La Finlande reste définitivement LA terre de rallye. Ses forêts majestueuses, ses lacs miroitants, et ses routes en gravier qui transforment des pilotes chevronnés en funambules à plus de 130 km/h de moyenne. Ce samedi, les dieux du rallye ont décidé d’épicer un peu le spectacle en versant une bonne rasade d’eau sur les spéciales. Résultat : boue, visibilité réduite, et un festival de crevaisons à faire pâlir un concessionnaire de pneus. Hankook tire la tronche mais certainement pas autant que chez Hyundai ! Pendant ce temps, l’enfant du pays, Kalle Rovanperä, n’a pas seulement roulé vite — il a récité une partition. Une sonate de violence contrôlée, de glisse parfaite, et de domination glaciale. Comme s’il avait été conçu en soufflerie à Jyväskylä et élevé au jus de bouleau. C’est le cas !
La pluie, cette grande égalisatrice

On avait quitté la journée de vendredi sur un rythme frénétique et sec, avec des vitesses si folles qu’on se demandait s’il s’agissait encore d’un rallye ou d’un sprint sur autoroute déguisé en spéciale. Mais ce samedi matin, les routes forestières se sont transformées en pièges à savon. Et là, magie du rallye : les écarts fondent, les trajectoires se cherchent, et les plus audacieux finissent parfois dans le décor… ou sur trois roues.
Kalle Rovanperä, lui, s’en est sorti avec une simple alerte : un pneu faiblard sur Päijälä en fin de chrono. Même pas une vraie crevaison, juste de quoi rappeler au Finlandais que la forêt a parfois de l’humour noir. Loin de se démonter, le bonhomme a regagné l’assistance avec une avance de 14,7 secondes. Neuville et Fourmaux rôdaient, carnassiers à souhait, à quelques dixièmes à peine.

Mais l’après-midi allait leur réserver une blague particulièrement cruelle. Même spéciale, même virage, même sort : crevaison avant droite. Deux Hyundai KO technique sur Västilä 2. Le genre de synchronisation qui ferait rougir le Bolchoï. Résultat : chute libre au classement, dignité en vrac, et un top 5 intégralement repeint en gris et blanc Toyota.
Toyota en mode rouleau-compresseur

Soyons clairs : avec les Hyundai éjectées, et Tänak pénalisé de cinq minutes pour son sketch réglementaire du vendredi (impliquant un scrutineur, un extincteur, et probablement un léger excès de vodka imaginaire), Toyota n’avait plus qu’à dérouler. Le constructeur japonais, qui s’entraîne ici même toute l’année, a planté son drapeau sur chaque marche du classement : 1-2-3-4-5. La grande purge. Si ce rallye était un Monopoly, Toyota aurait tous les hôtels, et les autres dormiraient dans la rue.

Katsuta hérite donc de la deuxième place, un cadeau empoisonné tant Ogier, le croque-mitaine aux huit titres, lui souffle dans la nuque à 6,8 secondes. Ce dernier se méfie d’Elfyn Evans, quatrième, qui n’est qu’à 1,5 seconde derrière. Ajoutez le jeune Pajari cinquième, et voilà un tableau de chasse digne d’un gala d’entreprise organisé par Akio Toyoda.

Et pendant que le public se régale des youmps finlandais et des hurlements de Yaris en apnée, Tänak et ses copains crevés se battent pour les miettes du dimanche. Le Super Sunday, cette brillante invention qui permet aux loqués du général de gratter quelques points en faisant les héros de dernière minute. Neuville et Fourmaux, relégués à plus d’une minute du top 5, en sont réduits à espérer briller sur un Power Stage qui ressemble de plus en plus à un concours de rattrapage. Toutefois avec une position de départ handicapante, la power reste jouable mais le super Sunday sera compliqué.
Le fantôme d’Ouninpohja plane
Rien n’est encore fait. Car si Rovanperä semble en route vers un triomphe historique à domicile, il lui reste à dompter deux passages sur Ouninpohja, même en version “courte” (23,98 km, tout de même). Une formalité ? Demandez-lui ce qu’il en pense. L’an dernier, il y a explosé son avance dans l’avant-dernière spéciale, offrant la victoire à un Ogier tout sourire. Alors non, rien n’est jamais acquis, surtout pas en Finlande où la moindre ornière peut transformer une Toyota leader en Yaris cabossée.
Le Finlandais le sait. Il l’a dit lui-même : “Pas besoin de prendre de risques idiots, mais il faut garder le rythme.” Traduction : on continue à envoyer du gros, mais en serrant les fesses.
Le reste du monde joue les figurants

Derrière, c’est la Bérézina. M-Sport rame avec ses Puma en mode tortue dans une course de lévriers. Mārtinš Sesks a joué à cache-cache avec le brouillard dans sa voiture, obligé de s’arrêter deux minutes pour défogger son pare-brise. Il termine la journée 10e. On a vu plus glorieux comme stratégie de course.
McErlean et Munster complètent la brochette Ford, mais soyons honnêtes : à ce rythme-là, ils sont là pour valider les tickets-restaurants. Loin, très loin, de la zone où les points sérieux se distribuent.
| Pos | Equipage | Voiture | Chrono |
| 1. | Rovanperä Kalle/ Halttunen J. | Toyota GR Yaris Rally1 | 2h01’28,8 |
| 2. | Katsuta Takamoto/ Johnston A. | Toyota GR Yaris Rally1 | +36.1 |
| 3. | Ogier Sébastien/ Landais V. | Toyota GR Yaris Rally1 | +42.9 |
| 4. | Evans Elfyn/ Martin Scott | Toyota GR Yaris Rally1 | +44.4 |
| 5. | Pajari Sami/ Salminen Marko | Toyota GR Yaris Rally1 | +59.2 |
| 6. | Neuville Thierry/ Wydaeghe M. | Hyundai i20 N Rally1 | +1:54.7 |
| 7. | Fourmaux Adrien/ Coria A. | Hyundai i20 N Rally1 | +2:23.7 |
| 8. | McErlean Josh/ Treacy Eoin | Ford Puma Rally1 | +3:28.3 |
| 9. | Munster Grégoire/ Louka Louis | Ford Puma Rally1 | +4:27.9 |
| 10. | Sesks Mārtiņš/ Francis R. | Ford Puma Rally1 | +4:38.7 |
En résumé

Samedi en Finlande, c’était un mélange de chaos humide et d’ordre Toyota. Rovanperä mène, la meute japonaise contrôle, et Hyundai se mord les pneus. Reste un dimanche piégé, avec Ouninpohja pour juge impitoyable. Le décor est planté. Le leader a tout pour gagner. Mais s’il glisse, Ogier et sa bande ne manqueront pas de lui rappeler que le rallye, ce n’est jamais une science exacte — surtout quand la Finlande décide de faire tomber la pluie.
| Intitulé | Longueur | Local | Réunion | Europe | Vietnam |
| Dimanche 3 Aout | |||||
| ES19 Ouninpohja1 | 23,980km | 10h35 | 11h35 | 09h35 | 14h35 |
| ES20 (PS) Ouninpohja2 | 23,980km | 13h15 | 14h15 | 12h15 | 17h15 |