurer sur une boîte de vitesses qui hurle son agonie.
Malgré une pénalité de 10 secondes (ES5), Leveneur et Murat prennent les commandes de la classe dans l’ES6, les perdent dans l’ES7, puis reprennent le leadership pour ne plus jamais le lâcher jusqu’à la fin. Tout ça sans tête-à-queue compromettant – foi d’Ernestine, ma chère voisine experte en rallyes et en analogies douteuses.
Comme quoi, il valait mieux être propre que rapide. Et dans cette classe 13 plus décimée qu’un groupe WhatsApp post-gueule de bois à 8h du matin, le 69 s’est imposé en douceur. Ca a glissé trankilou !
Derrière, des survivants plus valeureux que chanceux
Sur la deuxième marche de ce podium dystopique, Dylan Gonthier et Jérôme Rivière, passés brièvement leaders mais rattrapés par la stratégie prudente du vainqueur. Un équipage solide, sans fioritures, qui aura su éviter les pièges les plus gros du Tour Auto (et Dieu sait qu’il y en avait).
Et pour compléter cette boîte improbable : Luciano Ethève et Raphaël Lebon, le petililois au pilotage chirurgical. Eux aussi avaient choisi l’approche “fiabilité avant frime”, avec un team qui misait tout sur le safe driving et la fiabilité mécanique. Une stratégie payante, surtout quand les autres concurrents t’expliquent en pleurant que “c’était la voiture, pas moi”.
Les rois du scratch… sur le bas-côté
Un mot tout de même pour les Barret / Hoareau sur leur vaillante 106, auteurs de six temps scratchs dans la classe. Impressionnants, mais hélas pas assez résistants pour rallier l’arrivée sur le podium. Même destin pour les Chauvineau / Chauvineau unis dans la vitesse mais séparés de l’arrivée par un abandon frustrant (ES7) après 5 meilleurs chronos en entame.
Deux équipages rapides, incisifs, enthousiasmants… mais qui auront appris, comme tant d’autres avant eux, qu’au Tour Auto, ce n’est pas celui qui freine le dernier qui gagne. C’est souvent celui qui freine tout court.
Conclusion : au Tour Auto, la prudence est une arme
Alors que le public en redemande et que les mécanos nettoient encore la terre, l’huile et les larmes dans les garages, une leçon se dégage clairement de cette édition 2025 :
la régularité, c’est sexy.
Oui, même avec un numéro 69.
Dans une épreuve où l’agressivité est souvent prise pour du panache, il aura fallu un duo patient, propre et (relativement) lent (70,8km/h de moyenne) pour coiffer tout le monde au poteau. Sans fioritures, sans crashs hollywoodiens, sans orgueil mal placé.
En attendant, félicitations aux survivants. Et aux autres… on vous recroisera dans la classe 13. Le plus rapidement possible.
| Pos | Pilote | Voiture | Total |
| 1 | Leveneur Nicolas | Citroën C2 GT | 135 |
| 2 | Etheve Luciano | Peugeot 106 S16 | 72 |
| 3 | Gonthier Dylan | Peugeot 106 S16 | 48 |
| 4 | Baret Florent | Peugeot 106 S16 | 28 |