mercredi, septembre 9, 2026

Palou se saborde, Dixon opportuniste…(vidéo)

Il y a des victoires construites à la force du poignet, des poles parfaites transformées en triomphes sereins, et puis il y a les œuvres de Scott Dixon : tissées dans l’ombre, cousues d’intelligence stratégique, et toujours baignées dans cette étrange alchimie où l’expérience flaire la moindre faille. Dimanche, sur le circuit sinueux et technique de Mid-Ohio, le Néo-Zélandais a signé sa 59e victoire en IndyCar, la septième sur ce tracé qu’il affectionne tant, en profitant d’une rare erreur de son coéquipier Alex Palou à cinq tours du but. Une masterclass de survie et de gestion dans un sport qui a parfois le bon goût de récompenser les renards plutôt que les faucons.

Le coup du vieux sage

À 43 ans, Scott Dixon ne chasse plus les poles, il chasse les occasions. Neuvième sur la grille, sans rythme qualificatif étincelant, il n’avait théoriquement rien à faire dans la lutte pour la victoire. Mais avec Dixon, tout est toujours une affaire de patience. Deux arrêts seulement, un rythme de métronome, un sens aigu de la gestion du carburant, et une capacité quasi surnaturelle à faire durer les pneus plus longtemps que quiconque. La stratégie était connue, risquée, mais parfaitement exécutée par le vétéran et son stratège de toujours, Mike Hull.

Face à lui, Alex Palou, leader autoritaire du championnat et brillant poleman du jour, déroulait une partition quasi parfaite en tête. Une course propre, rapide, agressive sans excès, et un écart qui semblait suffisant pour compenser un arrêt supplémentaire. Jusqu’à cette fameuse boucle 85…

Palou, l’erreur à 100 000 dollars

Turn 9, virage piégeux, entrée un peu trop optimiste, roues dans la poussière, traction perdue, rythme brisé. Il ne fallait rien de plus. Dixon surgit, saisit l’opportunité avec l’instinct du tueur, et ne la lâchera plus. Le vétéran coupe la ligne avec seulement 0,4201 seconde d’avance sur un Palou furieux contre lui-même. Le plus petit écart à l’arrivée de la saison, mais un gouffre psychologique pour l’Espagnol.

« Juste une erreur stupide, honnêtement », a avoué Palou, lapidaire et lucide. « La voiture était incroyable tout le week-end. Je me suis un peu trop élargi à l’entrée, et j’ai tout perdu. Personne d’autre à blâmer. »

Une faute rare, mais d’autant plus retentissante qu’elle intervient alors que Palou marchait sur l’eau. On peut presque entendre Dixon penser : « Merci, jeune homme. »

Une victoire signature

Si la défaillance de Palou fut l’élément déclencheur, le mérite de Dixon est ailleurs : dans la manière dont il a géré les derniers tours, bloquant subtilement les lignes, changeant ses trajectoires dans le célèbre “Keyhole” (Turn 2) pour casser l’élan de son poursuivant sans jamais franchir la ligne de la légalité. Une leçon de défense à l’ancienne, magistrale, frustrante pour celui qui suit, jouissive pour les puristes. Le genre d’arrivée qui transforme une course apparemment banale en chef-d’œuvre tactique.

Derrière, ça bataille fort

Christian Lundgaard, discret mais incisif, arrache une belle troisième place pour McLaren, pendant que Colton Herta, encore propre mais toujours sans victoire, finit quatrième. Pato O’Ward complète le top 5, confirmant que McLaren est bien plus à l’aise le dimanche que le samedi cette saison. La logique est respectée, les écarts sont faibles, mais tout semble s’être joué bien avant la ligne d’arrivée.

Notons aussi la performance d’ensemble de Ganassi Racing : premier et deuxième, même si l’ambiance dans le motorhome devait être un peu plus froide que d’habitude. Derrière le sourire diplomatique, Palou sait qu’il vient de laisser filer une victoire qui semblait écrite.

Une victoire, deux records, et un parfum de légende

Avec ce succès, Dixon poursuit deux séries hallucinantes : 21 saisons consécutives avec au moins une victoire (depuis 2005), et 23 saisons en tout avec un triomphe au compteur. Personne ne fait mieux. La régularité de ce pilote, souvent éclipsé par les feux des projecteurs braqués sur des étoiles plus flamboyantes, frise l’indécence. À Mid-Ohio, temple des pilotes précis, le roi a parlé.

« On ne pensait pas pouvoir la faire en deux arrêts sans un peu de chance », a concédé Dixon. « Heureusement, il y a eu une neutralisation au bon moment. On a tout donné pour tenir jusqu’au bout. Et il y a eu cette erreur de Palou. Il faut savoir en profiter. »

Le championnat : Palou s’en sort bien (au classement)

Ironie de l’histoire, malgré cette bévue coûteuse, Alex Palou repart de l’Ohio avec un matelas encore plus large au championnat : +113 points sur son plus proche poursuivant. À sept courses de la fin, c’est un gouffre. En termes de rythme et de régularité, personne ne semble en mesure de lui contester le titre. Mais cette erreur rappelle qu’en IndyCar, rien n’est jamais acquis. Surtout pas face à des artistes de la trempe de Dixon.

Verdict : vieux lion 1 – jeune tigre 0

Mid-Ohio a offert un scénario improbable, un final à suspense et une leçon de stratégie pure. Dans un championnat où les écarts sont aussi minces que les pneus tendres en fin de relais, la moindre erreur coûte cher. Palou l’a appris à ses dépens. Et Dixon, toujours là, toujours affûté, a rappelé que l’IndyCar n’est pas qu’une affaire de vitesse brute. C’est aussi un jeu d’échecs à 300 km/h. Et le roi, pour une 59e fois, s’est remis en échec et mat.

PosPiloteTeamTotal
1Alex PalouGanassiHonda386
2Kyle KirkwoodAndrettiHonda293
3Pato O’WardMc LarenChevrolet275
4Felix RosenqvistMSRHonda231
5Scott DixonGanassiHonda231
6Christian LundgaardMc LarenChevrolet228
7Will PowerPenskeChevrolet197
8Scott McLaughlinPenskeChevrolet190
9Santino FerrucciAJ FoytChevrolet184
10Colton HertaAndrettiHonda184
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cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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