C’est donc reparti. Comme une rengaine bien huilée, Sébastien Ogier, le retraité le plus actif de l’histoire du WRC, est venu faire un petit tour en Algarve pour administrer une leçon de gestion de rallye à tous les titulaires. À commencer par Ott Tänak, qui a tout donné, tout écrasé, tout explosé – même sa direction assistée. Résultat ? Septième victoire d’Ogier au Portugal. Record. Encore un. Et une autre preuve que l’âge ne fait rien à l’affaire, surtout quand on s’appelle Sébastien.
Vendredi : Tänak part à la guerre, Fourmaux à la casse

L’ouverture du rallye, c’était un peu le festival Ott Tänak. Quatre spéciales gagnées sur dix, le cap des 400 victoires en spéciale franchi, un rythme infernal, et un regard noir comme un ciel d’orage estonien. L’homme était en mission. Sauf que derrière, un certain Ogier s’accrochait, genre teigne bien patiente qui connaît la chanson : « Vas-y mon grand, use-toi, on en reparle samedi soir. »

Adrien Fourmaux, lui, avait décidé de jouer à la loterie du talent. Deux scratchs, un rythme solide… et bim ! Un rocher sournois à la corde d’un virage et c’est la tringlerie de direction qui part en week-end. L’élève prometteur s’est auto-éjecté du tableau d’honneur avant le déjeuner. Dommage, c’était propre jusque-là.
Pendant ce temps, Elfyn Evans, leader du championnat et condamné à jouer les balayeurs sur les pistes sablonneuses, s’enfonçait dans l’anonymat de la septième place. Le pauvre Gallois a passé son vendredi à balayer la route pour les autres, façon agent de voirie sous-payé. Merci patron, mais non merci.
Samedi : duel au sommet et coup du sort mécanique

La journée de samedi aurait pu être le théâtre d’un grand moment de sport. Et elle l’a été… pendant 21 kilomètres. Tänak et Ogier se rendaient coup pour coup, la Hyundai de l’Estonien volant littéralement sur les pistes lusitaniennes, tandis que le Français peaufinait son art du pressing silencieux.
Et puis Amarante 2. L’étape mythique. Et la Hyundai qui lâche. Direction assistée aux abonnés absents, Tänak réduit à jouer les culturistes pour emmener sa bête de course à l’arrivée. Résultat : 45 secondes de perdues et le leadership envolé. Game, set and match Ogier. Même si l’intéressé jouait les modestes : « Ce n’est pas la meilleure façon de gagner. » Certes. Mais bon, on prend quand même, hein.
Dimanche : maîtrise clinique et chasse aux miettes

Dimanche, c’est le moment où les vrais candidats au titre savent qu’il reste encore des points à gratter. Super Sunday, Power Stage, tout est bon à prendre. Tänak, vexé mais pas vaincu, est reparti à l’attaque comme si son volant fonctionnait au Gatorade. Deux scratchs, une remontée sur Rovanperä pour récupérer la deuxième place, et le maximum de points dominicaux en bonus. De quoi sauver l’honneur – et les meubles.
Ogier, lui, a géré comme un pro. Pas besoin de forcer, juste dérouler. À 41 ans, il a transformé la gestion de rallye en science exacte. Septième victoire au Portugal, 63e en WRC, et surtout un message clair : même en semi-retraite, le roi n’a pas abdiqué.
Toyota : domination tranquille, comme en 2021
Chez Toyota, on doit commencer à chercher un moyen de rendre les choses un peu plus intéressantes. Cinq rallyes, cinq victoires. Ogier, Rovanperä, Evans, à tour de rôle. Et pourtant, chacun semble rouler dans son propre monde. Même quand Tänak mène la danse, même quand Neuville fait semblant d’y croire, le résultat est toujours le même : la Yaris gagne.

Rovanperä termine troisième, à portée de tir mais sans jamais inquiéter son coéquipier barbu. Evans, toujours en train de balayer le sable des autres, sauve une triste sixième place derrière Sami Pajari, qu’on pensait encore en formation. Oui, le même Evans qui menait le championnat… Avant la terre européenne !
Hyundai : la frustration continue

Ott Tänak peut bien serrer les dents et sourire à moitié : ce rallye, il devait le gagner. Il avait le rythme, il avait le panache, il avait le chrono. Mais il avait aussi une Hyundai décidée à ne pas tenir jusqu’à dimanche. Neuville, de son côté, a surtout lutté contre un train arrière qui voulait faire sa propre spéciale. Résultat : quatrième, loin de l’objectif, et une place perdue au championnat.
M-Sport : les seconds rôles s’en contentent

Chez M-Sport, on ne joue plus la gagne depuis l’ère Ogier. Josh McErlean termine huitième, Grégoire Munster neuvième, et tout le monde s’applaudit dans le camion. Oliver Solberg, lui, domine la WRC2 comme s’il voulait qu’on le rappelle chez les grands. En attendant, il ferme le top 10 en rigolant.
| Pos | Equipage | Chronos |
| 1. | Ogier Sébastien – Landais V. Toyota GR Yaris Rally1 | 3h48’35,9 |
| 2. | Tänak Ott – Järveoja Martin Hyundai i20 N Rally1 | +8.7 |
| 3. | Rovanperä K – Halttunen J. Toyota GR Yaris Rally1 | +12.2 |
| 4. | Neuville T – Wydaeghe M. Hyundai i20 N Rally1 | +38.5 |
| 5. | Katsuta Taka – Johnston A. Toyota GR Yaris Rally1 | +1:41.9 |
| 6. | Evans Elfyn – Martin Scott Toyota GR Yaris Rally1 | +2:31.0 |
| 7. | Pajari S – Salminen M Toyota GR Yaris Rally1 | +2:38.3 |
| 8. | McErlean J – Treacy Eoin Ford Puma Rally1 | +5:12.3 |
| 9. | Munster G – Louka Louis Ford Puma Rally1 | +5:57.5 |
| 10. | Solberg O – Edmondson E. Toyota GR Yaris Rally2 | +9:15.1 |
Et maintenant ?
Le cirque WRC prend la direction de la Sardaigne. Encore de la caillasse, encore de la chaleur, et encore des Toyota à l’avant, probablement dont certaines qui continueront le balayage… Reste à savoir si Tänak trouvera enfin une Hyundai entière jusqu’à l’arrivée, si Evans pourra signer un Vendredi moins frustrant, et si Ogier décidera, entre deux barbecues, de venir gagner un huitième Portugal l’an prochain.
Mais une chose est sûre : quand le roi revient, les autres le saluent…balai en mains !
| Pos | Pilote | Constructeur | Total |
| 1 | Elfyn EVANS | 118 | |
| 2 | Kalle ROVANPERÄ | 88 | |
| 3 | Sébastien OGIER | 86 | |
| 4 | Ott TÄNAK | 84 | |
| 5 | Thierry NEUVILLE | 78 | |
| 6 | Takamoto KATSUTA | 51 | |
| 7 | Adrien FOURMAUX | 44 | |
| 8 | Sami PAJARI | 25 | |
| 9 | Grégoire MUNSTER | 18 | |
| 10 | Joshua MCERLEAN | 12 |