La liste des engagés en vue du TARR25 aligne pas moins de 104 équipages, 23 classes de cylindrée représentées, et autant de styles, de philosophies mécaniques et de fantasmes de podiums. Le 56e Tour Auto de La Réunion peut désormais se targuer d’avoir un plateau digne de ce nom après un début de saison tristounet. Accessoirement, une belle brochette d’équipages prêts à en découdre, faec aux autres mais plus souvent face à eux-mêmes.
F2000/13 : les hurlantes du peuple

Première surprise (ou pas) : la classe F2000/13 caracole en tête du classement des plus peuplées. Ces moins de 1600 cm³ atmosphériques composent 13,46% du plateau, soit une ribambelle de petits bolides qui compensent leur manque de muscles par des cordes vocales en titane. Des voitures qui hurlent à la mort dès 4500 tours/min et parfois jusqu’à 8000 et plus, comme si leur moteur avait un compte à régler avec la mécanique moderne.
Mais ne vous fiez pas à leur cylindrée modeste. Sous leurs capots se cachent des tempéraments de feu. Voies larges, voies étroites, caisses rigides comme des haltérophiles russes ou molles comme un vieux chewing-gum sous la pluie, tout y passe. Certaines voitures sortent tout droit du garage du coin, d’autres sont de véritables Frankenstein de compétition, assemblés avec autant de passion que d’esprit novateur.
Et devinez qui domine cette jungle ? Citroën avec 8 voitures alignées. Parce qu’à défaut de gagner en WRC, la marque aux chevrons continue de briller en F2000/13. Derrière, Peugeot tente de suivre avec 6 lionnes rugissantes. Un plateau 100% français, aussi bruyant qu’une manif devant la préfecture, et presque aussi anarchique dans la gestion des trains roulants. Le genre de classe où l’on peut passer de la gloire au fossé en l’espace d’un virage mal négocié.
Rally2 : les reines sur podiums et banquettes

Ensuite, viennent les Rally2, la classe royale du championnat local (et mondial, hors WRC). Elles sont 12 au départ : 4 Citroën, 4 Skoda, 2 VW et 2 Ford. Le quatuor magique. Si on devait résumer cette catégorie : performances démoniaques, freins qui collent au trottoir, suspensions plus intelligentes que certains, et budgets… disons, indécents.
Mais attention, toutes les voitures de cette catégorie ne se valent pas en pratique. Certaines sont pilotées par des fines gâchettes locales qui connaissent leur monture par cœur, et d’autres par des pilotes qui découvrent encore le bon bouton pour engager le launch control. C’est aussi ce qui fait le charme de la Rally2 : de la haute voltige, mais avec parfois des ailes en carbone mais pas toujours déployées.
Et n’oublions pas les gentlemen drivers, ces pilotes pur amateurs au volant de machines de guerre. Casque vissé, sourire jusqu’aux oreilles, ils envoient du lourd dans les spéciales, parfois même sans comprendre comment. Pour eux, pas de pression, juste l’adrénaline de manier une bête de rallye à plus de 150 000 euros. Un vrai moment de bonheur…oui, je l’avoue, j’ai un attrait particulier pour ces véritables masochistes qui animent nos paddocks à défaut d’animer les podiums de remise de trophées…
F2000/14 : le cri de la liberté mécanique

Pour compléter le podium des classes les plus représentées, on retrouve encore du F2000, mais cette fois en F2/14 : les moins de 2 litres atmosphériques. Ici, on monte encore d’un cran en termes de spectacle, de bruit et d’ingéniosité borderline. C’est le royaume des envolées lyriques, des moteurs qui chantent plus haut que Mariah Carey en live (dans ses bonnes années), et des voitures qui flirtent avec les 250 chevaux sans jamais avoir vu l’ombre d’un turbo.
Pas de suralimentation, de plus en plus d’électronique, de la mécanique pure, hurlante, parfois violente, toujours spectaculaire. Le genre de bagnole qui, à 8000 tours, vous fait douter de votre vocation. Pour les pilotes, c’est un combat permanent entre couple moteur inexistant par rapport aux grosses turbo 4RM et régime moteur stratosphérique. Et pour les spectateurs ? Du pur bonheur, les oreilles en PLS mais les yeux écarquillés.
| Pos | Classe | Engagés | % groupe | % total | Marques |
| 1 | F2/13 | 14 | 48,27 | 13,46 | 2 |
| 2 | Rally2 | 12 | 29,27 | 11,54 | 4 |
| 3 | F2/14 | 11 | 37,93 | 10,58 | 3 |
| 4 | Rally4 | 8 | 19,51 | 7,69 | 2 |
| 5 | R3 | 6 | 14,63 | 5,77 | 4 |
| 5 | R2 | 6 | 14,63 | 5,77 | 2 |
| 5 | N2 | 6 | 30,0 | 5,77 | 2 |
| 6 | N4 | 5 | 25,0 | 4,81 | 4 |
| 6 | Rally5 | 5 | 12,20 | 4,81 | 1 |
| 7 | A6K | 4 | 30,77 | 3,84 | 3 |
| 7 | A8 | 4 | 30,77 | 3,84 | 3 |
| 7 | N3 | 4 | 20,0 | 3,84 | 2 |
| 8 | F2/12 | 3 | 10,34 | 2,88 | 1 |
| 8 | A6 | 3 | 23,08 | 2,88 | 1 |
| 8 | N1 | 3 | 15,0 | 2,88 | 1 |
| 9 | Rally3 | 2 | 4,88 | 1,92 | 1 |
| 9 | N2S | 2 | 10,0 | 1,92 | 2 |
| 10 | R4 | 1 | 2,44 | 1 | |
| 10 | R1 | 1 | 2,44 | 1 | |
| 10 | F2/15 | 1 | 3,45 | 1 | |
| 10 | A7S | 1 | 7,69 | 1 | |
| 10 | A7 | 1 | 7,69 | 1 | |
| 10 | GT+ | 1 | 100,0 | 1 |
La grande foire des classes : diversité, et un soupçon de magie
Avec 23 classes de cylindrée, le 56e Tour Auto ressemble un peu à un supermarché de la performance. Il y en a pour tous les goûts, tous les niveaux de talent, et tous les comptes bancaires (même si les plus fauchés regardent de loin avec les yeux humides). Cette diversité est une richesse mais complexifie les comparaisons entre pilotes.
Car que vaut vraiment une victoire en F2000/13 contre une PLS en Rally2 ? À peu près autant qu’un like sur Instagram contre une victoire aux 24 Heures du Mans. Le système est ainsi fait. On aligne les voitures, on les classe par cylindrée, et on distribue des trophées pour les heureux rescapés. Peu importe si les écarts de performance sont parfois abyssaux : chacun repart avec sa moke (non pas la voiture ! à la réunion c’est le qualificatif pour une boite, une coupe) et son auto-satisfaction sur Facebook.

Mais au final, c’est ça aussi, le charme du Tour Auto. Un joyeux bordel réglementé, un concours de style mécanique, un affrontement d’écoles de pilotage, le tout saupoudré de mauvaise foi (parfois), de passion dévorante (toujours) et de roulements en surchauffe (souvent).
En conclusion ?
Avec 104 voitures, ce 56e Tour Auto s’annonce comme une cuvée corsée, riche en rebondissements, en joutes mécaniques et en égos sous pression. Chaque classe, chaque voiture, chaque pilote vient y jouer son rôle dans une pièce aussi bruyante qu’haletante. Il y aura des cris, de la casse, des pleurs (d’émotion ou de dépit), et quelques envolées lyriques… mécaniques, bien entendu.
Le Tour Auto débarque, et il va faire du bruit. Beaucoup de bruit.