Le Safari Rally version Rally-Raid a débuté en Afrique du Sud sous un soleil tapageur et une poussière plus envahissante qu’un débat politique en fin de repas de famille. Pour ce grand bal poussiéreux, 54 autos engagées se sont alignées sur la grille, prêtes à se farcir 1205 kilomètres de terre, de caillasse et de règlements F.I.A. aussi limpides qu’un pare-brise après un passage dans la boue du Limpopo.
La journée du lundi était consacrée au prologue, ce moment étrange dans le rally-raid où tout le monde roule à fond pour… rien. Car non, le temps du prologue ne compte pas pour le classement final, mais il sert de prélude chorégraphié pour savoir qui aura l’honneur — ou la punition — d’ouvrir la piste le lendemain. En clair : un sprint sans conséquences sauf quand elles deviennent cruciales.

Et dans cet exercice aux règles floues et à l’utilité discutable, Sébastien Loeb a choisi la stratégie dite de “l’escargot curieux”. Résultat : 51e temps sur 54. Une performance qui ferait sourire s’il s’agissait d’une randonnée touristique dans le Karoo, mais là, on parle quand même d’un nonuple champion du monde WRC qui a visiblement confondu le prologue avec un cours de reconnaissance botanique.
Mais Loeb reste Loeb. Et dans le monde du rallye-raid, où les privilèges sont aussi répandus que les coups de chaleur, son statut “Platinum” lui permet de recoller aux wagons sans même lever la poussière. Car oui, malgré sa performance façon tondeuse à gazon en fin de batterie, le Français pourra être replacé entre la 1re et la 11e position au départ de l’étape 1. Le tout grâce à un règlement qui ferait passer les élections fédérales belges pour un modèle de simplicité.
Local heroes : Toyota Gazoo sort les griffes (et les Hilux)
Pendant que Loeb testait l’adhérence des herbes locales, les pilotes sud-africains ont mis les points sur les “i” avec des pneus de 35 pouces. Saood Variawa, jeune loup de Toyota Gazoo Racing South Africa, a littéralement explosé le chrono du prologue avec une aisance qui laisse penser qu’il connaît chaque rocher par son prénom. Son coéquipier Guy Botterill s’invite à +5 secondes, et Henk Lategan complète le podium provisoire, également en Hilux. Cerise sur le boerewors, Brian Baragwanath claque le 4e temps avec sa Century, voiture locale elle aussi.

Résultat : un quarté 100% sud-africain, 100% local, 100% “Proudly South African”, comme ils le chantent avec fierté. Le message est clair : à la maison, les invités sont priés de rester à table pendant que les hôtes mènent la danse.
Ce coup de semonce en ouverture a de quoi faire tousser les écuries internationales venues faire illusion. Ici, les Toyota sont construites sur place, les pilotes connaissent les pistes comme leur jardin, et le GPS semble plus là pour les selfies que pour la navigation.
Vétérans en mode “tour de chauffe”
Derrière les gamins qui roulent comme s’ils jouaient leur vie, les anciens — Carlos Sainz (P12) et Sébastien Loeb en tête — observent, roulent, testent, mais surtout n’ambitionnent plus grand-chose. Le Dakar 2025 ? Fin prématurée pour les deux. Abu Dhabi ? Un bis repetita pour Loeb, une absence remarquée pour Sainz. Alors l’Afrique du Sud, c’est presque une sortie de fin d’année, avec un objectif : terminer, si possible avec la carrosserie encore solidaire du châssis. Et encore, je n’évoque même pas la candidature de moins en moins hypothétique de Carlos Sainz probablement en tournée électorale…

Le Français, au volant de cette chose encore mal identifiée appelée Dacia prototype, semble se reconvertir progressivement en pilote d’essai pour ingénieurs dépressifs. Quant à l’Espagnol, son Ford sent plus la caution marketing que l’arme de guerre. Les deux roulent libérés, délivrés, comme dirait l’autre, sans autre pression que celle du pneu arrière gauche.
Al Attiyah roi des premières Depuis 2022, Nasser Al Attiyah a systématiquement remporté les manches de W2RC auxquelles il participait pour la première fois : Sonora Rally et Desafío Ruta 40 en 2023, BP Ultimate Rally Raid Portugal en 2024. Le South African Safari Rally serait son 4e essai transformé s’il venait à le remporter…

Mais méfiez-vous des lions endormis. Ces mecs-là ont un carnet de bal bien rempli, et il suffit d’un bon jour, d’une bonne navigation et de quelques crevaisons adverses pour qu’ils se retrouvent sur le podium, l’air de rien, à 58 ans et avec une hanche qui grince.
6 étapes pour faire le tri
Le vrai départ, c’est mardi matin, et la course s’étalera jusqu’au samedi 24 mai, sur 1205 kilomètres de spéciale, répartis sur six étapes. Une semaine de torture mécanique, de pièges de navigation et de décisions de course prises à minuit autour d’un feu, entre deux révisions de la carte.

Les stratégies vont se mettre en place : ouvrir la piste, c’est noble, mais c’est aussi balayer toute la poussière pour les autres. Partir derrière ? Plus de visibilité, mais aussi la bouillie de sable dans les yeux et les ornières en prime. Bref, chaque choix est une fausse bonne idée, et chaque décision pourrait coûter plusieurs dizaines de minutes.
Alors que les Hilux locaux caracolent en tête, les outsiders internationaux, eux, devront miser sur la régularité, la robustesse et — surtout — l’absence de conneries monumentales. Ce qui, dans le rallye-raid, relève souvent du miracle.
Bilan du prologue : du sable, des sourires et du flou réglementaire
On ne retiendra pas grand-chose de ce prologue, si ce n’est :
- Que les Sud-Africains ne sont pas là pour faire du tourisme.
- Que Loeb peut finir 51e et quand même partir dans le top 10.
- Que le rallye-raid adore les règlements à tiroirs.
- Et que Toyota Gazoo South Africa n’a pas l’intention de laisser le moindre caillou à la concurrence.
Le décor est planté, les moteurs sont chauds, et les illusions sont déjà en train de fondre comme une calandre sous le soleil du Kalahari.
À suivre. Et pas en mode prologue, cette fois.