Sous les lumières éclatantes de Marina Bay, là où le bitume est plus chaud que le thé à la menthe un dimanche matin, le Grand Prix de Singapour 2024 s’est déroulé avec tout le faste et les éclats d’une comédie satirique. Si vous aimez les mélodrames de pilotes en quête de gloire (ou d’un simple podium) et les stratégies d’équipe plus imprévisibles que la météo tropicale de Singapour, ce GP a été fait pour vous. Enfilez vos lunettes de soleil – parce que, croyez-moi, le cirque de la F1 sous les projecteurs de Singapour a ébloui, mais pas toujours pour les bonnes raisons.
Le Circuit : un parcours pour épater…et saboter

Marina Bay, un lieu qui donne autant envie aux pilotes de célébrer un podium que de se jeter directement dans la mer après un abandon. Ce circuit nocturne en forme de labyrinthe est célèbre pour être l’un des plus exigeants du calendrier, mais soyons honnêtes, il est surtout un test de patience. 19 virages cette année et quatre zones DRS sans une seule longue ligne droite où l’on peut respirer : bienvenue dans l’enfer de Singapour.
« Technique et physique », dirait le puriste. « Une torture masochiste », dirait tout pilote sensé qui veut rentrer chez lui entier. Ce qui rend Singapour si particulier ? Des murs si proches que même un moustique aurait du mal à passer sans se faire frotter. Des ralentissements si brusques qu’on se croirait au centre-ville un vendredi soir. Ajoutez à cela l’humidité étouffante qui transforme les monoplaces en saunas roulants. À ce stade, il n’est plus étonnant que les pilotes finissent la course aussi trempés que des nageurs olympiques. Les gladiateurs perdent ainsi jusqu’à 3kg en course. En revanche, là où Singapour brille vraiment, c’est en montrant à quel point il est facile de rater un virage et d’envoyer tout valser. Cette année encore, les clowns du cirque ont répondu présent.
Les équipes : stratégie ou hasard ?

La course commence avec des espoirs hauts comme des buildings de la ville, mais après le premier tour, certains ont déjà l’air de touristes perdus dans le métro de Singapour. Max Verstappen, surnommé l’Inarrêtable en début de saison et que certains voyaient déjà sacré facilement a réalisé l’essentiel. Impérial en début de saison, le triple Champion du Monde en titre qui ne s’est jamais imposé à Singapour a fait une course sage. Parti P2, il termine P2 et marque de gros points dans l’optique du Championnat. Un Verstappen moins flamboyant, mais plus humain. Ça change. Le personnage conserve néanmoins son caractère, véritable marque de fabrique. Après l’amende venant de la FIA pour avoir simplement laissé libre cours à ce qui fait d’un homme un homme, Max a répondu de belle manière: aucune tentative de déstabilisation ne l’empêchera d’être lui-même, qu’on l’aime ou qu’on le déteste.
De son côté, Sergio Pérez, l’homme de l’ombre chez Red Bull, a tenté de montrer que lui aussi pouvait être imprévisible. En alignant une série de décisions douteuses, il a rappelé que même les pilotes de F1 peuvent avoir des journées « sans ». Ou des week-ends entiers. Ou une saison entière. Personne n’a jamais vraiment su hormis le week end passé à Bakou malgré son bisou à Sainz. Mais l’essentiel, c’est qu’il a continué à rouler, envers et contre tout.
Chez Ferrari, la danse des erreurs continue de plus belle. Charles Leclerc, toujours aussi rapide, a flirté avec les barrières, tandis que Carlos Sainz essayait désespérément de sortir quelque chose de potable. Charles Leclerc termine P5 alors que Sainz peut se targuer uniquement de terminer premier des espagnols, devant Alonso mais à plus d’une minute du vainqueur.
Chez Mercedes, on dirait qu’ils ont enfin réussi à comprendre comment tirer quelque chose de leur monoplace. Hamilton, l’homme qui compte autant de records que de paires de lunettes de soleil, a fait un show honnête en terminant tel du jambon entre les tranches de pain du sandwich Ferrari malgré une stratégie étrange dans le premier tiers de course (17e tour), tandis que George Russell s’est rappelé que dépasser sur ce circuit est plus compliqué que de comprendre les nouvelles règles de la FIA. Un podium pour Mercedes ? Pas cette fois avec un Russel à plus de 20 secondes de Piastri, mais au moins, ils ont su garder leurs voitures entières.
Les batailles sur piste : ou comment se battre avec grâce (ou pas)

Ah, les dépassements à Singapour, c’est comme essayer de changer de file pendant une heure de pointe. Ça se tente, mais souvent, ça finit par une bousculade ou une sortie de route. Max Verstappen, habituellement le maître dans l’art de l’intimidation sur piste, a cette fois dû se contenter de jouer les équilibristes en se contentant de suivre (plutôt moins que plus) le rythme du futur vainqueur, alors que les Ferrari et Mercedes faisaient la course pour savoir qui réussirait à ne pas tout envoyer dans le décor pour le gain des points hors podium.
Alonso, toujours aussi fidèle à lui-même, a prouvé qu’il était encore capable de frustrer les jeunes talents tout en tenant le volant d’une Aston Martin qui semblait plus adaptée à un tour de promenade qu’à une course effrénée. Il a manœuvré cette fois encore comme le patriarche du paddock qu’il est et demeure.
Et puis, il y a eu Pierre Gasly et Esteban Ocon, les deux Français chez Alpine, qui semblaient décidés à montrer que l’art du dépassement à Singapour est réservé à ceux qui ont du flair. Peine perdue, l’Alpine ne tient pas la comparaison avec les caïds du plateau et le fantasme passé “on gagne le Dimanche et on vend des voitures le Lundi” est bel et bien terminé. Enfin l’avenir des courses à venir semble bien morose avec une pression (légitime) des futurs ex-employés de l’usine en tant que motoriste bien présente. Préavis de grève avant la fin de saison?!
Et le gagnant est… surprise ! ou pas

À la fin de cette nuit singapourienne, qui a émergé des ténèbres pour s’imposer ?
La première place du podium a vu Lando Norris, l’homme toujours souriant mais rarement chanceux, s’imposer depuis la pole position sans jamais trembler ou être en difficultés. Verstappen engrange les gros points de la P2 sur un circuit qui ne l’a jamais vu s’imposer et qui ne réussit pas vraiment à RedBull. Le néerlandais compte 52 points d’avance sur Norris au Championnat. Piastri complète le podium en assurant des gros points complémentaires à l’écurie Mc Laren avec désormais 41 points d’avance sur RBR.
Singapour, le GP qui déchire (les noms et les cœurs)

Singapour est, et restera, une énigme dans le calendrier. La chaleur, les murs, la nuit et l’étrange sensation que tout peut arriver (et souvent tout arrive) rendent ce Grand Prix unique même si la course en tête n’a pas été un grand moment de suspense ou de bagarre. Il faudra toutefois garder en tête le top 10 de Hulkenberg (Haas Ferrari) qui avait signé une étonnante et inattendue P6 en qualifs. Le pilote allemand profite en plus des déboires de Stroll. Hulkenberg intègre le top 10 du classement Pilotes à égalité de points du “fils à papa”. Les moteurs Mercedes accrochent 5 places dans le top10 (dont 2 podiums), Ferrari 3 et Honda 2.
| Pos. | Pilote | Voiture | Chrono | PTS |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Lando Norris | McLaren | 1:40:52.571 | 25 |
| 2 | Max Verstappen | Red Bull Racing | +20.945s | 18 |
| 3 | Oscar Piastri | McLaren | +41.823s | 15 |
| 4 | George Russell | Mercedes | +61.040s | 12 |
| 5 | Charles Leclerc | Ferrari | +62.430s | 10 |
| 6 | Lewis Hamilton | Mercedes | +85.248s | 8 |
| 7 | Carlos Sainz | Ferrari | +96.039s | 6 |
| 8 | Fernando Alonso | Aston Martin | +1 tour | 4 |
| 9 | Nico Hulkenberg | Haas Ferrari | +1 tour | 2 |
| 10 | Sergio Perez | Red Bull Racing | +1 tour | 1 |
Au final, si vous aimez les spectacles lumineux, Singapour est définitivement fait pour vous. Vous ne saurez jamais si vous assistez à une pièce de théâtre épique ou à une farce magistrale. Mais qu’importe, vous en redemanderez l’année prochaine.
| Pos. | Pilote | Nationalité | Voiture | PTS |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Max Verstappen | NED | Red Bull Racing | 331 |
| 2 | Lando Norris | GBR | McLaren | 279 |
| 3 | Charles Leclerc | MON | Ferrari | 245 |
| 4 | Oscar Piastri | AUS | McLaren | 237 |
| 5 | Carlos Sainz | ESP | Ferrari | 190 |
| 6 | Lewis Hamilton | GBR | Mercedes | 174 |
| 7 | George Russell | GBR | Mercedes | 155 |
| 8 | Sergio Perez | MEX | Red Bull Racing | 144 |
| 9 | Fernando Alonso | ESP | Aston Martin | 62 |
| 10 | Nico Hulkenberg | GER | Haas Ferrari | 24 |
| POS | TEAM | PTS |
|---|---|---|
| 1 | McLaren | 516 |
| 2 | Red Bull Racing | 475 |
| 3 | Ferrari | 441 |
| 4 | Mercedes | 329 |
| 5 | Aston Martin | 86 |