Dans la hiérarchie WRC2, il y a ceux qui roulent pour le panache, et il y a Emil Lindholm, qui semble avoir été cloné à partir d’un mode éco de machine à laver : discret, constant, imperturbable. Pendant que ses camarades de jeu s’acharnaient à valider leur diplôme de cascadeur amateur sur les routes sardes, le Finlandais s’est contenté de… faire le job. Encore. Toujours. Sans une égratignure. Au terme de la deuxième journée, il affiche une avance de 1 minute et 11 secondes, ce qui, en WRC2 sur caillasse, équivaut à une semaine de camping entre deux spéciales.
Le survivant silencieux

Tout a commencé par une nuit calme, un réveil sobre, et six spéciales façon mixeur à gravier. Emil, lui, a fait ce qu’il sait faire : il a mis la tête dans le volant, ignoré les alertes de température moteur, réglé un souci d’intercom à la volée, et collé une minute pleine à tout ce que l’Europe de l’Est produit de pilotes en Škoda. Même lorsqu’il a dû bricoler son système audio comme un ado en plein contrôle de maths sans calculette, il a signé le troisième temps du chrono. Le tout sans s’énerver, sans hurler, sans jeter de casque. Un tueur, version Finlande : tout en sobriété, mais avec un sabre sous la veste.
L’arbre qui cache la déroute (coucou Yohan)

Derrière lui, la course a ressemblé à une fête du slip au sommet d’un volcan. À commencer par Yohan Rossel, l’un des rares à s’être hissé au niveau de Lindholm vendredi. Malheureusement, samedi, Yohan a décidé de redécouvrir les joies de la botanie sarde en allant câliner un arbre sur SS8. L’impact n’a pas été immédiat, mais la direction de sa C3 a décidé qu’elle en avait vu assez : abandon sur liaison, et retour au parc d’assistance, où l’on ne répare pas les illusions. Rossel, c’était le dernier espoir tricolore de ce rallye, et le WRC2 français s’écroule comme une tente Quechua mal pliée à la première rafale.
La technique du hérisson : survivre en se mettant en boule

Pendant ce temps-là, Lauri Joona, autre Finlandais du clan des gens qui respirent calmement, a gratté deux places par élimination naturelle. Quatrième vendredi, il pointe désormais deuxième. Une belle régularité, même si l’on soupçonne son principal talent d’être… de ne pas sortir de la route. Une stratégie éprouvée en Sardaigne, où les autres tentent de franchir les spéciales comme on traverse un champ de mines en savates.

En troisième position, Kajetan Kajetanowicz, le Polonais à nom de mot de passe impossible, a progressé à son rythme. Pas de panique, pas de coup d’éclat, juste l’art d’éviter les ennuis tout en grappillant du terrain sur ceux qui s’inscrivent au club des radiateurs percés.
Et à ce petit jeu du “j’ai évité les pierres” contre “j’ai épousé le décor”, c’est Martin Prokop qui s’est distingué. Troisième vendredi, il a décidé de visiter l’arrière-pays en mode tout droit ce samedi matin. Résultat : radiateur HS, chrono plombé, et une chute au classement comme un soufflé qui retombe. Quatrième désormais, il lui faudra une journée de dimanche sans catastrophe pour espérer sauver les meubles.

Le fond du top 10 ou le musée des survivants
En cinquième position, Roberto Daprá, jeune Italien inconnu au bataillon il y a encore deux rallyes, mais qui semble avoir trouvé la recette : ne pas forcer, ne pas casser, ramasser les morceaux. Ce n’est pas très glamour, mais c’est diablement efficace dans un WRC2 où survivre vaut parfois plus que performer.
Robert Virves, l’Estonien, ferme la marche des pilotes encore crédibles pour un top 5. Encore une fois, il fait partie des “moins pires”, ce qui dans ce contexte vaut presque victoire morale.
Et les autres ? Eh bien, ils n’existent plus
On ne les compte plus, les pilotes WRC2 venus avec des ambitions et repartis avec des jantes carrées, des amortisseurs pleurant du fluide et des coéquipiers en pleine crise existentielle. La Sardaigne n’épargne personne : elle broie les mécaniques, les nerfs et parfois même les egos. Une fois la poussière retombée, le seul qui a su dompter cette machine à lessiver les espoirs s’appelle Emil Lindholm. On retiendra toutefois le français Pablo Sarrazin dans le top10 de la série avec la pancarte rookie.
| Pos | Equipage | Voiture | Chrono |
| 1. | Lindholm E./ Hämäläinen R. | Škoda Fabia RS Rally2 | 2h39’15,5 |
| 2. | Joona Lauri/ Vaaleri Samu | Škoda Fabia RS Rally2 | +1:11.5 |
| 3. | Kajetanowicz K./ Szczepaniak M. | Toyota GR Yaris Rally2 | +1:27.7 |
| 4. | Prokop Martin/ Ernst Michal | Škoda Fabia RS Rally2 | +2:22.5 |
| 5. | Daprà R./ Guglielmetti L. | Škoda Fabia RS Rally2 | +2:44.2 |
| 6. | Virves Robert/ Viilo Jakko | Škoda Fabia RS Rally2 | +3:01.8 |
| 7. | Solans Jan/ Sanjuan Rodrigo | Toyota GR Yaris Rally2 | +3:15.3 |
| 8. | Jürgenson Romet/ Oja Siim | Ford Fiesta Rally2 | +3:27.4 |
| 9. | Sarrazin Pablo/ Roche Yannick | Citroën C3 Rally2 | +4:55.7 |
| 10. | Bulacia Bruno/ Morales Gabriel | Toyota GR Yaris Rally2 | +6:20.5 |
Le Finlandais à sang froid
On le soupçonne d’avoir un thermostat interne bloqué à 18°C. Même quand l’intercom rend l’âme ou que la température moteur clignote comme un sapin de Noël, Emil ne bronche pas. Le prototype même du pilote WRC2 moderne : intelligent, mesuré, et chiant pour ses adversaires. Parce qu’on ne peut pas le déstabiliser. Parce qu’il ne fait pas d’erreur. Parce qu’il s’en fout d’être spectaculaire. Il veut juste gagner – et avec ce qu’il a montré samedi, il est bien parti pour.
Dimanche : sauf cataclysme, Lindholm pliera l’affaire
Avec plus d’une minute d’avance, Lindholm peut se permettre de rouler en mode “livreur de pizza prudent”. Quatre spéciales, un seul piège : la mécanique. Mais s’il a résisté aux alertes moteur et aux déboires électroniques du samedi, il y a fort à parier que la Sardaigne ne pourra pas lui inventer une nouvelle punition en 77 km.
En attendant, ses rivaux devraient s’inspirer de lui : parfois, le style le plus efficace est celui qu’on ne remarque pas. Sauf quand il vous met une minute dans la vue.
| Intitulé | Longueur | Local | Réunion | Vietnam |
| Dimanche 8 Juin | ||||
| ES13 San Giacomo1 | 25,190km | 07h25 | 09h25 | 12h25 |
| ES14 San Paolo1 | 13,700km | 08h35 | 11h35 | 14h35 |
| ES5 San Giacomo2 | 25,190km | 10h50 | 12h50 | 15h50 |
| ES16 San Paolo2 [PS] | 13,700km | 13h15 | 15h15 | 18h15 |