Il y a des jours où l’IndyCar ressemble à une course entre des ingénieurs géniaux, des jeunes chiens fous et des vieilles gloires qui ont perdu la carte. Et puis, il y a Mid-Ohio 2025, où Alex Palou a non seulement trouvé la pédale de droite, mais visiblement aussi la trappe d’accès vers une autre dimension. Résultat : une troisième pole cette saison, la neuvième de sa carrière, et surtout l’impression tenace qu’il court avec une version premium d’IndyCar 2.0 pendant que les autres font tourner sont bloqués en mode bêta.

Avec un tour en 1:05.0215, l’Espagnol de chez Chip Ganassi Racing n’a pas seulement décroché la pole, il a asséné une nouvelle gifle métaphysique à ses petits camarades du paddock, 93 points derrière lui pour le premier d’entre eux, à la dérive dans une galaxie où les P1 Awards sont des rumeurs urbaines.
Mais ne soyons pas injustes : certains ont au moins tenté de sauver les meubles. Christian Lundgaard, par exemple, a arraché une belle deuxième place. Le Danois d’Arrow McLaren continue de nous rappeler qu’il n’a peut-être pas l’étoffe d’un champion cette année, mais qu’il sait viser haut à défaut de frapper juste le dimanche. 1:05.2126, un temps propre, sérieux, limite clinique. Dommage qu’on sache déjà que Palou lui mettra probablement 30 secondes dans la musette après 20 tours de course.

Et puis, surprise ! Dans une discipline où l’on attend les stars confirmées, Kyffin Simpson, le minot de Ganassi qui a encore l’air de chercher sa place à la cantine, a sorti une P3 de derrière les fagots. Et attention : en pneus usés. Oui, monsieur. Le genre de choix tactique qu’on s’attend à voir chez les vieux renards, pas chez les rookies tout juste sortis de la couveuse. Faut croire que quand tu pilotes dans la même équipe qu’un extra-terrestre catalan, tu finis par absorber des notions d’ingénierie par osmose.
Nolan Siegel, autre ado sous caféine, suit avec une P4 en mode « j’vous jure que je sais ce que je fais », pendant que Colton Herta, cinquième, continue sa tournée « J’ai du talent mais je préfère souffrir avec Andretti Global ». Quant à Louis Foster, rookie et régulier dans le Fast Six cette année, il ferme la marche du Top 6 avec une prestation honnête, sans étincelle ni casserole. C’est déjà ça.
Mais pendant que le haut du classement célébrait les jeunes pousses et les aliens de Ganassi, une autre histoire se jouait en coulisses : le Titanic Penske continue de couler, et cette fois, même la musique ne joue plus.
On pourrait croire à une plaisanterie, mais non : Josef Newgarden, champion, patron, dieu des ovales et d’habitude valeur refuge du Team Penske, a qualifié sa voiture en 18e position. Oui, dix-huitième. Il a sans doute dû penser qu’il roulait en GTD sur le mauvais week-end. Et ce n’est pas comme si ses collègues avaient sauvé l’honneur : Scott McLaughlin, 21e, et Will Power, 22e, donnent à ce trio un air de reconstitution historique d’un Team Minardi en détresse.

Le plus inquiétant ? Penske n’a toujours pas gagné la moindre course cette saison. Zéro. Nada. Nib. Rien. Pour l’équipe la plus titrée de l’histoire de l’IndyCar, c’est un peu comme si Ferrari faisait une saison complète sans podium…
Alors que s’est-il passé ? Mauvais réglages ? Pneu crevé mental ? Mauvais karma depuis l’affaire du push-to-pass de début d’année ? Une chose est sûre, les Penske Boys vont devoir sortir autre chose que des casquettes rouges et des sourires crispés pour rester crédibles à ce stade.
Pendant ce temps, Palou, tranquille, sirote sa domination. Non content de mettre la misère en course, il s’amuse maintenant à dominer aussi les qualifs, autrefois son point faible. Et comme il l’a dit avec ce flegme propre aux mecs qui savent très bien qu’ils vous marchent dessus : “On aurait pu garder les pneus neufs pour demain, mais on a préféré assurer le départ devant.“
Traduction : “On est tellement bons qu’on peut se permettre de jouer la sécurité ET de vous humilier.”

Pour les autres, demain s’annonce long. Très long. Entre les pilotes en pneus neufs qui espèrent une stratégie miracle et ceux qui espèrent un miracle tout court, la seule constante semble être la toute-puissance d’un Espagnol sponsorisé par une intelligence artificielle. L’ironie est totale : c’est peut-être le seul mec du plateau qui n’a justement pas besoin d’aide d’un algorithme pour pulvériser la concurrence.
Rendez-vous donc dimanche pour une course où Palou tentera de transformer sa pole en nouvelle leçon magistrale, pendant que le reste du plateau révisera son alphabet du désespoir, de “A comme Arrow” à “P comme Penske”.
Bonne chance à tous. Enfin, sauf à Palou, lui, il n’en a visiblement pas besoin.
| Intitulé | Local | Réunion | Europe | Vietnam |
| Dimanche 6 Juillet | ||||
| Warmup | 09h30 | 17h30 | 15h30 | 20h30 |
| Course | 13h00 | 21h00 | 19h00 | 00h00(J+1) |