vendredi, septembre 11, 2026

Le Mans, la pluie, le miracle Zarco…

Le Mans. Terre de folklore motorisé, de merguez sur grill et de gadoue comme s’il en pleuvait — littéralement. Ce week-end, la Sarthe s’est payée un triplé : un record d’affluence (317 000 fans qui ont bravé la météo et la bière tiède), un chaos météorologique digne d’un film catastrophe hollywoodien, et surtout, une victoire française en MotoGP. Oui, Johann Zarco, l’éternel Poulidor du paddock en MotoGP après son double sacre en Moto2, est devenu un héros national. À 33 ans, sur une LCR Honda, sous un ciel d’apocalypse, le doyen du paddock a mis fin à 71 ans d’abstinence tricolore à domicile. C’était un Grand Prix. Ce fut surtout une messe noire, un opéra-bouffe et une démonstration que même la logique, en MotoGP, n’est plus qu’un vague souvenir. Si un malin (ou illuminé) a pronostiqué ce classement podium, la cote énorme l’a rendu riche à foison…

Quand la météo décide de jouer à la roulette russe

Le Mans, c’est ce circuit où les cieux aiment tester les nerfs humains. Cette année, l’enfer s’est invité avant même l’extinction des feux. Alors que tout le monde s’élance en slicks pour le tour de chauffe, une pluie sournoise transforme le tracé en patinoire façon curling sarthois. Quartararo manque de se satelliser dès le virage 3 en testant le freinage, tout le monde fonce dans la voie des stands, et la direction de course sort le drapeau rouge. Panique générale. Un embouteillage de motos, de mécanos en panique et de stratèges pris en flagrant délit d’improvisation.

Mais grâce au traumatisme texan d’Austin (où une redéfinition du mot “bordel” avait été gravée dans l’histoire), la FIM sort sa toute nouvelle réglementation fraîchement imprimée : procédures simplifiées, décisions plus rapides, et pénalités en rafale pour ceux qui ont eu l’audace de penser par eux-mêmes. Plus de la moitié du plateau se mange une double Long Lap. Le résumé ? C’est le chaos, mais réglementairement validé. Champagne.

Bagnaia fait du Pecco, Quartararo se saborde, et la Marquezie se fracture

Quand le départ est enfin donné, Bagnaia — qui avait déjà planté sa Sprint — décide de faire honneur à son surnom de « Pecco le Glissant » : highside au virage 3, tour 1. Rideau. Quant à Quartararo, lancé comme une mobylette boostée au Vicks Vaporub devant son public en transe, il mène la danse… pendant trois tours. Puis, fidèle à sa tradition sarthoise, il finit dans les pneus, comme en 2022. Cette fois, c’était au dernier virage, au raccordement…Embrouille avec les commissaires de piste et décision de la FIM: pénalité de 10 minutes lors des essais à Silverstone et évidemment quelques milliers de dollars. On a connu les commissaires beaucoup plus cléments quand ce sont des pilotes espagnols ou italiens qui peinent à repartir après une chute !

Entre-temps, Marc Marquez nous sort une masterclass de poker menteur. Il reste en piste, il change de moto, il claque des tours à la limite de l’absurde. Bref, le n°93 s’accroche comme une tique au championnat, pendant que son frère Alex joue au yoyo émotionnel : un podium virtuel, une chute, une remontée, une re-chute. Merci, bonsoir.

Zarco : le come-back messianique

Et dans tout ce cirque ambulant, qui trouve la ligne parfaite entre prudence, flair météorologique et pilotage de l’extrême ? Johann Zarco. Le type qu’on avait enterré vivant chez Ducati, recyclé chez Honda-LCR comme bouche-trou en fin de carrière. L’homme qui, pendant dix ans, a collectionné les places d’honneur comme d’autres les tickets de caisse.

Sauf que dimanche, Saint Johann a eu la main divine. Il reste en pneus pluie quand d’autres font trois allers-retours aux stands. Il enchaîne les tours comme un métronome sous acide. Et pendant que les Marquez, Oliveira, Acosta et Aldeguer changent de stratégie comme de slip, Zarco, lui, trace. La tête dans la bulle, les slicks en enfer.

TOPSHOT – Winner LRC Honda team’s French MotoGP rider Johann Zarco (C), celebrates on the podium flanked by second placed Ducati Lenovoi Team’s Spanish MotoGP rider Marc Marquez (L), after the France Moto GP race at the Le Mans Circuit on May 11, 2025. (Photo by Loic VENANCE / AFP)

Son avance ? D’abord 7 secondes. Puis 11. Puis 14. Puis 19. Quand il passe la ligne, c’est un gouffre. Il pourrait presque revenir faire une deuxième course. Le public explose. Le Mans vibre. La France a enfin son vainqueur MotoGP à domicile. Et sur une Honda satellite, s’il vous plaît. Une bécane d’ordinaire plus utile pour tester des airbags que pour gagner des courses.

La jeunesse derrière, la galère devant

Derrière, Marc Marquez termine deuxième à 20 secondes. L’air de rien, l’octuple champion grignote des points à chaque GP sans jamais être en forme. Si Ducati pensait l’avoir embauché pour les selfies, elle va peut-être finir par regretter ses pilotes maison : Bagnaia zéro point, Bastianini hors champ, Bezzecchi inexistant.

Mais la belle surprise, c’est Fermin Aldeguer. À peine débarqué en MotoGP, le rookie avec uniquement 6 GP dans les bottes à l’âge de 20 ans claque un podium comme un vétéran. Deux jours après sa médaille de bronze en Sprint, il plante un dépassement autoritaire sur Acosta pour aller chercher la troisième place. Le gamin a du talent, de la jugeote et un culot de banquier suisse.

Acosta, lui, apprend que même avec un style flamboyant, on ne joue pas avec les pneus comme au Monopoly. P4, frustrant mais propre. Viñales est cinquième avec sa KTM Tech3, et derrière, c’est la brocante : Nakagami en P6 (wildcard et bonne pioche), Raul Fernandez P7 (qui l’eût cru), Di Giannantonio, Savadori, Ogura… Bref, le top 10 a des allures de tirage au sort.

Pos.PiloteEquipeChronos
1J. ZarcoHONDA LCR45:47.541
2M. MarquezDUCATI+19.907
3F. Aldeguer GRESINI+26.532
4P. AcostaKTM+29.631
5M. ViñalesTECH3+38.136
6T. NakagamiHONDA+59.527
7R. FernandezTRACKHOUSE+70.302
8F. Di GiannantonioVR46+70.363
9L. SavadoriAPRILIA+85.793
10A. OguraTRACKHOUSE+86.529

Seuls 16 pilotes ont franchi le drapeau à damier. C’est le déçu (et décevant) Pecco Bagnaia qui ferme la marche en ne marquant aucun point !

Et maintenant ?

Zarco a offert au MotoGP français son 14 juillet un 5 mai. C’est le premier pilote tricolore à s’emparer de la victoire lors du GP de France depuis 1954 avec le sacre de Pierre Monneret. Il a surtout prouvé que même dans une saison dominée par l’absurde, l’inattendu peut encore porter un casque tricolore. Le Mans a été monumental. Humide, imprévisible, bruyant. Du MotoGP dans ce qu’il a de plus brut, de plus cruel… et de plus beau. Il s’agit là de la deuxième victoire en catégorie reine pour le vétéran français depuis l’Australie en 2023. Son premier podium depuis Novembre 2023 !

Pour gagner en 2025 en France, il faut une météo de déluge, une Honda anémique, et surtout, avoir passé une décennie à souffrir en silence. Zarco l’a fait. Il est enfin prophète en son pays. Et bordel, c’était pas trop tôt.

Pos.PiloteTeamPoints
1M. MarquezDucati171
2A. MarquezGresini149
3F. BagnaiaDucati120
4F. MorbidelliVR4685
5F. Di GiannantonioVR4674
6J. ZarcoHonda LCR72
7F. QuartararoYamaha56
8F. Aldeguer Gresini48
9P. AcostaKTM46
10A. OguraTrackhouse43
cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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