À mi-saison du championnat MXGP 2025, on aurait pu espérer une fête allemande bien huilée, avec bretzels, maîtrise de soi et domination teutonne à la clef. Manqué. Sous les giboulées imprévisibles de Teutschenthal, la dixième manche a viré à la démonstration brute de Jeffrey Herlings, pendant que le local Simon Längenfelder noyait ses espoirs en MX2 dans un bain de gadoue et de contre-performances. Le Talkessel, fidèle à sa tradition, a donc offert son cocktail favori : des trajectoires suicidaires, des rebondissements boueux et la frustration tenace d’un Romain Febvre enfermé derrière des attardés visiblement sponsorisés par les syndicats du blocage. Devant, c’était Lucas Coenen dans le rôle de Cole Sear. Vous avez la réf’ ?
MXGP : Le retour du messie orange

Jeff Herlings. Trois syllabes, 108 Grands Prix gagnés, et une carrière qui alterne miracle de la médecine et éclats de génie. On l’avait presque enterré en début de saison, après un retour en mode « sac de sable » à Riola Sardo, mais voilà que l’homme de fer néerlandais remonte du fond du classement pour offrir un sermon motocrossien de haute volée. Sur une piste transformée en patinoire pour sangliers, « The Bullet » a d’abord observé, puis déboîté Lucas Coenen avec l’élégance d’un bûcheron flamand. Deux tours avant le drapeau, le patron a réapparu – et ça, ce n’est pas une bonne nouvelle pour ceux qui croyaient la porte du titre fermée.
Herlings termine avec 47 points, à égalité avec Coenen, mais avec la victoire au général. Une stat flatteuse pour le jeune Belge, certes, mais qui commence à sérieusement ressembler à un abonnement à la médaille d’argent. Trois deuxièmes places d’affilée pour Lucas, qui voit le titre s’éloigner au rythme où Jeffrey retrouve son mojo. La sentence de Coenen résume la situation : « Je ne l’ai pas vu venir. » Bienvenue dans le monde post-traumatique d’un rookie KTM qui vient de découvrir ce que signifie « légende en reprise ».

Romain Febvre : entre traffic jam et frustration verte
En théorie, une troisième place, un podium, huitième consécutif qui plus est, et une avance maintenue en tête du championnat (36 points désormais), devraient satisfaire un pilote. En pratique, Romain Febvre semblait prêt à enfourcher une motobineuse pour évacuer lui-même les attardés qui l’ont empêché de concrétiser sa vitesse. Car oui, Febvre avait le rythme, le panache, les intentions. Mais il avait aussi un GPS coincé derrière Calvin Vlaanderen en première manche, puis une file d’attardés aussi mobile qu’une file d’attente à la Poste dans la seconde. Résultat : 4e puis 3e, et un Herlings qui revient en mode Terminator.
| Pos | Pilote | Moto | Race 1 | Race 2 | Total |
| 1 | Herlings, Jeffrey | KTM | 22 | 25 | 47 |
| 2 | Coenen, Lucas | KTM | 25 | 22 | 47 |
| 3 | Febvre, Romain | KAW | 18 | 20 | 38 |
| 4 | Renaux, Maxime | YAM | 15 | 18 | 33 |
| 5 | Vlaanderen, Calvin | YAM | 20 | 11 | 31 |
| 6 | Bogers, Brian | FAN | 13 | 16 | 29 |
| 7 | Gifting, Isak | YAM | 14 | 14 | 28 |
| 8 | Pancar, Jan | KTM | 10 | 13 | 23 |
| 9 | Seewer, Jeremy | DUC | 16 | 7 | 23 |
| 10 | Coldenhoff, Glenn | FAN | 5 | 15 | 20 |
Les stats sont là pour rassurer Kawasaki, mais dans les yeux de Romain, on lisait surtout l’envie d’étrangler un ou deux retardataires. L’essentiel est sauf, mais l’alerte est donnée.
Renaux : l’arbre qui pousse en silence

Maxime Renaux continue son opération escargot, mais avec un rendement presque suisse. 6e puis 4e, l’officiel Yamaha capitalise dans l’ombre, troisième du championnat avec 326 points, et surtout loin des drames qui émaillent la saison des autres : fractures, accrochages, abandons. Si l’on distribuait le titre au plus constant derrière Febvre et Coenen, Renaux serait un prétendant crédible. Mais à ce rythme, il risque surtout de finir troisième toute l’année, sans jamais réellement jouer la gagne. Solide ? Oui. Manque de panache ? Aussi.
| Pos | Pilote | Moto | Total |
| 1 | Febvre, Romain | KAW | 487 |
| 2 | Coenen, Lucas | KTM | 451 |
| 3 | Renaux, Maxime | YAM | 326 |
| 4 | Coldenhoff, G. | FAN | 322 |
| 5 | Gajser, Tim | HON | 305 |
| 6 | Fernandez, R. | HON | 298 |
| 7 | Bonacorsi, A. | FAN | 265 |
| 8 | Vlaanderen, C. | YAM | 262 |
| 9 | Seewer, Jeremy | DUC | 244 |
| 10 | Herlings, J. | KTM | 219 |
Seewer, Coldenhoff, Jonass : le chaos des outsiders
Jeremy Seewer a prouvé que l’on pouvait piloter une Ducati en tout-terrain et finir dans les pubs, au sens littéral du terme. Le Suisse a joué les démolisseurs de panneaux publicitaires dans la boue allemande, ce qui a égayé le public, mais pas le classement. Coldenhoff, lui, s’est offert un week-end « deux en un » : crash spectaculaire et remontée pour la forme. Pauls Jonass, pas en reste, s’est violemment satellisé à trois tours de l’arrivée, ruinant une prestation jusque-là solide. On murmure qu’il est retombé quelque part entre Halle et Leipzig.
MX2 : Adamo rigole, Längenfelder pleure, Farres surprend

Chez les juniors, Andrea Adamo continue sa métamorphose en tueur froid. L’Italien, champion sortant, n’a pas besoin d’en faire trop pour rafler le général : une victoire en première manche, une troisième place sous la pluie, et voilà Simon Längenfelder destitué de son trône devant son public. Le héros local, lui, a vécu un dimanche à oublier : pistes piégeuses, erreurs grossières, et une perte du leadership qui doit résonner comme une gifle en pleine Oktoberfest même en Juin.

Mais la vraie sensation, c’est Guillem Farres. L’Espagnol de Triumph, constructeur qui cherche encore ses marques, claque une victoire de manche et un podium au général. De l’inédit, du neuf, et surtout une belle jambe tendue à tous ceux qui pensaient que la nouvelle marque britannique resterait confinée à l’anonymat.
| Pos | Pilote | Moto | Race 1 | Race 2 | Total |
| 1 | Adamo, Andrea | KTM | 25 | 20 | 45 |
| 2 | Farres, Guillem | TRI | 12 | 25 | 37 |
| 3 | de Wolf, Kay | HUS | 14 | 22 | 36 |
| 4 | Lata, Valerio | HON | 18 | 18 | 36 |
| 5 | Längenfelder, Simon | KTM | 20 | 12 | 32 |
Conclusion : un championnat relancé, une meute affamée, un Herlings ressuscité

Au soir de Teutschenthal, le constat est clair : le titre est loin d’être joué. Febvre tient encore les rênes, mais Coenen pousse, Herlings revient des morts, et Renaux guette. À la porte de l’été, le championnat s’ouvre comme une plaie fraîche, et chaque manche promet désormais sa dose de chaos.
Prochaine escale : Kegums, Lettonie. Le terrain de jeu favori d’un certain… Herlings. À bon entendeur.