Dans le désert qatari, on s’attendait à une course sablonneuse, peut-être un peu soporifique sous les projecteurs de Losail. Mais c’était sans compter sur le chaos organisé qu’est devenu ce MotoGP version 2025, où les ailettes volent, les pénalités pleuvent et où Marc Marquez transforme chaque ligne droite en théâtre antique. Spoiler : c’est encore lui qui a raflé la mise. Mais pas sans quelques rebondissements dignes d’un soap opéra bollywoodien sur deux roues.
Début de course : touchette familiale et perte d’aile (littéralement)

Le coup d’envoi est donné et déjà le numéro 93 dégaine comme un cow-boy. Holeshot pour Marc Marquez qui pense peut-être rouler seul au monde, jusqu’à ce qu’une manœuvre enthousiaste de son propre frère, Alex Marquez, vienne lui rappeler que même en famille, les coups bas sont permis. Contact fraternel dans le T1 avec un Alex qui vient toucher l’arrière de la moto de son aîné, un bout de carénage s’envole façon confettis, et la Ducati officielle de Marc se retrouve asymétrique, privée d’une aile arrière droite. Ca a dû discuter sec dans le jet privé de débriefing entre les deux frangins…Qu’à cela ne tienne, le Catalan, désormais à moitié déplumé, continue sa chevauchée, stoïque comme si de rien n’était. Ah, la résilience selon Marquez.
Le bal des imprudents : entre pénalités, glissades et mauvais karma
Morbidelli, fraîchement revenu de nulle part et sur une VR46 qu’on croyait réservée à l’anonymat du milieu de grille, s’empare du leadership au virage 2. La présence dans les paddocks du maître Valentino Rossi n’est sans doute pas étrangère à ce fighting spirit de toute l’équipe: des ingés aux pilotes en passant par les mécanos. Viñales, lui, joue des coudes et enchaîne les dépassements. Top Gun est en feu – du moins jusqu’à ce que la Dorna lui rappelle, après la course, qu’il avait oublié de gonfler ses pneus correctement. Résultat : +16 secondes dans la tronche et adieu le podium, bonjour la 14e place. Un petit coup de pression (littéralement) qui redéfinit les classements à la louche. Merci, les capteurs.

Entre-temps, Bagnaia avait décidé de faire oublier son samedi catastrophique en remontant comme une furie jusqu’à la deuxième place. Il faut dire que le champion 2023 avait des comptes à régler, notamment avec la physique newtonienne et ses propres performances erratiques. Il se devait également de confirmer par la manière sa bonne performance au COTA (victoire suite à la chute de Marc Marquez faut-il le souligner).
Alex Marquez, quant à lui, après avoir fauché Di Giannantonio dans un duel de Ducati privées, écope d’un Long Lap. De P6 à P12, puis remontée façon pénitence laborieuse jusqu’à une honorable sixième place. Il aurait pu faire mieux s’il n’avait pas passé son temps à jouer au bowling avec ses camarades.
Le mano a mano : Viñales y croit, Marquez l’achève
Viñales, comme un mirage KTM en plein désert, passe successivement Bagnaia puis Morbidelli pour prendre les commandes. Pendant quelques tours, on a cru à l’exploit. Puis, comme souvent avec Maverick, le souffle est retombé. Marc, tel un prédateur qui laisse sa proie s’épuiser, a attendu le moment opportun. Erreur de trajectoire de Viñales dans le virage 6 ? Merci, au revoir, bonsoir.

À partir de là, le #93 enclenche le mode destruction. Un tour rapide, puis un autre. La fourmi atomique s’éloigne inexorablement, comme si l’idée même de partager un podium l’indisposait. En quelques tours, il a pris une seconde à Viñales, puis deux. Bagnaia n’a même pas tenté de répondre, se contentant de sécuriser un podium – qui deviendra P2 grâce au gonfleur paresseux de Top Gun.
Derrière, on redistribue les miettes

Morbidelli hérite du podium, un peu comme un passager de dernière minute qui aurait été surclassé parce qu’un autre a oublié son passeport. Zarco, sur une Honda dont personne ne voulait plus, termine quatrième. Oui, vous avez bien lu. Une Honda, quatrième. Cela mériterait une enquête anti-dopage.
Fermin Aldeguer continue d’impressionner et prend une cinquième place bien méritée, pendant que Fabio Quartararo, tout heureux de partir de la première ligne (oui, c’est encore possible !), se contente d’une septième place. Pas mal, compte tenu du fait que sa Yamaha a le répondant d’une mobylette mal réglée.

Bezzecchi, Acosta, Marini et consorts ferment le top 10. Jorge Martin a vu son Grand Prix du Qatar tourner court. Le champion du monde en titre a lourdement chuté au 14e tour, souffrant d’un traumatisme thoracique. Transporté à l’hôpital, les examens ont révélé un pneumothorax aggravé nécessitant une aspiration ainsi que des fractures aux côtes postérieures droites. Encore un coup dur pour le pilote Aprilia, contraint à l’observation prolongée. Le #1, qui effectuait son grand retour lors de cette quatrième manche, devra une nouvelle fois repousser ses ambitions. Mauvais karma ou simple malchance, la saison 2025 commence décidément à cloche-pied pour Martin. Son retour à Jerez est encore incertain, mais on lui souhaite évidemment un prompt rétablissement.
| Pos | Pilote | Moto | Chrono |
| 1 | M. Marquez | DUCATI | 41:29.186 |
| 2 | F. Bagnaia | DUCATI | +4.535 |
| 3 | F. Morbidelli | DUCATI | +6.495 |
| 4 | J. Zarco | HONDA | +6.668 |
| 5 | F. Aldeguer | DUCATI | +7.484 |
| 6 | A. Marquez | DUCATI | +9.764 |
| 7 | F. Quartararo | YAMAHA | +12.895 |
| 8 | P. Acosta | KTM | +14.219 |
| 9 | M. Bezzecchi | APRILIA | +14.368 |
| 10 | L. Marini | HONDA | +15.137 |
Et maintenant, direction Jerez
Sept victoires en huit courses pour Marc Marquez. Le garçon est en train de transformer le championnat en balade de santé. Même le sable qatari n’a pas réussi à freiner sa marche triomphale. Et pendant que ses adversaires s’empêtrent dans des pénalités de pression, des pénalités de trajectoire, des pénalités de cerveau absent, le #93 file vers un titre qui commence à sentir le roussi pour les autres.
Prochain arrêt : Jerez. La terre promise. La patrie. L’arène. Autant dire que si quelqu’un veut renverser la vapeur, il va falloir plus que des pneus bien gonflés et un bon départ. Il va falloir un miracle. Et peut-être, aussi, qu’Alex Marquez évite de harponner son grand frère cette fois.
Bref, le Qatar a encore été le théâtre d’une course à la fois brillante, chaotique et absurde. Mais une chose est sûre : le roi du désert, c’est Marquez. Avec ou sans aile.
| Pos. | Rider | Team | Points |
|---|---|---|---|
| 1 | M. Marquez | Ducati | 123 |
| 2 | A. Marquez | Gresini | 106 |
| 3 | F. Bagnaia | Ducati | 97 |
| 4 | F. Morbidelli | VR46 | 78 |
| 5 | Di Giannantonio | VR46 | 48 |
| 6 | J. Zarco | Honda | 38 |
| 7 | M. Bezzecchi | Aprilia | 32 |
| 8 | F. Quartararo | Yamaha | 30 |
| 9 | A. Ogura | Trackhouse | 29 |
| 10 | L. Marini | Honda | 26 |