Rendez-vous était pris ce week end sur l’un des circuits les plus beaux et les plus exigeants de la planète. Spa-Francorchamps. Son tracé mythique, ses virages iconiques, son microclimat digne d’une mauvaise blague belge… et son Grand Prix 2025, qui n’a déçu personne, sauf peut-être Lando Norris et une poignée d’ingénieurs Mercedes qui aimeraient qu’on leur explique pourquoi leur voiture a le rythme d’un escargot sous Lexomil.

Dès l’instant où le ciel ardennais a commencé à pleurer sur les monoplaces déjà engluées dans un ennui météorologique, on savait qu’on entrait dans un épisode de Spa, la Légende continue. Pluie ? Bien sûr. Drapeau rouge ? Évidemment. Départ repoussé de 80 minutes ? Allons-y gaiement. Une tradition. Une liturgie. Le pèlerinage annuel de la F1 sous la bruine belge. Une décision néanmoins très discutée par nombre de pilotes qui ne comprennent pas cet excès absolu de surprudence.
Piastri : un kangourou dans les Ardennes

Oscar Piastri, discret en apparence, tranchant en substance, a décidé que le meilleur moyen de répondre aux critiques après sa perte de leadership lors de la Sprint de samedi, c’était de déposer son coéquipier Norris dès le premier tour lancé. Et déposé, le mot est faible. Norris, en pole, a eu à peine le temps de cligner des yeux que l’Australien avait déjà disparu à l’horizon au bout du Kemmel. Eau Rouge ? Levé de pied minimal. Duel entre coéquipiers ? Oui, mais version Piastri : « Je passe devant et tu regardes mes échappements pendant 44 tours. »
Ce fut propre, net, presque clinique. À croire que Piastri avait décidé de transformer Spa en masterclass personnelle. Même lorsque la piste s’est asséchée et que la stratégie est devenue un jeu d’échecs à haute vitesse, il a gardé la tête froide, anticipé, arrêté au bon moment, chaussé les bons pneus, et géré la course comme un horloger appliqué avec plus de 30 ans d’expérience. Horloger australien, en l’occurrence.
Norris, le prince de la frustration

« Oscar a fait un meilleur boulot. » Voilà comment Norris a résumé sa défaite. On pourrait saluer l’humilité, mais difficile de ne pas y sentir une pointe de dépit résigné, le fameux shoulda-woulda-coulda des pilotes qui savent qu’ils ont raté leur course. Coincé une boucle de trop sur les intermédiaires, chaussé les durs avec l’espoir que Piastri détruise ses mediums – espoir vite évaporé – et enchaînant les petites erreurs en fin de course, Lando a regardé la victoire lui filer entre les doigts. Encore. Et encore.
Un pilote brillant, sans doute. Mais le talent brut ne suffit plus face à un Piastri froid, méthodique, et désormais en pleine possession de ses moyens. Le Britannique peut se consoler avec un podium et les félicitations d’usage, mais en interne, l’écurie McLaren sait désormais qui a les nerfs les plus solides sous pression.
Ferrari : l’art de faire illusion

Charles Leclerc s’empare de la troisième marche du podium, tout sourire, tandis que son coéquipier Hamilton s’éreinte à remonter du fond de grille après un départ depuis la pitlane. Oui, Lewis a gagné 11 positions. Oui, la stratégie Ferrari l’a propulsé dans les points grâce à un arrêt anticipé pour chausser les slicks. Mais ne vous laissez pas berner : à Maranello, on est encore en train d’essayer de comprendre comment une voiture peut briller sur un tour… et fondre comme neige au soleil sur la durée d’une course.
La nouvelle suspension censée être le dernier “gros” upgrade de l’année ? Un placebo sophistiqué. Leclerc résiste à Verstappen, mais à 20 secondes du duo McLaren, il ne joue même pas dans la même catégorie. La Scuderia reste cette équipe mi-figue mi-raisin, capable de podiums sans panache et de stratégies “innovantes” qui, une fois sur deux, ruinent un dimanche entier.
Verstappen : puissance sans grip

On aurait pu croire à une rédemption de Verstappen après son succès dans la Sprint. Mais le dimanche, Red Bull a joué aux apprentis sorciers avec un aileron arrière plus chargé, pensant optimiser le grip sur piste humide. Résultat ? Une voiture sous stéroïdes en début de course, mais incapable de recoller Leclerc une fois la piste sèche. P4, 21 secondes derrière, et une mine dépitée : Max commence a compris depuis longtemps que 2025 n’est pas son année.
Mercedes : retour vers le néant

Mercedes. La saga continue. Un pas en avant, deux en arrière, et une voiture qui donne des sueurs froides à tous ceux qui osent encore croire en la magie des Flèches d’Argent. George Russell termine P5, certes. Mais à plus de 30 secondes des leaders, dans une course sans incident, sans accrochage, sans débris sur la piste ? C’est presque une insulte au passé glorieux de l’équipe finalement pas si lointain.
Quant à Kimi Antonelli, nouveau grand espoir et actuel punching-ball statistique, il continue son immersion douloureuse dans la jungle F1. P16 à l’arrivée, après un week-end où même le soleil semblait éviter le garage Mercedes. Toto doit sérieusement envisager de faire venir un exorciste à Brackley. Il se murmure que le shama attendu pourrait ne pas être britannique.
Gasly, Bearman, Bortoleto : le bal des sans-grade
Derrière le quatuor magique, c’était un festival de pilotes essayant désespérément d’exister. Pierre Gasly sauve un point pour Alpine après avoir tenu tête à une meute de DRSvores, Oliver Bearman passe à côté du top 10 pour une poignée de secondes, et Gabriel Bortoleto inscrit deux nouveaux points pour Kick Sauber, la seule équipe dont le nom évoque un energy drink et un service de livraison de chaussures à la fois.
| Pos | Pilote | Team | Chrono |
| 1 | Oscar Piastri | Mc Laren | 1:25:22.601 |
| 2 | Lando Norris | Mc Laren | +3.415s |
| 3 | Charles Leclerc | Ferrari | +20.185s |
| 4 | Max Verstappen | Red Bull | +21.731s |
| 5 | George Russell | Mercedes | +34.863s |
| 6 | Alexander Albon | Williams | +39.926s |
| 7 | Lewis Hamilton | Ferrari | +40.679s |
| 8 | Liam Lawson | Racing Bulls | +52.033s |
| 9 | Gabriel Bortoleto | Sauber | +56.434s |
| 10 | Pierre Gasly | Alpine | +72.714s |
Un Spa sans crash mais pas sans clash
Fait rare : aucun abandon. Aucun drapeau jaune après le départ lancé. De quoi ravir la FIA, ennuyer les fans de carambolages, et frustrer les stratèges qui comptaient sur un Safety Car pour tenter un coup de poker.

Et pourtant, malgré ce calme relatif, les tensions sont palpables : chez Mercedes, où plus personne ne sait où est la lumière ; chez Ferrari, où un podium cache à peine la forêt des doutes ; chez McLaren, où l’on se prépare à un duel fratricide à couteaux (aérodynamiques) tirés.
Prochaine étape : la Hongrie, le tourniquet du destin
Alors que les camions prennent la route pour Budapest, un constat s’impose : McLaren a repris les commandes du peloton, et Piastri a clairement repris la main psychologique sur son coéquipier. Il reste encore du chemin jusqu’à Abu Dhabi, mais cette victoire à Spa, sous la pluie, sur un circuit mythique, pourrait bien être le point d’inflexion de la saison.
Quant aux autres ? Ils s’accrochent. Ils survivent. Ils espèrent un miracle. Mais au rythme où vont les choses, ils risquent surtout d’assister, en première loge, à une guerre d’Orange qui ne laissera que des miettes au reste du paddock.
L’ère Piastri a peut-être déjà commencé.
| Pos | Pilote | Team | Total |
| 1 | Oscar Piastri | Mc Laren | 266 |
| 2 | Lando Norris | Mc Laren | 250 |
| 3 | Max Verstappen | Red Bull | 185 |
| 4 | George Russell | Mercedes | 157 |
| 5 | Charles Leclerc | Ferrari | 139 |
| 6 | Lewis Hamilton | Ferrari | 109 |
| 7 | Kimi Antonelli | Mercedes | 63 |
| 8 | Alexander Albon | Williams | 54 |
| 9 | Nico Hulkenberg | Sauber | 37 |
| 10 | Esteban Ocon | Haas | 27 |