vendredi, septembre 11, 2026

Peter Hickman out pour l’édition 2025 du Tourist Trophy

Le Tourist Trophy 2025 a à peine levé le rideau qu’il perd déjà l’une de ses figures les plus mythiques. Vendredi soir, dans une ambiance plus lourde que la bécane d’un touriste allemand en Harley, Peter Hickman s’est satellisé au virage de Kerrowmoar lors de la séance qualificative Superstock. L’accident, survenu alors qu’il bouclait son premier tour sur la BMW M1000RR du team 8TEN Racing, a jeté un froid glacial sur la campagne manxoise. Quatorze fois vainqueur au TT, le Britannique était l’un des prétendants sérieux à la couronne cette année encore. C’est désormais à l’hôpital Noble’s qu’il passera la suite du programme, entouré d’un personnel médical certainement moins rapide, mais heureusement plus compétent que les drapeaux jaunes du coin.

Une chute aussi soudaine qu’inquiétante

L’accident s’est produit sur une portion rapide et sinueuse, à mi-parcours du tracé de la Montagne au virage Kerrowmoar. Hickman venait à peine de se lancer que le drame est survenu. Les premiers témoins sur place ont rapporté une moto qui fumait légèrement, accompagnée d’un carénage inférieur brinquebalant comme une tente Quechua mal repliée. Les spéculations vont bon train – turbo ? boîte ? sabotage par un pilote Honda jaloux ? L’enquête ouverte par les organisateurs tentera d’éclaircir ce point, bien que l’île de Man soit rarement un lieu où la mécanique laisse beaucoup de place au pardon.

Transporté en hélicoptère médicalisé vers l’hôpital, Hickman était fort heureusement conscient à l’arrivée. Ce qui est déjà en soi un exploit quand on connaît le genre de gadin qu’on se prend à Kerrowmoar. Les diagnostics médicaux font état de blessures au thorax, au dos, à l’épaule et au visage. Bref, tout ce qui est utile pour piloter une moto à 310 km/h entre des murets en pierre et des épingles à flanc de falaise. Les nouvelles sont cependant rassurantes : l’intéressé serait « de bonne humeur » (probablement grâce aux antalgiques) et son état est décrit comme « confortable », ce qui, pour le TT, signifie généralement « toujours vivant et en un seul morceau ».

Une campagne 2025 qui s’arrête net

Avant cet accident, Peter Hickman affichait une forme olympique. Il pointait troisième en Superbike, deuxième en Superstock (la catégorie de l’accident) et troisième en Supersport lors des qualifications précédentes. De quoi faire trembler les compteurs et les autres pilotes. À 37 ans, le pilote anglais restait l’un des très rares à pouvoir titiller les chronos hallucinants de Michael Dunlop sur l’ensemble des catégories.

La BMW du team 8TEN Racing semblait affûtée comme jamais, et son pilote en mission : celle de redevenir l’homme à battre sur l’île. Ce ne sera pas pour cette année. Son forfait est désormais acté, et avec lui, une partie du suspense sportif s’évanouit dans l’odeur d’huile chaude.

Un TT toujours aussi impitoyable

Le Tourist Trophy est sans pitié. Il suffit d’un rien – un caillou, une rafale, un boulon mal serré – pour transformer une séance de qualifications en visite express aux urgences. La liste des blessés (ou pire) s’étoffe chaque année comme une mauvaise chronique nécrologique. Ce vendredi 30 mai, c’est également Tom Weeden qui a goûté au bitume. Lui aussi a été hospitalisé, souffrant du dos, d’une jambe et d’une cheville. Les pilotes du TT sont décidément les seuls à considérer qu’une fracture de la cheville est un prix acceptable pour un top 10 qualificatif.

Les fans, quant à eux, oscillent entre respect et sidération. Les réseaux sociaux se sont rapidement remplis de messages de soutien, certains s’interrogeant déjà sur la possibilité d’un retour éclair de Hickman, comme si un os du visage fracturé se ressoudait aussi vite qu’une roue arrière changée dans un box. Non, Peter ne courra pas cette année. Et il faudra s’y faire.

Une ambiance plombée

Cette mésaventure met un sérieux coup au moral des paddocks. L’absence de Hickman n’est pas qu’un simple ajustement sur une grille de départ, c’est l’équivalent de faire un Tour de France sans Pogacar, ou une saison de F1 sans Verstappen.

Pour les teams concurrents, l’abandon d’un tel géant ouvre certes des opportunités, mais avec une amertume évidente. Même Michael Dunlop, qui aurait pu y voir une chance de briller encore davantage, a publié un sobre message de soutien. On sait que les pilotes de l’île se respectent, même quand ils se livrent une guerre de secondes au chrono.

Et maintenant ?

Le TT 2025 continue, bien sûr. C’est le propre de cette épreuve unique au monde : elle tourne, tourne encore, quoi qu’il en coûte. Mais le cœur n’y est pas tout à fait. La course se retrouve amputée d’un de ses héros, et même les plus irréductibles des fans s’interrogent. Jusqu’à quand tolérera-t-on que la sélection naturelle fasse le ménage en qualifications ? Jusqu’où faut-il aller pour gagner sur ce ruban de goudron maudit ?

Peter Hickman, lui, pourra peut-être marcher de nouveau dans quelques semaines, remonter sur une moto dans quelques mois, et – pourquoi pas – s’aligner en 2026. Mais le TT, lui, ne l’attendra pas. Il aura déjà broyé d’autres espoirs, gravé d’autres noms sur ses plaques commémoratives. Comme toujours.

Souhaitons simplement que Peter s’en sorte sans séquelles majeures. Et que cette édition 2025, déjà entamée sous de bien sombres auspices, retrouve un peu de lumière. Sans quoi, on risque de se demander pourquoi on revient chaque année voir des hommes jouer leur vie sur 60 kilomètres de route.

La réponse, hélas, est peut-être dans la question.

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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