Le rallye, c’est la glisse, le bruit, la sueur, parfois le feu (mais rarement, heureusement), et souvent… les règlements qu’on ne lit jamais jusqu’au moment où on s’y brûle — au sens figuré comme, dans le cas de ce Rallye de Petite-Île 2025, au sens littéral.
Car oui, ce week-end d’ouverture du Championnat de La Réunion des Rallyes a offert un feu d’artifice un peu particulier : une Peugeot 208 Rally4 façon sarcive, un champ de cannes transformé en barbecue improvisé, et un peloton de pilotes-jardiniers dégainant les extincteurs plus vite qu’un pompier de Fast & Furious.
Quand ça brûle pour de vrai
Tout allait pourtant si bien pour JC Olivar et sa copilote Marine Bellon. Deuxièmes de leur catégorie, leaders autoritaires de la Coupe 208 version Réunion, le tandem déroulait son rallye avec l’élégance d’un métronome suisse (8 temps scratch en volant 208 derrière l’intouchable, le grand, l’immense Jonathan Laup jouant hors catégorie en pilote officiel), repoussant leurs poursuivants à plus de 28 secondes au terme de l’ES11. Un coussin de sécurité, une domination tactique, une partition quasi parfaite… jusqu’à l’ES12, troisième passage dans un secteur qu’ils connaissaient désormais comme leur poche. Trop bien, sans doute.
C’est donc un peu avant 15h00, heure approximative de la boulette flamboyante, que JC a décidé, probablement dans un moment d’enthousiasme pyrotechnique mal maîtrisé, de revisiter la conduite en spéciale à la manière des dragsters de la NHA : un peu trop vite, un peu trop fort, un peu trop dans les cannes. Résultat : une sortie de route, un début d’incendie, et les concurrents suivants contraints de s’arrêter pour jouer aux pompiers en vidant leurs propres extincteurs. Heureusement, plus de peur que de mal…
Pompiers volontaires sur rallye improvisé
Habituelle solidarité toute rallystique, car derrière l’équipage 21, les voitures se sont arrêtées en chaîne, non pas pour faire du tourisme rural, mais pour voler au secours de leurs collègues malchanceux. On a vu des pilotes sauter des voitures, extincteur à la main, foncer en mode “Mission : Éteindre l’apocalypse”. Le tout sous le regard probablement interloqué des spectateurs évidemment non équipés, qui voyaient là une spécialité locale heureusement en voie de disparition — le feu de canne — revisitée à la sauce rallystique.
Évidemment, l’ES12 a été neutralisée dès que la direction de l’épreuve a eu connaissance de ce début d’incendie. Tout le monde derrière JC Olivar a été assigné à résidence, c’est-à-dire gratifié d’un temps forfaitaire soigneusement calculé selon le sacrosaint prorata des performances précédentes. Une règle désormais habituelle instituée et calculée par le directeur de course Patrick Agathe…

“Mais pourquoi on n’a pas eu un temps forfaitaire ?!”
C’est LA question posée, à haute voix, par JC lui-même, probablement encore sous le choc et un peu dans la confusion post-canicule mécanique : pourquoi il n’a pas de temps forfaitaire ?
La réponse est pourtant simple, limpide, implacable : l’article 7.5.16 du règlement. Une petite pépite de la littérature sportive qui stipule noir sur blanc (et ce n’est pas faute de l’avoir notifié officiellement via la notification n°7) : “le ou les responsables d’une interruption de course seront obligatoirement disqualifiés.” Oui, c’est écrit, et c’est clair. Interruption d’une épreuve par ta faute, tu es déclaré hors course…

Et donc, disqualification immédiate, classement annulé, espoirs de points envolés en fumée. Littéralement.
De l’art de tout perdre … pour rien
Et c’est là que le bât blesse. Car cette sortie est une conséquence lourde sans intérêt stratégique préalable. Aucun. Nada. Peau de balle ! Les précédents au scratch (Johny Picard/Ludovic Culin) étaient à plus d’1 minute 30 devant, et le poursuivant direct, Grondin/Eclapier, pointait à une trentaine de secondes derrière. Il n’y avait rien à aller chercher, aucune raison valable de sortir la sulfateuse dans l’ultime chrono. La victoire de classe était déjà perdue par l’entremise de la référence local en traction Jonathan Laup certes (2’46s7 devant après ES11), mais la Coupe 208 était dans la poche. Il suffisait de finir. Tranquille. En mode gestion. On aurait pu écrire : “course maîtrisée, objectif atteint, voilà une paire qui peut prétendre au volant officiel en 2026.”
Mais non. JC a préféré jouer la dernière spéciale comme un dernier tour de time attack en Formula 1. Pas de power stage à la Réunion ! et donc pas de points bonus à aller cumuler ici ! Résultat : feu de joie dans les champs, exclusion, zéro pointé, et un cadeau offert à ses rivaux.
Une claque réglementaire… et un rappel salutaire
Alors oui, on peut le dire : le duo Olivar/Bellon a fait un rallye remarquable jusqu’à ce moment de déconnexion complète entre la tête, le pied droit et la logique. Et leur exclusion fait figure de leçon pour tous les autres membres de la caravane : le règlement n’est pas une brochure à ignorer, c’est une réalité qui s’impose à tous, surtout quand on devient un facteur de neutralisation. N’oubliez jamais qu’au moindre doute, un CRC (une en l’occurence avec Nathalie Agathe) est là pour transmettre vos questions à qui de droit (Direction de Course, Collège des Commissaires, Commissaires techniques etc…) et vous apporter toute réponse nécessaire. Il n’y a JAMAIS de mauvaise question…
On espère que JC et Marine s’en remettront, car leur potentiel est réel. Mais désormais, plus le droit à l’erreur. Zéro point à Petite-Île, ça veut dire qu’il faudra performer sans trembler à chaque manche restante, à commencer par Sainte-Suzanne, le 11 mai (Rallye Régional organisé par l’ASASmer de Daniel Payet), où l’ambiance s’annonce…flamboyante.