Cinq ans d’absence, et Brno revient dans le calendrier MotoGP comme une ex à qui on avait juré de ne plus jamais répondre — sauf que cette fois, elle revient plus belle, resurfacée, plus vallonnée et surtout, encore plus cruelle. Car sous le soleil tchèque et sur un circuit aussi long qu’un sermon de team manager, Marc Marquez a tout simplement décidé d’achever le suspense de cette saison 2025 en claquant sa cinquième victoire d’affilée, une première pour Ducati. Et tant pis pour les autres. Le MotoGP est peut-être un sport mécanique, mais ce dimanche, c’était surtout un one-man-show espagnol.
Brno, ou comment faire plaisir aux puristes (et à Marquez)
73 mètres de dénivelé, 5,4 km de circuit, des virages en aveugle, du grip à la loterie, et une foule de 220,000 spectateurs chauffée à blanc : Brno est revenu nous rappeler ce que c’est qu’un vrai circuit d’homme. Pas un parking repeint façon aéroport qatari, non, un vrai tracé old-school avec du panache. Et visiblement, c’est pile le terrain de jeu favori d’un Marc Marquez redevenu impérial, voire indécent.

Car il faut bien le dire : Marquez sur Ducati, c’est un peu comme donner un lance-flammes à un pyromane. Il s’amuse, il détruit tout, et il recommence. À Brno, il a d’abord laissé Bezzecchi croire à un duel, avant de le dégommer à mi-course (L8) avec l’élégance d’un prédateur qui a juste décidé que l’apéritif avait assez duré.
Le duel qui n’en était pas un

Soyons honnêtes : Marco Bezzecchi a fait illusion. Joli départ, passes d’armes viriles mais correctes, chrono respectable… Mais face à un Marquez en mode exterminateur de morale, ça ne suffisait pas. 1.7 secondes à l’arrivée, mais surtout un sentiment d’impuissance : Bezzecchi a tout donné, et c’est à peine s’il a effleuré l’ombre du #93.
On peut saluer l’effort, comme on salue un marin qui tente d’arrêter un cargo avec une rame. C’est noble, c’est courageux, mais c’est voué à l’échec.
Pedro Acosta, enfin sur le podium… pendant que Bagnaia se mord la moustache

La surprise (relative) du jour, c’est Pedro Acosta, qui a réussi à décrocher son premier podium dominical de la saison après son podium de la veille en Sprint. Le prodige KTM a résisté aux assauts tardifs de Pecco Bagnaia, revenu fort mais trop tard. Le champion déchu pensait sans doute jouer la gagne après sa pole et son holeshot au départ. Spoiler : non.

Le pauvre Pecco passe plus de temps à faire de la muscu médiatique qu’à réellement gêner son coéquipier Marquez. Il termine P4, ce qui aurait pu être bien… s’il n’était pas censé être le co-capitaine du navire Ducati. Là, il ressemble plutôt au type qui tient la barre mais ne sait plus lire la boussole.
Les autres ? Des figurants, parfois involontaires

Mention spéciale au frère maudit, Alex Marquez, qui a eu l’idée brillante de transformer le virage 12 en bowling humain. Un inside désespéré sur Mir, et bim : deux pilotes dehors, zéro point, un grand prix sabordé. De quoi faire hurler Gresini, et probablement broyer quelques claviers chez les fans catalans. La course pour le titre semble terminée.
Enea Bastianini, lui, a décidé de rejouer “l’attaque suicide de l’épisode 4” : remontée furieuse, dépassement net et sans bavure sur Bagnaia, rythme canon, et puis… paf, la glissade au virage 3. Dommage pour celui qui avait enfin montré de la vie dans le paddock KTM en claquant un podium hier en Sprint. Il était presque convaincant. Presque.

Fabio Quartararo continue sa saison difficile avec un 4 en lignes et encore plus sur un circuit valloné. Une P6 à la loyale, sans faute, sans éclat, sans espoir. Yamaha pourrait lui offrir une trottinette à ce stade, il ferait le même résultat. Loin du Fabio conquérant de 2021, il semble désormais ronger son frein en attendant un V4..
Et Jorge Martin, de retour après une demi-saison passée en convalescence, finit P7. Un résultat aussi rassurant que surprenant : Aprilia sourit enfin, et le numéro 1 se rappelle aux bons souvenirs du paddock. On n’ira pas jusqu’à dire qu’il est de retour pour le titre, mais au moins il n’est plus confiné à l’infirmerie. Deuxième course terminée pour le champion en titre.
| Pos | Pilote | Moto | Chrono |
| 1 | M. Marquez | DUCATI | 40:04.62 |
| 2 | M. Bezzecchi | APRILIA | +1.753 |
| 3 | P. Acosta | KTM | +3.366 |
| 4 | F. Bagnaia | DUCATI | +3.879 |
| 5 | R. Fernandez | TRACKHOUSE | +10.045 |
| 6 | F. Quartararo | YAMAHA | +11.039 |
| 7 | J. Martin | APRILIA | +15.820 |
| 8 | F. Aldeguer | GRESINI | +16.781 |
| 9 | B. Binder | KTM | +17.371 |
| 10 | P. Espargaro | TECH3 | +18.163 |
Marquez + Ducati = fin de suspense ?
Cinq victoires de rang, 120 points d’avance au championnat. La messe est dite, les cierges sont éteints, et les autres peuvent commencer à prier pour un miracle. Marquez n’est pas seulement de retour, il est légendaire. À 31 ans, le voici plus affûté que jamais, débarrassé de ses fantômes physiques, et porté par une Desmosedici enfin domptée.
Il n’a pas gagné à Brno, il a règné. Comme un empereur sur son col romain, dominant les combats et les bêtes, sans jamais transpirer.
Et maintenant ?
Les vacances arrivent. Certains partiront pour oublier, d’autres pour se reconstruire, et Marquez, lui, partira bronzer sur un trône de carbone rouge. Le MotoGP, cette saison, n’est plus un championnat. C’est un long monologue de Marc Marquez, avec quelques figurants pour décorer les podiums.
Prochain arrêt : l’Autriche. Le Red Bull Ring sera peut-être plus favorable aux autres ? Peut-être. Mais si Marquez garde cette forme-là, on connaît déjà la réponse : non, personne ne pourra l’arrêter. Et certainement pas ceux qui pensent encore que le talent, ça vieillit.
| Pos | Pilote | Moto | Total | |
| 1 | M. Marquez | Ducati | 381 | |
| 2 | A. Marquez | Gresini | 261 | -120 |
| 3 | F. Bagnaia | Ducati | 213 | -168 |
| 4 | M. Bezzecchi | Aprilia | 156 | -225 |
| 5 | Di Giannantonio | VR46 | 142 | -239 |
| 6 | F. Morbidelli | VR46 | 139 | -242 |
| 7 | P. Acosta | KTM | 124 | -257 |
| 8 | J. Zarco | Honda LCR | 109 | -272 |
| 9 | F. Quartararo | Yamaha | 102 | -279 |
| 10 | F. Aldeguer | Gresini | 97 | -284 |