samedi, octobre 17, 2026
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L’Espagnol avait pris son temps…ou pas !

Jorge Prado n’avait pas traversé l’Atlantique pour découvrir l’Amérique. Mais l’Amérique, elle, devait encore découvrir Jorge Prado. Une première saison complète aux États-Unis, deux disciplines à apprivoiser et cette étrange troisième créature qu’est le SuperMotocross pour terminer. L’ancien champion du monde MXGP aura pris son temps. Samedi soir à Ridgedale, il est devenu le premier Espagnol champion SMX. Et il est allé chercher son titre de la manière la moins administrative possible.

Apprendre d’abord

L’arrivée d’un champion MXGP aux États-Unis offre toujours la tentation du raccourci. Champion du monde en Europe, donc immédiatement candidat naturel aux mêmes honneurs de l’autre côté de l’Atlantique. Sauf que le Supercross n’est pas du motocross sous un toit. Prado a dû apprendre les rythmes, les enchaînements, les whoops, les départs, les formats et cette densité particulière des courses américaines. Puis retrouver l’extérieur avec l’AMA Motocross sans simplement reproduire ce qu’il connaissait du MXGP. Sa saison raconte donc moins une irruption qu’une montée en puissance. Le championnat US SX+MX+SMX représente 31 meeting au total soit 50% d’intensité en plus !

Et lorsque débute le SMX, cette progression commence à apparaître très concrètement au classement. Prado entre dans les Playoffs avec 22 points de seeding, derrière les 25 de Hunter Lawrence. Deux épreuves plus tard, avant la finale de Ridgedale, l’Espagnol mène avec 92 points. Seize d’avance sur Haiden Deegan et Hunter Lawrence. Le rookie américain venu d’Europe avait changé de statut en cours de route.

Deegan frappe le premier

Ridgedale va pourtant lui demander une dernière démonstration. Haiden Deegan est le plus rapide des qualifications. Puis l’Américain prend le holeshot de la première manche et s’impose devant Ken Roczen (Champion SX450 en titre). Prado ?

Dixième au début de course. Il remonte jusqu’à la cinquième place mais Deegan vient de rappeler une particularité assez savoureuse de cette finale : ici, les points valent triple. L’avance construite auparavant commence sérieusement à fondre. Et puisque Deegan n’a manifestement aucune envie d’attendre une invitation, le titre va devoir se régler en piste.

Cette fois, Prado part devant

Deuxième manche. Prado prend le holeshot devant Deegan et Hunter Lawrence. Voilà les deux prétendants au titre placés exactement là où le scénario les voulait. Pendant une grande partie de la manche, le trio reste compact. Puis Deegan accélère. L’écart diminue. À trois minutes de l’arrivée, l’Américain est revenu sur la roue de l’Espagnol. Plus vraiment de calculatrice. Plus vraiment de championnat à gérer. Juste une manche à gagner. Les deux commettent encore quelques petites erreurs dans le dernier tour mais Prado tient. Il passe la ligne avec 1”7 d’avance. Le titre est à lui.

Deegan gagne Ridgedale, Prado gagne 2026

Le format SMX s’offre même un dernier clin d’œil. Avec son 1-2, Haiden Deegan remporte l’overall de la finale. Avec son 5-1, Jorge Prado n’est que deuxième de la soirée. Mais ses 158 points contre 151 à Deegan lui offrent ce qui était venu chercher : le championnat 450SMX. Hunter Lawrence complète le podium avec 136 points. Le vainqueur de Ridgedale n’est donc pas le champion.

Et chez les 250, histoire de pousser le concept jusqu’au bout, exactement la même mécanique se reproduit : Cole Davies gagne les deux manches et la finale, tandis que Levi Kitchen, deux fois deuxième, repart avec le titre.

L’Amérique sans les Américains

Le titre de Prado vient surtout compléter une photographie 2026 assez remarquable du motocross américain. En Supercross, l’Allemand Ken Roczen avait emporté la couronne. En Motocross 450, c’est l’Australien Hunter Lawrence qui avait pris le relais. Et en MX250 ainsi qu’en SX250E, le Néo-Zélandais Cole Davies avait lui aussi placé son drapeau au sommet. Restait le SuperMotocross. Il sera donc espagnol dans la catégorie reine. Avec Jorge Prado, les États-Unis terminent ainsi leur saison avec quatre grandes couronnes réparties entre quatre nationalités étrangères : Allemagne en SX, Australie en MX450, Nouvelle-Zélande en MX250 et SX250E et désormais Espagne en SMX450. Toutefois les couronnes SX250W avec Haiden Deegan et SMX250 sont pour Levi Kitchen, tous deux fondamentalement natifs chez l’Oncle Sam..

Une drôle de manière de rappeler que le championnat américain reste américain par son terrain de jeu beaucoup plus que par le passeport de ceux qui le dominent. Et dans le cas de Prado, la boucle possède une saveur supplémentaire. Le motocross, il connaissait. Le Supercross, il fallait l’apprendre. Le SuperMotocross lui demandait désormais de mélanger les deux. Au bout de sa première saison complète aux États-Unis, l’ancien champion du monde MXGP n’a donc pas simplement ajouté une couronne à son palmarès. Il est progressivement devenu un pilote capable de gagner dans l’écosystème américain. Samedi, Haiden Deegan a gagné Ridgedale en 450. Jorge Prado, lui, a gagné sa première année américaine.

Et pendant ce temps, deux portes se ferment

Cette finale marque également la fin de deux histoires qui auront profondément accompagné les paddocks américains. Pour Dylan Ferrandis, Ridgedale constitue la dernière course professionnelle. Pas de sortie hollywoodienne : qualifié onzième, le Français termine quinzième de l’overall avec un 22-8 et referme ainsi une carrière américaine passée par les titres 250SX West, 250MX puis 450.

Et Eli Tomac arrive lui aussi au bout de son histoire en compétition. Deux trajectoires très différentes, deux hommes qui auront marqué leur époque et qui quittent la scène au moment même où Prado achève sa première saison américaine par un titre. Le passage de témoin n’a évidemment pas été organisé pour la photo. Mais pour une finale, l’image tombe plutôt bien : pendant que Prado ouvre son palmarès américain, Tomac et Ferrandis referment le leur.

Vacances pour tous !

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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