Depuis 1997, le Championnat de la Réunion des Rallyes résonne du rugissement des moteurs d’un pilote hors du commun : Mannix Hoareau. Originaire de Petite-Île, ce prodige du volant a gravi les échelons avec une détermination sans faille, transformant une modeste Peugeot 309 GTI 8 soupapes équipée de pneus promo – ceux de « Monsieur Tout-le-Monde » – en arme de conquête. Son style, inimitable et spectaculaire, fait de lui le « roi du frein à main » : tirant sur la manette avec une audace folle, il met sa voiture « par les portes » dans des dérives qui laissent le public bouche bée. Dès ses débuts, malgré un matériel bien moins performant que celui de ses adversaires, le « petit Ilois » a enchaîné les titres en catégorie Promo. « 5 ou 6, peut-être plus, je ne sais plus… », avoue-t-il avec une simplicité désarmante, incapable de tenir le compte précis de ses exploits.
Son engagement exceptionnel et son approche instinctive – rentrer fort, caler, ressortir, peu importe l’angle – rappellent une autre gloire locale des années 90 et 2000, « Tonton » David Grondin avec qui il avait coutume de partager moult “analyses”. Rapidement, Mannix séduit les foules et gagne l’admiration de ses aînés. Grâce à un budget patiemment étoffé, souvent puisé dans sa poche droite, il passe à la Peugeot 309 16 soupapes, amplifiant les décibels à chaque relance. Après avoir tout raflé en Promo, il s’attaque en 2003 à la catégorie Volant 206 avec une Peugeot 206XS héritée du vainqueur de l’année précédente. Avec Jean-François Law Man Too à ses côtés pour alléger la quête de fonds, il décroche le titre dès sa deuxième tentative. En 2005, devenu pilote officiel Peugeot Sport Réunion au volant d’une 206 S1600, épaulé par Séverine Picard, il s’adjuge un nouveau championnat. Infatigable, il rebondit ensuite avec une 206 XS F213, puis grimpe en F214 avec Arsène Law Lin, propriétaire d’une Peugeot S16, pour trois saisons marquées de succès et de coups d’éclat.

Mais Mannix ne s’est pas contenté des spéciales réunionnaises. À plusieurs reprises, il a eu l’opportunité de faire rugir des bolides dans l’Hexagone, notamment lors de la Finale de la Coupe de France des Rallyes. Sa première participation remonte à 2003 à Limoges, un baptême du feu qui marque le début d’une aventure métropolitaine. Combien de fois y est-il retourné ? « J’ai oublié le décompte précis », confesse-t-il avec sa modestie habituelle. De notre côté, on recense cinq participations, des moments où Mannix a porté haut les couleurs de la Réunion. Hélas, depuis La Rochelle en 2014, il a dû renoncer à ces escapades, faute de budget, malgré des qualifications quasi systématiques qui témoignent de son talent constant. En 2004, il participait également au Rallye de la Montagne Noire et au Rallye du Var, au volant de sa Peugeot 206 XS, prouvant qu’il pouvait rivaliser avec les meilleurs sur des terrains qu’il découvrait.

En 2019, Mannix découvre les joies des quatre roues motrices. Après une brève incursion en N4, il opte pour la classe A8 avec une Subaru N12, libérant davantage de chevaux grâce à une bride élargie. 2025 marque sa septième saison avec cette fidèle monture. « J’aurais aimé passer en R4, mais la boîte séquentielle n’est pas autorisée sur mon modèle. C’est la course à l’armement devant, mais mon budget reste limité », explique-t-il, lucide mais jamais résigné. Pourtant, même avec des moyens modestes, Mannix reste dans le coup. Son seul temps scratch en spéciale, en 2008 aux 1000 km (Ville Blanche) à égalité avec Malik Unia qui évoluait alors sur Peugeot 207S2000, reste un souvenir précieux, un éclat de gloire en terminant devant nombre de concurrents mieux armés dans une carrière riche mais sans victoire au classement général d’un rallye.
Au-delà des performances, Mannix Hoareau est un personnage incontournable du paddock réunionnais. Cash, volubile, parfois truculent mais toujours respectueux Mannix pratique le rallye en pure jouissance. Toujours prêt à tendre la main à un copain, il incarne l’âme du rallye local. Bientôt trois décennies sur les spéciales – plus de la moitié de sa vie – témoignent de son amour indéfectible pour les sports mécaniques. Avant les quatre roues, le « petit Ilois » a d’ailleurs brillé en moto, avec un succès certain. S’il a calmé ses ardeurs au frein à main depuis la 206 S1600 qui nécessitait une approche plus chirurgicale, il ne résiste pas à en rajouter dès que possible. Avec la Subaru N12, qu’il considère comme sa meilleure voiture à ce jour – « Elle n’est pas au bout, il y a encore du potentiel ! » –, son pilotage s’est adapté aux quatre roues motrices, alliant précision et audace.

Fan de tous les rallyes – « Nou fé rallye, nou ! » –, il chérit particulièrement le Rallye de Saint-Joseph, avec ses courbes fermées et son tracé technique idéal pour sa monture. Sa plus grande déception ? « L’abandon l’an dernier à la Ronde de l’Est, sur bris de cardan, à deux spéciales de la fin (ES10 Carron Ango3 NDLR). Sans ça, on jouait le podium du championnat… » Toujours au départ, avec des “gratons” ou des balles neuves selon ses moyens, en avril, Mannix sera au départ du Rallye de Petite-Île avec sa fidèle « Sub’ ». Gardez un œil sur lui : ses passages spectaculaires et ses chronos, réalisés avec des moyens limités, forcent le respect. De Petite-Île à Limoges, de la 309 GTI à la Subaru N12, Mannix Hoareau est plus qu’un pilote : c’est une légende vivante, un artiste du volant qui fait vibrer la Réunion et au-delà depuis 28 ans.