Dans le monde du rallye réunionnais, un nom commence à résonner avec une intensité particulière pour qui s’intéresse sérieusement à la discipline: Luciano Etheve. Ce pilote au parcours atypique, évoluant dans la catégorie ultra-disputée du F2000/13, incarne à merveille la ténacité, le talent brut et une passion dévorante pour les sports mécaniques. À l’aube de sa troisième saison en 2025, cet ancien motard au tempérament de feu, reconverti en as du volant, impressionne par son humilité et sa détermination sans faille. Portrait d’un homme qui, entre courage et résilience, trace sa route avec une Peugeot 106 aussi modeste qu’efficace.
Une saison 2024 prometteuse
L’année 2024 a été un tournant pour Luciano. Avec trois départs dans la catégorie F2000/13 – la plus fournie avec plus de dix engagés par épreuve –, il a signé deux deuxièmes places éclatantes. Et pourquoi pas une saison complète comme en 2023? Essentiellement faute de budget pour pouvoir s’aligner sur une saison complète! Seule une casse mécanique lors des 1000 km de fin de saison l’a privé d’un sans-faute. Ces résultats, obtenus face à une concurrence féroce, témoignent d’un talent qui ne demande qu’à s’épanouir pleinement. Pour un pilote qui n’en est qu’à sa deuxième année dans cette discipline, ces performances forcent le respect et laissent entrevoir un avenir radieux.
Du bitume sauvage à la compétition pure

Luciano Etheve n’a jamais caché son passé tumultueux. Ancien « délinquant de la route », comme il se décrit lui-même avec une franchise désarmante, il a longtemps flirté avec les limites au guidon de sa moto. Preneur de risques invétéré, il vivait chaque accélération comme une décharge d’adrénaline pure. Mais c’est grâce à une rencontre providentielle que sa vie a basculé : celle de Mannix Hoareau, pilote local emblématique et véritable mentor. Depuis ses huit ans, Luciano admire cet homme qui habite à seulement 50 mètres de chez lui. C’est Mannix qui lui a tendu la main, le guidant vers la compétition officielle et canalisant cette énergie brute dans les spéciales chronométrées. Une reconversion salvatrice pour un homme qui a trouvé dans le rallye une nouvelle raison de vivre.
La Peugeot 106 : petite mais redoutable

Au cœur de cette aventure, il y a sa fidèle Peugeot 106, une voiture qui incarne parfaitement l’esprit de Luciano : modeste en apparence, mais redoutable. Sous le capot, un moteur basé sur celui de la 206 Challenge, optimisé avec des arbres à cames spécifiques, délivre moins de 160 chevaux. Une puissance contenue, mais savamment travaillée pour privilégier la fiabilité – un choix stratégique signé Bertrand Mezino, maître de la configuration moteur. La cartographie, confiée à Mathieu Leveneur, et les précieux conseils de Mannix Hoareau pour les réglages châssis complètent cette équation gagnante. Car si le châssis reste perfectible, comme le souligne Luciano « On n’a pas de trois voies, alors plus de chevaux ne passeraient pas efficacement au sol », l’adoption des pneus Kumho a permis de réduire le sous-virage chronique qui handicapait la petite lionne. Résultat : un seul abandon mécanique en neuf départs. Une prouesse pour une auto aussi abordable.
Un budget serré, une détermination sans limite
Derrière ces performances, pas de mécène fortuné ni de sponsors à gros budget. Luciano assume avec un sourire en coin que son principal sponsor est « sa poche droite ». Chaque épreuve lui coûte entre 3500 et 4000 euros, une somme qu’il réunit avec opiniâtreté, porté par une passion qui transcende les contraintes financières. “On doit toujours garder une réserve. Si on sort de la route plus lourdement que dans un canal, le moindre dépannage coûte tout de suite en 500 et 1000 euros!“. Cette réalité ajoute une couche d’admiration à son parcours : Luciano n’est pas seulement un pilote talentueux, c’est un combattant qui fait vivre son rêve à la force de sa volonté et ses proches toujours très proches.
Le poids d’un passé marqué par l’épreuve

Pour comprendre l’homme derrière le volant, il faut remonter à 2016. Cette année-là, Luciano est victime d’un terrible accident de moto lors d’un entraînement sur la piste de motocross du Tampon. « J’aurais tout aussi bien pu finir lourdement handicapé et même paralysé », confie-t-il avec une gravité dans la voix. Cette épreuve, qui aurait pu briser n’importe qui, a révélé chez lui une résilience hors du commun. S’il a depuis rangé la compétition moto régulière au placard, il a reporté toute son énergie sur le rallye, avec une prudence nouvelle. « En moto, je débranchais tout au départ, les risques n’étaient que pour moi. En rallye, j’ai la responsabilité de mon copilote et des spectateurs. Je n’arrive pas encore à dégoupiller complètement, je suis toujours à l’affût du moindre bruit, du moindre soucis qui risquerait de m’envoyer valdingué ! », avoue-t-il. Une lucidité qui contraste avec son passé de casse-cou et qui rend son évolution d’autant plus fascinante.
2025 : cap sur une saison complète
Pour 2025, Luciano se fixe un objectif clair : boucler une saison complète. À ses côtés, Raphaël Lebon, copilote qui a débuté en 2023 comme lui et déjà épaulé quatre pilotes en deux ans, sera un atout précieux. Ensemble, ils viseront la régularité et, pourquoi pas, une première victoire. Car Luciano a déjà prouvé qu’il pouvait briller même si l’ogre Olivier Babef est littéralement intouchable devant à la régulière: lors de la spéciale des Terrass au Rallye de Saint-Joseph 2024, il a signé une 29e place au scratch – une performance exceptionnelle pour une « petite » N2 améliorée. Ce jour-là, raconte-t-il, il a roulé « sans inquiétude ni appréhension », laissant entrevoir le potentiel qui sommeille en lui.

Une étoile montante à suivre
Luciano Etheve n’est pas seulement un pilote, c’est une histoire, celle d’un petit-ilois pur jus. Celle d’un homme qui a transformé ses anciens démons en moteur, ses cicatrices en force. Avec sa Peugeot 106 taillée pour l’essentiel et son style de pilotage instinctif mais en perpétuelle amélioration, il incarne une certaine idée du rallye : celle où le cœur et la sueur comptent autant que les chevaux sous le capot. En 2025, de nombreux regards seront tournés vers ce Réunionnais au talent brut, prêt à écrire un nouveau chapitre de sa légende personnelle. Et nul doute que Mannix Hoareau, depuis ses 50 mètres de voisinage, observera avec fierté l’élève dépasser, un jour, le maître. Ou pas !