Comme chaque année à la Réunion, l’hiver austral voit converger vers le Tampon les aficionados du monobike – cette discipline motorisée où l’audace tutoie la folie et où le grip, ce mot magique, est aussi capricieux que les promesses d’un élu en campagne. Pour cette grande finale 2025, le rideau tombera sur une saison disputée à la serpe dans la catégorie reine, avec trois hommes pour une couronne, et un circuit éphémère qui n’a d’éphémère que le nom tant il laisse des souvenirs durables (et parfois des contusions).
Trois hommes et une couronne

Oui, la boîte est verrouillée – les trois premiers du championnat sont mathématiquement assurés de se partager le podium final. Mais avec 75 points encore à distribuer sur cette dernière manche, l’ordre reste à écrire. Pour l’instant, le local de l’étape, #1 Dylan Techer, garde la tête du classement et la plaque rouge récupérée lors de la dernière joute à Saint Denis avec une maigre avance de huit petits points sur le toujours embusqué #4 Richard Mondon, tandis que #15 Alexandre Fabre s’accroche à son futur trophée comme un sandwich bouchon aux palais trop secs (eh oui, ne JAMAIS oublié une boisson en même temps !).

Derrière, c’est fini : #32 Tanguy Sorlier, vainqueur au panache lors de la mise à feu du tout nouveau format « courses de côté » à Étang Salé le week-end dernier, est largué au classement général. À 79 points de Fabre, même avec l’aide du Saint-Esprit et d’un timing parfait au lavement des grilles, ça ne suffira pas. Mais au moins, il pourra venir semer le chaos et l’imprévu. Et dans cette finale, l’imprévu, c’est quasiment une donnée technique. A cette liste déjà costaud, il conviendra de rajouter en catégorie reine les franc-tireurs et autres mercenaires affûtés qui viennent jouer une revanche de l’année précédente. Eux ne jouent pas le championnat et viennent pour briller sur cette course et préparer la suite de la saison dédiée au supermotard.
Le Tampon, temple éphémère et piège bien réel
Disputée comme de tradition sur le terrain improvisé de la SIDR 400, cette dernière joute aura des allures de western poussiéreux, si ce n’est que la poussière y sera parfois bien collée. Car le grip, on l’a dit, y est aussi stable qu’un pneu slick sur un carrelage mouillé. Le tracé, inversé par rapport au sens de circulation routier local (histoire de bien perturber tout le monde), est uniquement ouvert lors des essais libres. Autrement dit : bonjour la loterie, et gare au faux pas.

Dans ce contexte, le statut de favori de Techer ressemble plus à une camisole dorée qu’à un véritable avantage. Certes, il connaît le terrain. Certes, il l’a déjà dompté l’an dernier. Mais voilà : quand toute la pression de l’île repose sur votre garde-boue arrière, difficile de faire abstraction. D’autant plus que Richard Mondon, souvent performant sur circuits éphémères (et accessoirement expert en embuscades silencieuses), rôde dans l’ombre. La moindre erreur du pilote Scoot Shop et le trône pourrait changer de locataire avant même que les spectateurs aient fini leur sandwich gratiné.

Et Fabre, dans tout ça ? Le troisième homme joue également à domicile, et sa régularité cette saison mérite le respect – ou au moins un applaudissement. Il ne sera pas là pour distribuer les bières, c’est certain. Il pourrait même, dans un monde où les dieux du grip s’en mêlent, venir coiffer tout le monde au poteau. Peu probable ? Peut-être. Mais sur une piste aussi fantasque que le Tampon, les prédictions valent autant qu’un garde-boue sans visserie.
Un spectacle pour le peuple
Car oui, au-delà des chiffres et des calculs de points, cette finale, c’est aussi le rendez-vous populaire de l’année. L’accès est gratuit, le public au bord de la piste (voire dans la piste lors des ouvertures de passage – mention spéciale à la direction de course pour cette proximité tellement appréciée), les sandwichs bien garnis, les bières bien fraîches, et l’ambiance toujours électrique. C’est une fête, une communion mécanique, un carnaval des moteurs.
On y retrouve tout ce que le sport mécanique local sait offrir : des envolées lyriques, des accélérations rugueuses, des freinages à la limite du raisonnable, et parfois des spectateurs un peu trop enthousiastes qui doivent se souvenir que les monobikes freinent mieux que les pieds des badauds. Le Tampon est également, en partie haute, le lieu des énormes dérives avec des prises d’angles déraisonnables.
Et puis, cerise sur le carburateur : la météo. Annoncée capricieuse (tiens donc !), elle devrait parsemer la journée de quelques ondées samedi après-midi et dimanche en milieu d’après-midi. Pas de quoi sortir la pirogue, mais assez pour transformer le circuit en patinoire improvisée par endroits avec un tarmac refroidi. Bref, un scénario parfait pour un final digne de ce nom, entre glisses volontaires et prises de risques façon “gros coeur”.
Dans les autres catégories : rien n’est fait

Pour les autres classes – les plus petites cylindrées, les catégories junior ou encore les fameuses « open » à la créativité mécanique indiscutable – plusieurs titres sont encore à prendre. Ce qui garantit un dimanche plein de tension, de cris, de débats et de gestes d’humeur sous les casques. La commune du Tampon, désormais centenaire, n’aurait pu rêver meilleur cadeau d’anniversaire : un bordel parfaitement organisé, avec de l’huile de chaîne comme confettis.
Le Tampon s’apprête à écrire l’épilogue d’une saison de monobike comme on les aime : tendue, spectaculaire, bruyante, imprévisible. Et s’il est encore impossible de dire si Techer résistera à la pression, si Mondon viendra rafler la mise ou si Fabre jouera les trouble-fête, une chose est sûre : la finale sera chaude. Très chaude. Même en hiver.
| Pos | Numéro | Pilote | Total |
| 1 | 1 | Dylan Techer | 347 |
| 2 | 4 | Richard Mondon | 339 |
| 3 | 15 | Alexandre Fabre | 294 |
| 4 | 32 | Tanguy Sorlier | 215 |
| 5 | 274 | Medhy Sinacouty | 208 |
| 6 | 264 | Simao Horta | 134 |
| 7 | 234 | Thomas Prugnières | 107 |
| 8 | 95 | Luçay Benoiton | 72 |
| 9 | 272 | Alexandre Mareux | 66 |
| 10 | 115 | Alexis Hoareau | 62 |