vendredi, septembre 11, 2026

Le bal des ambitions…et des ambitieux…

Ce week-end, le Superbike mondial pose ses valises en Émilie-Romagne pour la traditionnelle escale à Misano, sur le circuit Marco Simoncelli. Un tracé où les fans arrivent en scooter, les pilotes en stress, et les ambitions les plus folles s’écrasent souvent dans les bacs à gravier rouges de honte. Le circuit ? Une perle de 4,226 km, 16 virages (dont 10 à droite, parce que pourquoi pas), et une ligne droite de 510 mètres, histoire de laisser croire à un moment donné que la puissance moteur joue encore un rôle dans un championnat dominé par deux hommes et une montagne de doutes.

À l’approche de la mi-saison, le scénario a l’odeur du pétrole italien : Nicolo Bulega est en tête, solidement, avec 31 points d’avance sur Toprak Razgatlioglu, champion en titre et désormais futur transfuge en MotoGP. Oui, vous avez bien lu. El Turco, 29 ans, va faire le grand saut l’an prochain chez Pramac. Une dernière danse avant la retraite, ou une promotion façon “merci pour tout, maintenant va t’amuser dans le bac à sable MotoGP avec une Yamaha satellite” ? L’avenir le dira. Mais si certains montent en MotoGP comme on gagne au Loto, Toprak, lui, va devoir prouver qu’il n’est pas juste le meilleur parmi les seconds couteaux.

Une promotion ou un enterrement de première classe ?

On ne va pas se mentir : être parachuté en MotoGP à 29 ans, après une décennie de WorldSBK, c’est un peu comme se faire inviter à un bal où tout le monde a déjà trouvé sa cavalière. Et on ne parle même pas du choix de monture : la Yamaha satellite, que même Fabio Quartararo regarde avec un mélange d’affliction et de nostalgie. Toprak devra donc cravacher dur pour que ce passage ne ressemble pas à une tournée d’adieu. Et ça commence maintenant, à Misano, face à un Bulega en pleine bourre, chez lui, sur une Ducati qui semble avoir été conçue pour ne jamais transpirer, même sous 35 degrés et 80% d’humidité.

Bulega, c’est le mec qui fait tout bien. Il gagne, il sourit, il est jeune, il est italien, et il ne laisse jamais une caméra sans un clin d’œil. 6 victoires en course, 2 en sprint, et une régularité chirurgicale qui ferait passer un Suisse pour un excentrique. Misano ? C’est chez lui. L’odeur de la mer, les tifosi en furie, la mamma dans les gradins. Bref, le combo parfait pour que Bulega transforme Toprak en figurant dans sa propre tragédie romagnole.

BMW contre Ducati : duel ou parodie ?

On aurait aimé croire à une belle rivalité mécanique. Mais soyons honnêtes : même avec toute la bonne volonté du monde, la BMW de Toprak reste une enclume rapide. Quand elle veut. Et si elle veut. À la manière d’un chat qui décide de venir se faire caresser uniquement quand il vous voit préparer des affaires pour partir en vacances. Le talent du Turc permet de faire illusion, et ses 3 victoires en course + 3 en sprint cette saison suffisent à montrer qu’il ne lâche rien. Mais le vrai test sera ici : battre un Bulega dopé à l’orgueil national et une Ducati qui connaît Misano comme un vieux briscard connaît le bistrot d’en face.

Et ne comptez pas sur le reste du peloton pour redistribuer les cartes. Locatelli, Petrucci, Rea ou Bautista ? Tous ont déjà décroché ou attendent que la météo change pour tenter quelque chose. La mi-saison, c’est souvent le moment où les ambitions flanchent, les poignets fatiguent et les pneus médusent. Les chiffres sont là : Bulega et Toprak, à eux deux, ont raflé toutes les grandes courses depuis l’ouverture à l’exception de la course 2 aux Pays Bas signé Locatelli. A ce rythme, le reste du paddock devrait songer à demander une dérogation pour disputer le championnat Supersport.

Les enjeux cachés de Misano

Mais derrière cette guerre de chefs, Misano est aussi un test psychologique. Pour Toprak, il s’agit d’envoyer un message au MotoGP : “je ne viens pas faire de la figuration.” Pour Bulega, c’est l’occasion de briser les dernières illusions du champion en titre et de poser une main ferme et virile sur la couronne 2025. Et pour Ducati, c’est un grand moment de marketing. Une victoire de l’enfant du pays sur une machine rouge sang, en Italie ? On vous parie combien que le communiqué de presse est déjà prêt, qu’il pleuve, qu’il vente ou que Toprak fasse une cabriole sur la ligne.

Et pendant ce temps, les fans ? Ils vibrent, bien sûr. Car Misano, c’est l’un des rares circuits où l’ambiance sent encore la sueur, la passion, et le limoncello tiède. Les scooters s’entassent devant les grilles, les pancartes sont peintes à la main, et les casquettes Rossi côtoient les t-shirts “FORZA NICOLO”. C’est kitsch, bruyant, bordélique. Mais c’est la maison du Superbike.

Verdict attendu sous 35 degrés

Misano s’impose une fois encore comme le juge impitoyable des prétendants au titre. Le tracé Marco Simoncelli promet de l’intensité, notamment en Superpole où le top 9 s’est tenu en moins d’une seconde (0.914s) l’an passé. En 2024, Toprak Razgatlioglu y a dominé les débats (triplé de victoires), mais l’écart en Superpole Race avec Bulega n’était que de 1.651s, preuve que la bataille reste serrée.

Pirro teste la nouvelle Ducati PanigaleV4 SBK 2026 à Misano

Historiquement, Ducati règne ici en maître avec 100 podiums dont 37 victoires, loin devant Kawasaki (12 victoires) et Yamaha (4). En vitesse de pointe, Bautista a claqué un 282 km/h en Superpole, devant BMW (278.9) et Honda (277.6).

Avec des écarts infimes et un tracé rapide, Misano n’offre aucun répit : ici, chaque millième compte, chaque erreur se paie cash, et chaque statistique rappelle que l’histoire s’écrit à coups de dixièmes.

Alors, que faut-il attendre ce week-end ? Un Bulega intraitable, porté par son public et sa Ducati qui ronronne comme un félin affamé ? Ou un Toprak galvanisé par sa future promotion, prêt à risquer l’impensable pour prouver qu’il mérite plus qu’un guidon de consolation ?

Réponse dimanche. En attendant, sortez les granités, les drapeaux italiens, et préparez-vous à regarder deux hommes se battre pour une couronne que, soyons honnêtes, le reste du plateau semble avoir abandonnée depuis bien longtemps.

Misano, temple du Superbike ? Assurément. Champ de ruines pour certaines ambitions mortes-nées ? Assurément.

IntituléDuréeLocalRéunionVietnam
Vendredi 13 Juin
FP145′10h3512h3515h35
FP245′15h0017h0020h00
Samedi 14 Juin
FP320′09h0011h0014h00
Superpole15′11h0013h0016h00
Course 121 tours14h0016h0019h00
Dimanche 15 Juin
Warmup10′09h0011h0014h00
Superpole10 tours11h0013h0016h00
Course 221 tours14h0016h0019h00
cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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