Tradition oblige, le vendredi du Grand Prix de France, c’est la journée où personne ne marque de points, mais où tout le monde fait semblant que si. C’est l’antichambre du chaos du samedi et du massacre du dimanche, un mélange d’essais, de réglages, et de pilotes qui se battent pour savoir qui dormira dans le paddock doré de la Q2 et qui ira suer sang et gomme dans la Q1.
Et cette année encore, c’est Le Mans. Le temple du bitume gaulois, le sanctuaire du clafoutis au V4, la cathédrale où 100 000 passionnés viennent hurler pour Fabio et finir torse nu sous la pluie en brandissant des canettes vides. Ce vendredi, ils en ont eu pour leur argent : un Marc Marquez sauce 2019, un Fabio Quartararo ressuscité à domicile, et un paddock qui a frôlé la combustion spontanée.
Marc Marquez : le retour du shérif

Le patron du jour s’appelle Marc Marquez. Toujours bionique, désormais tout en rouge (et non plus en orange-résine-époxy comme autrefois), le #93 a sorti la sulfateuse pour signer un time attack en 1:29.855, nouveau record du circuit. Une manière élégante de rappeler que Ducati a peut-être eu raison de parier sur l’un des types les plus teigneux de ce siècle. À défaut de marcher normalement un lundi matin, Marc roule plus vite que jamais le vendredi après-midi.
Il faut le voir, Marquez. Il entre dans les virages comme s’il allait se satelliser, et en ressort avec un contre-braquage qui ferait rougir une Honda Civic tunnée. Il colle une demi-seconde au paddock sans même froncer le sourcil. Et pour ceux qui pensaient que l’époque des cabrioles était révolue : il a juste été trop rapide pour se crasher.
Quartararo : l’illusion d’optique tricolore

Et puis il y a Fabio. L’enfant du pays, le Prince de Cannes (pas celui du tapis rouge, celui de la glisse contrôlée). Cela faisait longtemps qu’on ne l’avait pas vu aussi haut. Deuxième temps de la journée, à seulement 0.280s du Marsupilami en rouge, et un soulagement palpable dans les tribunes. Enfin un peu d’oxygène pour Yamaha, qui roule avec une moto plus capricieuse qu’un grille-pain dans une baignoire.

Le public en délire a cru à une résurrection. Sauf que voilà : c’est vendredi. Et un vendredi rapide chez Yamaha, c’est parfois un samedi frustrant et un dimanche désespéré. Alors bien sûr, voir Fabio en haut de la feuille de temps, c’est comme voir son ex sourire : flatteur, troublant, mais…
Bagnaia : discret mais menaçant

Derrière les têtes d’affiche, Pecco Bagnaia a fait ce qu’il fait de mieux : l’italien placide en embuscade. Troisième temps, à 0.184s, le champion ne fait pas de vagues, mais on le sait : samedi, il passe en mode robot tueur. Ce vendredi n’est que l’échauffement. Et comme d’habitude, il roule comme s’il avait un meeting avec la victoire et qu’il n’était pas pressé, mais qu’il y arriverait quoi qu’il arrive.
Les seconds rôles : casting haut en couleurs
Le rookie Fermin Aldeguer (P4) continue son apprentissage express avec une régularité qui rendrait jaloux un métronome suisse. Cinquième, Alex Marquez rappelle qu’il peut être un pilote sérieux entre deux erreurs de jugement. Jack Miller s’incruste en sixième place avec sa Yamaha satellite et un style toujours aussi brut de décoffrage. Pedro Acosta, le futur cador qu’on espère tous, est septième : propre, rapide, et probablement en train de bouder dans son box parce qu’il voulait être devant Marc.

Viñales ? Huitième. Il a fait illusion quelques tours, puis est allé visiter les graviers à Turn 9, histoire de maintenir sa moyenne annuelle de chutes inutiles. Morbidelli est neuvième, ce qui est déjà un exploit vu sa saison. Bezzecchi sauve sa peau avec un dernier tour de qualif déguisé, et arrache la dernière place pour la Q2.
Les déçus : bienvenue au purgatoire
Joan Mir a encore goûté le bitume, cette fois à Turn 13. Le champion 2020 semble enfermé dans un mauvais remake de “Lost in Translation”, version HRC. Quant à Zarco, l’autre héros local, il s’est vautré comme un gosse trop pressé d’ouvrir ses cadeaux à Noël. Résultat : out du Top 10. Et comme souvent, Johann devra sortir les gants de boucher dès samedi matin pour espérer une place en Q2.
Luca Marini, lui, continue son étrange chemin de croix chez Honda : un petit bond en avant le matin, un grand coup de pelle l’après-midi. C’est la méthode HRC. Il est 11e. Et c’est presque une bonne nouvelle, c’est dire.
| Pos. | Pilote | Team | Chrono |
|---|---|---|---|
| 1 | M. Marquez | DUCATI | 1’29,855 |
| 2 | F. Quartararo | YAMAHA | +0.177 |
| 3 | F. Bagnaia | DUCATI | +0.184 |
| 4 | F. Aldeguer | GRESINI | +0.366 |
| 5 | A. Marquez | GRESINI | +0.401 |
| 6 | J. Miller | PRAMAC | +0.422 |
| 7 | P. Acosta | KTM | +0.453 |
| 8 | M. Viñales | TECH3 | +0.635 |
| 9 | F. Morbidelli | VR46 | +0.654 |
| 10 | M. Bezzecchi | APRILIA | +0.767 |
Et maintenant ?
La grande messe commence vraiment samedi, avec les qualifications et la course Sprint, où tout ce petit monde va se rentrer dedans pour marquer des miettes de points. Mais déjà, ce vendredi a montré quelques vérités brutales : Marquez est de retour pour de vrai, Fabio a retrouvé des sensations, et Honda n’a toujours pas trouvé le mode d’emploi de sa moto.
Le Mans ne ment jamais. Et ce week-end, il pourrait bien écrire un nouveau chapitre d’un championnat MotoGP aussi imprévisible qu’un coup de vent sur la ligne droite des Hunaudières.
On récapitule ? Marquez vole, Quartararo rêve, Bagnaia calcule, et tout le reste se démerde.
| Intitulé | Durée | Local | Réunion | Vietnam |
| Samedi 10 Mai | ||||
| FP2 | 30′ | 10h10 | 12h10 | 15h10 |
| Qualifs | 40′ | 10h50 | 12h50 | 15h50 |
| Course Sprint | 13 tours | 15h00 | 17h00 | 20h00 |
| Dimanche 11 Mai | ||||
| Warmup | 10′ | 09h40 | 11h40 | 14h40 |
| Course | 27 tours | 14h00 | 16h00 | 19h00 |