La saison 2025 des rallyes à La Réunion s’annonce comme un cirque roulant où les pilotes se disputent les volants comme des gosses affamés autour d’un gâteau. Le mercato 2024 dans la catégorie Rally5 a été une vraie valse de montures, avec des ambitions des uns et des autres qui poussent aux transferts. Attention quand même aux bananiers même si Garance en a couché plus d’un du côté de Petite Ile.
D’abord, Yassine Bangui et Samuel Hoarau, les deux inséparables de la catégorie qui ont tellement envoyé du gros (et même parfois du sale) avec leurs Clio Rally5 qu’on se demande si leurs combinaisons tiennent encore en un seul morceau. Visiblement, ils en avaient marre de jouer les seconds couteaux et ont succombé au chant des Rally4, ces bolides qui font briller les yeux et trembler les portefeuilles. Yassine a récupéré vendredi dernier une Peugeot 208 ex-Rossel – oui, celle que Joël Boyer a trimballée en métropole comme une relique. À peine les clés en main, il a déjà enchaîné quelques tours samedi sur la piste de Sainte-Anne, histoire de prouver qu’il ne plaisante pas. Samuel, lui, a bazardé sa Rally5 pour une Rally4 ex-Chane Kai – donc toujours chez Renault comme papa Dom’ lui a bien appris – qui, dans un feuilleton digne de Dallas, a récupéré la Rally3 du père de Samuel. Vous pigez ? Parce qu’à ce stade, même moi, je commence à perdre le fil.

Pendant ce temps, Dorian Trenoult s’installe dans le baquet de gauche d’une Clio Rally5 – la première de Yassine, la bleue partie un moment à Salazie, pour les puristes. Lui, c’est l’ex-copilote aguerri depuis 2015, qui a décidé que lire les notes, c’était bon pour les autres. Il a navigué Danyal Unia en Citroën C2, Alex Goderon en C2R2, Patrice Poinapin en Clio R3, Loïc Grondin avant le Covid en 2019, et même Olivier Boyer l’an dernier en Skoda Fabia Rally2. Cette fois, il prend le volant avec Laura Dijoux – sœur d’Anne-Laure, la navigatrice de Damien Dorseuil – à ses côtés. Un duo de rookies à leurs postes, prêts à briller ou à s’emmêler les pinceaux. Bienvenue dans l’arène, les tourtereaux !
Mais le clou du spectacle, c’est Claude Fontaine, le garagiste de la Plaine des Cafres, qui sort de sa tanière après un sommeil rallystique de plus d’une décennie. Sa dernière apparition date de 2012 avec une Peugeot 207R3T – autant dire l’époque où les smartphones n’avaient pas encore envahi les spéciales. En juin 2024, on apprenait qu’il avait craqué pour une Clio Rally5, livrée le 28 juillet. Et depuis ? Que dalle. Pas un essai, pas une course, juste une voiture qui ronfle gentiment dans son garage. « Pour tout te dire, je ne me sentais pas encore totalement prêt à franchir le pas et rouler de nouveau en course », lâche-t-il avec une franchise désarmante, avant d’ajouter : « Cette voiture, c’est un aboutissement d’un long chemin que la vie m’a obligé à parcourir. » On sent le poids des années, les entorses de la vie, et peut-être un soupçon de tristesse dans sa voix. Mais pourquoi ce retour maintenant ? « Mes proches m’ont engagé au Rallye de Petite-Île, et du coup, je n’avais plus le choix », rigole-t-il, comme si on l’avait poussé dans une spéciale avec un pistolet sur la tempe.
Ce petit monde s’est retrouvé en roulage Dimanche dernier avant le shakedown du Rallye de Petite-Île, histoire de prendre leurs marques. Claude, encore un peu vert avec sa Clio, n’a pas caché son appréhension : « Après quelques tours, j’étais perdu et moi, je suis rouillé. » Heureusement, Dominique Hoarau, figure bien connue du paddock, était là pour jouer les profs d’auto-école. « Il m’a donné les bons réflexes pour que je m’acclimate au mieux avec cette voiture », explique Claude, presque reconnaissant. « Ca m’a permis de trouver les bonnes plages d’exploitation plus vite. » Dorian et Laura prenaient leurs repères, entre excitation et obligation de ne surtout pas commettre la boulette.

Les Clio Rally5, avec leurs boîtes séquentielles, ont beau être considérées comme des « petites » voitures, elles restent des bestioles capricieuses. « C’est une excellente école, mais faut pas se louper, sinon elle te rappelle vite qui commande », glisse Claude avec un sourire en coin, lui qui a passé plus de temps à les réparer qu’à les piloter ces dernières années. Pour lui, le vrai défi, c’est de ne pas se laisser dépasser par la machine : « À mon âge, tu te demandes si t’as encore les réflexes. Mais bon, une fois que t’es lancé, tu te prends au jeu. » Yassine et Samuel, eux, viseront officiellement l’apprentissage (et donc officieusement les podiums) en Rally4, Dorian et Laura chercheront à prendre leurs marques, et Claude, ben, il espère juste arriver au bout et ne pas se laisser dépasser par lui-même et son appétit. « Si je finis sans casser quoi que ce soit, je serai déjà content. Ce sera en quelque sorte une page que je parviens à tourner après ces 5 années difficiles. », lâche-t-il, mi-sérieux, mi-ironique. C’est bien toujours le “cousin” Mathieu Lebian qui annoncera les notes.
Bref, la saison 2025 s’annonce comme un savoureux mélange de talent, de prise de risque et de moments émotionnellement forts à cœur ouvert. Entre les jeunes loups affamés et les vieux briscards comme Claude qui remettent le couvert, les ravines réunionnaises vont vibrer.