Detroit, berceau sacré de la bagnole américaine, théâtre du muscle car et de la décrépitude industrielle transformée en hype urbaine, s’apprête à accueillir la septième manche de l’IndyCar 2025. Dans le rôle principal : un Espagnol qui fait passer la concurrence pour une bande d’apprentis Lyft en trottinette électrique. Alex Palou, pilote Chip Ganassi, quintuple vainqueur en six courses cette saison, débarque au pays de Chevrolet avec une avance en championnat qui ferait rougir un tyran bananier.

Le garçon a tout raflé, y compris l’Indy 500 il y a une semaine, sa première victoire sur ovale — le Graal, l’onction ultime, le trophée à poser sur la cheminée en marbre. Il ne lui manque plus que la Palme d’Or et une statue en bronze dans le paddock. Même Scott Dixon, pourtant peu enclin à distribuer des cadeaux, lui a offert une retraite de cinq semaines, histoire de laisser aux autres une chance de ne pas se faire humilier avec le drapeau vert encore en main. Spoiler : même avec un cocktail à la main sur une plage lointaine, Palou resterait probablement en tête du championnat.
Un championnat réglé en juin ?

Avec 112 points d’avance sur Pato O’Ward (Arrow McLaren) et 125 sur Christian Lundgaard (également McLaren), Palou peut se permettre de finir les onze courses restantes dans le bac à gravier et de quand même viser un top 10 final. Le championnat ressemble de plus en plus à une reconstitution de la conquête espagnole du Nouveau Monde : brutal, rapide, sans pitié, et avec des adversaires dépassés par les événements. Si la logique se poursuit, Palou pliera l’affaire avant la pause estivale. L’IndyCar, cette année, c’est un peu “Palou & les figurants”.

Mais voilà : Detroit, c’est aussi la course du retour sur Terre. L’épreuve que les vainqueurs de l’Indy 500 abordent généralement avec un mélange de gueule de bois, de surbooking médiatique et de conférence de presse sponsorisée par le café soluble. Les trois derniers vainqueurs de l’Indy ont signé une moyenne de 14e place dans les rues motor city. Le syndrome post-Indianapolis frappe fort : on passe du lait versé sur le casque à l’extincteur pour refroidir les freins en 72 heures chrono.
L’an dernier, Palou y avait fini 16e, en se contentant d’un tour en tête, comme pour faire acte de présence. Il avait certes remporté l’épreuve en 2023 lors de la grande première du tracé urbain de downtown (10 virages sur 2,65 km de béton et de garde-fous), mais l’histoire nous dit qu’un Palou fêtard pourrait offrir aux autres un minuscule espoir d’exister. Ou pas.
Le reste du peloton : coureurs de fond ou figurants ?

Chez Arrow McLaren, on est censé mener la charge. Pato O’Ward a fini 3e à Indy, mais il traîne toujours cette fâcheuse habitude de transformer une pole position en finish quelconque. Christian Lundgaard, l’élève studieux du lot, cumule les points dans l’anonymat poli d’un troisième rôle. Mais aucun des deux n’a montré qu’il pouvait contenir Palou plus de trois virages sans risquer le looping.

Du côté d’Andretti, on continue de tirer à blanc avec des pistolets à bouchon. Colton Herta a signé la pole à Detroit en 2024 avant de finir 19e, à un tour. Le talent est là, la constance est en RTT. Marcus Ericsson, transféré chez Andretti cette année, avait terminé 2e ici-même en 2024, son meilleur résultat d’une saison qu’il espérait sans doute déjà oublier.
Et chez Ganassi ? Scott Dixon, le métronome néo-zélandais, avait gagné ici l’an passé en bon chef de meute expérimenté. Mais cette saison, il se contente de jouer les seconds couteaux dans l’ombre de Palou, à mi-chemin entre le coéquipier modèle et le spectateur VIP. Marcus Armstrong, l’autre jeune Ganassi, fait ses gammes mais reste cantonné au rôle de figurant de luxe.
Le circuit de Detroit : chausse-trappe à ambitions

Le tracé urbain de Detroit n’a rien d’une promenade dans sa version 2025 à Downtown (depuis 2023). Un circuit urbain de 2,65 km comprenant neuf virages, tracé le long des avenues Jefferson, Bates, Atwater, St. Antoine, Franklin et Rivard.. C’est un labyrinthe de béton, de bosses, de virages aveugles et de murs qui se rapprochent plus vite qu’une notification Instagram. Le grip y est aussi aléatoire que la météo au Mans, et les erreurs coûtent cher. Bref, l’endroit rêvé pour faire dérailler une domination.
Mais c’est aussi le genre de terrain où Palou excelle. Parce que même avec les suspensions en vrac et les pneus en feu, il reste calme, propre, efficace. Quand les autres transpirent, lui respire.
Verdict attendu : l’ennui majuscule ou la révolte surprise ?

La vraie question n’est plus de savoir si Palou va gagner, mais comment. En menant de bout en bout ? En remontant du fond de grille à la force du poignet ? En doublant deux mecs d’un coup avec un demi freinage kamikaze ? Tout est possible, sauf la surprise. Le suspense, c’est devenu le luxe du pauvre dans cette IndyCar version 2025.
Alors certes, Detroit pourrait théoriquement redistribuer les cartes. Statistiquement, ce serait même souhaitable. Mais en pratique, c’est Palou qui tient le sabot, la banque, et les jetons. La seule incertitude du week-end ? Savoir si sa gueule de bois d’Indianapolis lui fera perdre trois dixièmes ou pas.
Réponse dimanche, dans les rues de la Motown. Où, sauf tremblement de terre ou panne de cerveau collectif chez Ganassi, le championnat 2025 pourrait bien enterrer tout suspense jusqu’en septembre.
| Intitulé | Durée | Local | Réunion | Europe | Vietnam |
| Vendredi 30 Mai | |||||
| FP1 | 75′ | 15h00 | 23h00 | 21h00 | 02h00(J+1) |
| Samedi 31 Mai | |||||
| FP2 | 60′ | 09h00 | 17h00 | 15h00 | 20h00 |
| Qualifs | 90′ | 12h00 | 20h00 | 18h00 | 23h00 |
| Dimanche 1 Juin | |||||
| Warmup | 25′ | 09h30 | 17h30 | 15h30 | 20h30 |
| Course | 100 tours | 12h30 | 20h30 | 18h30 | 23h30 |