Bienvenue en Allemagne, au pays des saucisses, de la rigueur mécanique et… des compromis grotesques. Ce week-end, la très sérieuse série DTM — autrefois temple de la démesure technologique et bastion des duels fratricides entre constructeurs germaniques — reprend ses quartiers sur le mythique Nürburgring. Enfin… mythique, il faut le dire vite. Car plutôt que d’envoyer les GT3 rugir sur les 20,832 km du monument absolu qu’est la Nordschleife, on se contentera sagement du petit circuit Grand Prix, version “Sprint” de 3,629 km, 11 virages et un supplément de fadeur.
Quand l’Enfer vert devient le jardin des petits

Jackie Stewart surnommait la Nordschleife “l’Enfer Vert”. On en est loin. Pas de bosse assassine à Pflanzgarten, pas de compression à Fuchsröhre, encore moins de looping improvisé dans la brume matinale d’Ex-Mühle. Non, le DTM 2025 joue petit bras et s’offre un week-end dans la portion aseptisée du Nürburgring, celle qui ne donne mal ni au ventre, ni au cerveau. Et pendant qu’on y est, pourquoi ne pas faire la course dans un parking de centre commercial ? Ça au moins, ce serait plat ET technique.
Une série à couteaux (en plastique) tirés

Mais ne soyons pas injustes : si la piste choisie évoque davantage une sortie scolaire qu’un défi de gladiateurs, la bataille pour le titre, elle, vaut le détour. Lucas Auer, neveu du célèbre Gerhard Berger et spécialiste du “je brille un week-end, je me fais oublier le suivant”, mène le championnat avec… 8 petits points d’avance sur un quintette de chasseurs plus affamés qu’un buffet de pilotes après 90 minutes de roulage.

Thomas Preining, au volant de la célèbre Porsche “Grello”, s’est transformé en épouvantail. 61 points en trois courses, des dépassements acrobatiques, et surtout un élan que seule une panne d’inspiration pourrait freiner. Son objectif est clair : démontrer que Porsche peut encore faire autre chose que des SUV électriques pour cadres moyens.

Lamborghini, représenté par Jordan Pepper, en mode “feu de paille”, tente de transformer son coup d’éclat du Norisring en tendance lourde. Un Sud-Africain dans une Lamborghini qui joue la gagne en DTM ? On est à deux doigts de croire que tout est possible, même la paix mondiale.
Ferrari, Mercedes, Ford : chacun son drame

Jack Aitken, transfuge de la F1 et pilote Ferrari cette saison, n’a pas flambé mais fait preuve d’une régularité suspecte. Trop sage pour le cirque DTM, pas assez tranchant pour briller, il végète dans cette zone grise où les pilotes “solides” meurent de vieillesse et d’ennui. Mais avec la 296 GT3, il pourrait bien tirer son épingle du jeu si le chaos ambiant lui laisse une ouverture.
Quant à Maro Engel, vieux briscard du paddock, il pilote toujours une Mercedes-AMG GT3 avec la précision d’un métronome suisse. Il est cinquième, toujours placé mais rarement gagnant. C’est un peu le Jean-Michel Blanquer du DTM : jamais flamboyant, toujours présent, et inlassablement là où on ne l’attend pas.
Ford, le retour de l’Amérique en mode mustang

Cerise sur le sauerkraut, Ford est de retour en DTM avec sa Mustang GT3. Le constructeur américain, via l’équipe HRT basée… au Nürburgring même, a trouvé le moyen de faire vibrer les cœurs germano-nostalgiques. Arjun Maini, pilote indien vivant à deux pas du circuit (à Troisdorf, la Floride du Rheinland), a signé un prometteur top 5 à Norisring. Un frisson de fierté traverse les fans de muscle cars, même si on sent bien que la Mustang préfère les lignes droites du Texas à la chicane NGK.
Qualifs, pneus, et coups de poker
Dans cette configuration Sprint, tout se joue sur un tour. Les qualifs sont plus cruciales qu’un bon fiscaliste pour un PDG gavé de stock options. Et comme les courses sont des sprints sans stratégie carburant, c’est le royaume de la gestion pneumatique et du nerf optique. Autant dire que le moindre virage raté vous relègue au fond du top 10 — ce qui, en DTM, est aussi bien que disparaître dans un trou noir.

Mais attention à la météo de l’Eifel, aussi prévisible qu’un message de rupture : soleil éclatant à 14h, pluie diluvienne à 14h03, grêle et invasion de sauterelles à 14h07. Cette instabilité climatique pourrait redistribuer les cartes, et provoquer un peu du chaos dont le DTM a désespérément besoin pour redevenir passionnant.
En résumé : du sprint, de l’intensité, mais pas de mythe
Ce Nürburgring 2025 du DTM ressemble à une répétition générale dans une salle des fêtes pour un concert censé avoir lieu au Madison Square Garden. On veut du mythe, on nous sert de l’efficacité. On rêve de la Nordschleife, on hérite d’un circuit F1 en version coupe-ongles. Mais la lutte au sommet est féroce, les talents bien présents, et si le ciel veut bien faire son capricieux habituel, on pourrait assister à un vrai spectacle.
En attendant, les fans de légendes devront continuer à se contenter de leur VHS de 1993 ou d’une balade nostalgique sur YouTube. Car ce week-end, le Nürburgring sera peut-être vert… mais certainement pas infernal.
| Intitulé | Durée | Local | Réunion | Vietnam |
| Vendredi 8 Aout | ||||
| FP1 | 55′ | 12h40 | 14h40 | 17h40 |
| FP2 | 45′ | 17h35 | 19h35 | 22h35 |
| Samedi 9 Aout | ||||
| Qualifs1 | 20′ | 11h35 | 13h35 | 16h35 |
| Race1 | 55′ | 15h30 | 17h30 | 20h30 |
| Dimanche 10 Aout | ||||
| Qualifs2 | 20′ | 11h00 | 13h00 | 16h00 |
| Race2 | 55′ | 15h30 | 17h30 | 20h30 |