C’est l’histoire d’un jeune pilote qui volait vers les sommets, suspendu entre promesse et confirmation, avant que le destin – ou plutôt un virage mal négocié – ne le renvoie brutalement sur le billard. Chance Hymas, espoir montant du team Honda en motocross US, auteur d’un doublé éclatant à Thunder Valley il y a à peine trois semaines, vient de dire adieu à sa saison 2025. La cause ? Un genou qui a décidé de se désolidariser du programme.
Le scénario est aussi cruel qu’un blockpass signé Barcia : dernier tour de la seconde manche à High Point, Hymas roule en deuxième position, plein gaz, concentré, avec en ligne de mire un nouveau podium… jusqu’à ce que son pied droit s’accroche dans un virage. Résultat immédiat : douleur au genou, ligaments qui font leurs valises, et fin de partie. Il termine courageusement la course à la troisième place, mais à l’IRM du 16 juin, le verdict tombe comme un holeshot de Jett Lawrence : rupture complète du ligament croisé antérieur (LCA), entorse légère du ligament collatéral médial (LCM) et contusion méniscale. Bref, un cocktail que même le Docteur G (H. Rey Gubernick) ne servira pas avec une olive.
Un genou de trop
C’est donc officiel : le garçon qui tenait la troisième place du championnat 250 après quatre épreuves voit sa saison se transformer en compil de séances de kiné et d’exercices de proprioception. Lui qui semblait enfin sortir de sa chrysalide avec une domination magistrale à Thunder Valley (1-1) repart pour un tour de manège chirurgical, cette fois à Nashville, où on imagine que le planning opératoire est aussi rempli que les tribunes de RedBud le 4 juillet.

Et s’il faut reconnaître à Hymas un courage certain – terminer la manche blessé en est la preuve – on pourrait aussi dire que le sort s’acharne avec un certain sadisme. Déjà deux opérations au genou gauche, voici maintenant que le droit réclame sa part d’attention. À ce rythme, Chance va finir avec un jeu complet de genoux reconditionnés, version bionique.
Instagram et résilience en série
Dans une vidéo postée sur Instagram, Hymas s’est livré à l’exercice habituel de la déclaration post-drame : larmoyant mais digne, posant sa voix grave sur une musique de piano triste, il explique que c’est « déchirant » (sans jeu de mots) mais qu’il reviendra plus fort, etc., etc. Un classique du genre, à mi-chemin entre la confession et le teaser de comeback. On salue l’effort, mais on aurait préféré un post montrant une célébration de victoire plutôt qu’un couloir d’hôpital.
Le discours rassurant est repris en chœur par Brandon Wilson, le patron de la compète chez American Honda, qui regrette cette blessure au pire moment : « Il commençait à montrer son vrai potentiel… ». En effet, on sentait que le jeune prodige avait enfin trouvé la bonne carburation. Mais visiblement, la loi des séries veut qu’un Hymas en pleine bourre soit un Hymas à genou en moins.
2026 ou rien
Pas de date de retour pour l’instant, mais Honda annonce déjà qu’il sera de retour avec l’équipe en 2026. Oui, car en motocross US, on ne se remet pas d’un LCA entre deux manches qui s’enchainent de week end en week end, surtout quand on enchaîne les chirurgies. Autant dire que la suite du championnat 250 devra s’écrire sans lui, ce qui laisse le champ libre à une bande de jeunes loups pas forcément plus rapides, mais au moins encore articulés.
À Southwick, l’australien Kayden Minear devrait profiter de cette absence pour jouer les invités de dernière minute, avec l’espoir d’enchaîner quelques apparitions en Pro Motocross avant Loretta Lynn (championnat national amateur fin Juillet). Quand l’un boite hors du paddock, un autre enfile les bottes. L’éternel manège de la filière américaine.
L’apprentissage à coups de scalpel
Difficile de tirer à boulets rouges sur un pilote qui n’a que 19 ans et qui fait preuve d’une combativité remarquable. Mais le monde du MX Pro n’est pas tendre, et les genoux d’Hymas sont déjà en train de lui livrer une des leçons les plus dures de ce sport : le talent ne suffit pas quand l’anatomie décide de faire grève.
Le paradoxe, c’est que malgré les blessures, le garçon n’a pas flanché : il termine ses manches, reste classé troisième du championnat, et garde la foi. Mais cela suffira-t-il à le maintenir sur les tablettes des tops teams alors que la concurrence, elle, reste debout ? À voir. En tout cas, Chance devra se rappeler que la discipline ne pardonne ni l’erreur, ni la fragilité physique.
Reste à espérer que le prochain moment fort de la carrière de Hymas ne soit pas une visite guidée du service orthopédique de Vanderbilt, mais bien un retour triomphant sous les hourras. Pour cela, il faudra des ligaments solides, une résilience en titane, et – surtout – un peu moins de malchance.