On pensait que le Rallye d’Estonie serait une formalité, en clair une baston attendue dans le big five. Une simple promenade à 118 km/h de moyenne sur les autoroutes de gravier de la Baltique, histoire d’aligner les scratchs en tapant dans la table comme un serveur pressé. Au lieu de ça, on a assisté à un véritable hold-up légal : Oliver Solberg, 23 ans, wild card chez Toyota, a débarqué sans pression, sans complexe, et a infligé à l’élite du WRC une leçon de vitesse et de maîtrise à faire pâlir les vieux briscards. Première victoire dans la catégorie reine pour le fils de “Hollywood” Petter… mais cette fois, sans les effets spéciaux. Juste du talent brut.
Un podium aussi inattendu qu’un menu végétarien à un barbecue texan

Le week-end estonien nous a offert un podium à faire frémir les bookmakers. Brosse cote ! Oliver Solberg, victorieux sans trembler, relègue Ott Tänak — pourtant sur ses terres — au rang de figurant de luxe. Thierry Neuville, champion en titre, complète le tiercé avec la même mine qu’un joueur de poker ayant misé gros… sur la mauvaise carte. ET que dire de Rovanpera, triple vainqueur en titre et qui termine à un peu moins d’une minute du suédois ?!
Et les autres ? Ils ont ramassé les miettes, dans le sillage d’un Solberg tout simplement injouable. Huit temps scratch, une avance confortable dès le samedi soir (+21,1 secondes sur Tänak), les points du Super Sunday dans la besace et zéro erreur : ni en spéciale, ni au micro. Le garçon s’est visiblement assagi. Terminé les grandes envolées à la Petter, les roulades en sortie de virage et les déclarations façon Fast & Furious. Place à Oliver, version 2.3 : précis, calme, propre. Un pilote, un vrai.
Solberg chez Toyota : un coup d’essai, un coup de maître

Ironie du sort, ce triomphe, Solberg l’a signé au volant d’une Toyota GR Yaris Rally1 qu’il découvrait à peine. Deux petits jours de tests dans les pattes, et bim : 100e victoire pour Toyota, et première pour lui. Le tout en ayant démarré sa carrière Rally1 chez Hyundai, qui doit aujourd’hui se demander s’il n’a pas viré l’arbre qui cachait la forêt.
Son aisance sur ce terrain rapide et piégeux, notamment dans les conditions humides du dimanche matin, a laissé tout le monde pantois. Et ne venez pas lui parler d’avantage de balayage : oui, il ouvrait dans le bon sens vendredi, mais il a surtout atomisé la concurrence samedi et dimanche, là où les grippe-sou de la performance patinaient comme des pingouins sous Prozac.
Tänak, l’enfant du pays déçu chez lui

Sur le papier, Ott Tänak était l’homme à battre : rallye à domicile, machine connue, expérience à revendre et dynamique positive. Sur le terrain, c’était une autre histoire. Une Hyundai i20 N Rally1 capricieuse, un départ de spéciale “volé” par son coéquipier belge, et un rythme trop inconstant pour espérer mieux. Une petite boulette le samedi matin (un calage idiot) et c’est la victoire qui s’échappe, aussi sèchement que le sourire d’un Estonien sous la pluie.
La seule consolation ? Le leadership au championnat, acquis d’un petit point face à un Elfyn Evans (6e) transparent comme un brouillard gallois. On a vu plus solide comme prise de pouvoir. Celà dit, même si le balayage est moins marqué en Finlande, c’est bien lui qui fera la trace le premier jour dans deux semaines.
Neuville, le champion à la traîne

Thierry Neuville, c’est un peu comme une station-service le dimanche soir : on sait qu’elle existe, mais elle est toujours fermée quand on en a besoin. Celà dit, le belge assure l’essentiel pour son employeur en assurant le doublé et de gros points. Pénalisé de 10 secondes pour un faux départ — amateurisme ou nervosité, à vous de choisir —, il termine troisième, sans jamais avoir semblé pouvoir jouer la gagne. Le Belge, qui aurait dû être en mesure de confirmer son titre, commence à ressembler à un roi sans royaume. Le genre de souverain qu’on écoute poliment, mais qu’on n’invite plus aux festins.
Les autres : Pajari, Fourmaux et compagnie

Parlons des absents… qui étaient pourtant là. Pajari, l’espoir finlandais propulsé chez Toyota, n’a jamais trouvé le mode d’emploi de sa Yaris. Septième à l’arrivée, il a passé plus de temps à chercher du grip qu’un VRP sous Lexomil. Le problème, c’est que la performance de Solberg — dans la même voiture, avec moins de tests et aucune expérience en course — met en lumière l’écart abyssal entre les deux jeunes.

Adrien Fourmaux, notre cocorico de Hyundai, a tenté un salto avant non maîtrisé dans une compression. Résultat : aérodynamique cassée, espoirs envolés. Cinquième à l’arrivée, ce qui, en soi, est presque un exploit compte tenu du crash, des conditions et de son habituelle malchance.

Kalle Rovanperä, triple vainqueur de l’épreuve, est resté aux abonnés absents. Quatrième, certes, le maximum de points bonus dans la power stage, OK mais sans jamais mettre une roue dans le bon tempo. Un réveil tardif sous la pluie ne suffit pas à sauver un week-end aussi fade qu’un plat sans sel. Néanmoins, il accroche de précieux points bonus au super Sunday en étant le plus performant des “réguliers”. Quand le prince du gravier patine, c’est que l’empire vacille.
Leçon du week-end : un Solberg peut en cacher un autre

Alors que le WRC peine à renouveler ses héros, voilà que débarque Oliver Solberg, en mode “coucou les gars”, pour rappeler que le sang neuf n’est pas une option, mais une nécessité. Avec ce rallye maîtrisé de A à Z, il fait plus que gagner : il impose un nouveau standard, une nouvelle attitude, un nouveau souffle.
| Pos | Equipage | Voiture | |
| 1. | Solberg Oliver/ Edmondson E. | Toyota GR Yaris Rally1 | 2h36’35,1 |
| 2. | Tänak Ott/ Järveoja Martin | Hyundai i20 N Rally1 | +25.2 |
| 3. | Neuville Thierry/ Wydaeghe M. | Hyundai i20 N Rally1 | +48.3 |
| 4. | Rovanperä Kalle/ Halttunen J. | Toyota GR Yaris Rally1 | +55.6 |
| 5. | Fourmaux Adrien/ Coria A. | Hyundai i20 N Rally1 | +1:33.0 |
| 6. | Evans Elfyn/ Martin Scott | Toyota GR Yaris Rally1 | +1:43.4 |
| 7. | Pajari Sami/ Salminen Marko | Toyota GR Yaris Rally1 | +2:55.6 |
| 8. | Sesks Mārtiņš/ Francis R. | Ford Puma Rally1 | +3:36.0 |
| 9. | McErlean Josh/ Treacy Eoin | Ford Puma Rally1 | +5:29.8 |
| 10. | Munster Grégoire/ Louka Louis | Ford Puma Rally1 | +5:57.5 |
Son succès sonne comme une claque pour les titulaires, un rappel brutal que le WRC n’attend personne, et surtout pas ceux qui pensent que l’expérience suffit à compenser le manque de panache.
Prochain épisode : Rally Finland. Si vous pensiez que l’Estonie était rapide, attendez de voir la Finlande. C’est cette fois Ott Tänak qui ouvrira la première étape. Malgré un handicap moins marqué sur ce terrain, il devra en donner davantage pour compenser cette difficulté réservée à Elfyn Evans depuis le début de saison. La Finlande est si particulière, la fête durant la course et en dehors pendant cette période estivale promet de sacrées empoignades d’autant qu’un autre mercenaire sera de la partie: Sébastien Ogier !
| Pos | Pilote | Constructeur | Total |
| 1 | Ott TÄNAK | 162 | |
| 2 | Elfyn EVANS | 161 | |
| 3 | Sébastien OGIER | 141 | |
| 4 | Kalle ROVANPERÄ | 138 | |
| 5 | Thierry NEUVILLE | 114 | |
| 6 | Adrien FOURMAUX | 71 | |
| 7 | Takamoto KATSUTA | 63 | |
| 8 | Oliver SOLBERG | 52 | |
| 9 | Sami PAJARI | 38 | |
| 10 | Grégoire MUNSTER | 19 |