Sortez les drapeaux, les sandwichs rillettes et les Klaxon “Allez Romain !”, car le motocross à la française a remis les couverts dans la vallée d’Ernée ce week-end. Et cette fois, pas de giboulées apocalyptiques ni de malédiction tricolore : Romain Febvre a mis tout le monde d’accord, du haut des bosses jusqu’au dernier virage, devant une foule qui a cramé sa crème solaire et ses cordes vocales.
La vallée en furie et les poignets qui fument

Dès les essais matinaux, dans une boue épaisse comme une tartiflette mal digérée, Febvre a annoncé la couleur : aujourd’hui, c’était chasse au Belge. Lucas Coenen, le petit prodige KTM de 19 ans au regard de tueur et à l’embrayage précoce, avait pourtant dégainé le holeshot comme un cow-boy du plat pays. Mais derrière, Romain a tricoté, crocheté, compressé, recrocheté et, surtout, pulvérisé des trajectoires que même Google Maps ne référence pas.
Jeffrey Herlings, qui n’avait pas roulé aussi proprement depuis le siècle dernier, a osé tenir deux tours devant le Français avant de lever la main façon “après vous, mon prince”. Bonacorsi s’est fait doubler dans la ligne droite des stands comme s’il poussait un caddie, et même Seewer, pourtant survolté par l’idée d’un podium pour Ducati (si, si, Ducati en MXGP, on en est là), a dû s’incliner devant le bulldozer vert Kawasaki.
Le retour de la vengeance du pass extérieur
Febvre, c’est l’exact contraire d’un influenceur Instagram : il bosse en silence, les bras tétanisés, les jambes tendues comme des arcs, et il double toujours au même endroit, en bas du circuit, en rentrant à l’intérieur avec la grâce d’un joueur de rugby ivre un soir de demi-finale. Et ça passe. Encore. Et encore. Une masterclass géométrique.

Lucas Coenen a bien tenté de s’accrocher, arm-pump ou pas, mais rien à faire : le public hurlait à chaque passage comme si Renaud Lavillenie venait de battre le record du monde à la perche, et la Kawasaki, elle, galopait.
Les Frenchies au garde-à-vous… ou à la ramasse

Maxime Renaux, l’autre espoir local, a joué à “je tombe, je me relève” pendant deux manches, façon Rocky Balboa sous Xanax. 15e en deuxième manche après deux crashs, ça sent le pilote qui a déjà coché les vacances sur le calendrier.
| Pos | Pilote | Moto | Race 1 | Race 2 | Total |
| 1 | Febvre, Romain | KAW | 22 | 25 | 47 |
| 2 | Coenen, Lucas | KTM | 25 | 22 | 47 |
| 3 | Seewer, Jeremy | DUC | 16 | 20 | 36 |
| 4 | Herlings, Jeffrey | KTM | 20 | 16 | 36 |
| 5 | Bonacorsi, Andrea | FAN | 15 | 15 | 30 |
| 6 | Gifting, Isak | YAM | 9 | 18 | 27 |
| 7 | Vlaanderen, Calvin | YAM | 14 | 13 | 27 |
| 8 | Fernandez, Ruben | HON | 10 | 14 | 24 |
| 9 | Renaux, Maxime | YAM | 18 | 6 | 24 |
| 10 | Coldenhoff, Glenn | FAN | 11 | 12 | 23 |
En revanche, petit hommage à Isak Gifting, le Suédois venu de nulle part (et probablement en chaussettes), qui plante un 4e en deuxième manche, tranquillement, comme si c’était prévu. Le genre de mec qu’on revoit dans un an avec un guidon d’usine ou en train de vendre des hot-dogs à Uddevalla.
Seewer, lui, continue son chemin de croix sur Ducati avec un style toujours aussi désarticulé qu’efficace. Podium mérité, mais on soupçonne que la moitié du public pensait qu’il courait encore pour Yamaha.
MX2 : Laengenfelder fait le ménage, De Wolf fait naufrage

Alors que tout le monde s’attendait à une domination de Kay de Wolf — genre loup alpha, poitrail musclé, regard perçant — c’est Simon Laengenfelder qui a débarqué en mode perceuse à percussion.
Deux courses, deux victoires, zéro faute, une KTM qui semblait glisser sur les ornières comme un curling sur glace vive. Pendant ce temps, De Wolf, lui, se perdait dans le classement, les trajectoires, et probablement sa propre boîte de vitesses. Le Néerlandais, leader du championnat le matin, repart le soir avec la tête dans le sac, dépassé à la régulière par Laengenfelder, Adamo, et même le jeune Coenen, frère de Lucas, qui a compris qu’être un jumeau, c’est bien, mais être sur le podium, c’est mieux.
Benistant, le local de l’étape en MX2, a encore réussi l’exploit de se satelliser dès le premier virage. Course à oublier. Encore une.
| Pos | Pilote | Moto | Race 1 | Race 2 | Total |
| 1 | Längenfelder, Simon | KTM | 25 | 25 | 50 |
| 2 | Adamo, Andrea | KTM | 22 | 22 | 44 |
| 3 | Coenen, Sacha | KTM | 15 | 18 | 33 |
| 4 | Oliver, Oriol | KTM | 18 | 14 | 32 |
| 5 | Lata, Valerio | HON | 20 | 11 | 31 |
| 6 | Benistant, Thibault | YAM | 10 | 20 | 30 |
| 7 | Everts, Liam | HUS | 13 | 16 | 29 |
| 8 | Valin, Mathis | KAW | 16 | 13 | 29 |
| 9 | Farres, Guillem | TRI | 11 | 15 | 26 |
| 10 | Mc Lellan, Camden | TRI | 14 | 10 | 24 |
Un circuit mythique, une ambiance volcanique
Ernée n’est pas juste un circuit. C’est une cathédrale de terre battue, une cuvette d’émotions, un lieu sacré où les décibels montent aussi vite que la température du sol. Les fans étaient là, debout sur les talus, parfois couchés dans la bière, hurlant pour Febvre comme si on avait ressuscité JMB.

Le public français a enfin eu droit à sa grande messe motocrossienne avec un prêtre en Kawasaki et une bénédiction en forme de dépassement dans les ornières.
Bilan : bleu, blanc, vroom
| Pos | Pilote | Moto | Total |
| 1 | Febvre, Romain | KAW | 441 |
| 2 | Coenen, Lucas | KTM | 394 |
| 3 | Gajser, Tim | HON | 305 |
| 4 | Coldenhoff, G. | FAN | 302 |
| 5 | Fernandez, R. | HON | 292 |
| 6 | Renaux, Maxime | YAM | 289 |
| 7 | Bonacorsi, A. | FAN | 253 |
| 8 | Vlaanderen, C. | YAM | 228 |
| 9 | Seewer, Jeremy | DUC | 219 |
| 10 | Horgmo, Kevin | HON | 204 |
Au classement général, Febvre reprend 47 points d’avance sur Coenen, en mode “c’est moi le patron”, pendant que Gajser, invisible comme une connexion 3G à Ernée, regarde tout ça de loin, très loin.
| Pos | Pilote | Moto | Total |
| 1 | Längenfelder, S. | KTM | 424 |
| 2 | Adamo, Andrea | KTM | 413 |
| 3 | de Wolf, Kay | HUS | 399 |
| 4 | Everts, Liam | HUS | 343 |
| 5 | Benistant, T. | YAM | 308 |
En MX2, Laengenfelder s’installe sur le trône avec la froide efficacité d’un comptable allemand, pendant que de Wolf commence à douter, Adamo grignote et Sacha Coenen fait sa place à coups de gros cœur.
La prochaine manche ? Teutschenthal, Allemagne. Du dur, du sec, du brutal. Mais après Ernée, tout le monde repartira un peu sonné, un peu sourd, et un peu amoureux de ce sport de sauvages poétiques.
Romain Febvre a dit que gagner ici était “incroyable”. Il n’a pas menti. Nous, on appelle ça du motocross à la française.