Portland, c’est cette étape de l’IndyCar qu’on place traditionnellement en fin de calendrier, un peu comme un dessert oublié au fond du frigo : on sait qu’il est là, on n’a pas forcément faim, mais on le mange quand même. Cette fois, l’« ante penultième » course (mot qu’aucun speaker américain n’utilisera jamais) avait un double enjeu : sauver la saison de Team Penske de l’humiliation d’une année blanche, et officialiser ce que tout le monde savait depuis trois mois : Alex Palou est champion 2025. Spoiler : on a eu les deux.
Will Power, le pompier de service

Depuis le début de saison, Will Power semblait jouer le rôle du vétéran sur la touche : pas mauvais, mais pas décisif. Chez Penske, on commençait à envisager une saison sans victoire — un cauchemar qui n’était plus arrivé depuis 1999, époque où Internet se connectait encore avec un bruit de modem. Mais à Portland, le vétéran australien a sorti la tenue de gala : pole position ? Non. Domination insolente ? Pas vraiment. Mais un enchaînement de relais propres, une stratégie pneus suffisamment audacieuse pour échapper à la masse, et surtout la capacité à tenir la pression quand Christian Lundgaard et Alex Palou pointaient dans ses rétros.
En prime, Power n’a pas seulement gagné une course. Il a gagné un argument à glisser dans la boîte aux lettres de Roger Penske : « Je suis encore là, les gars, et je peux toujours claquer une victoire à 44 piges ». Traduction : vous n’êtes pas obligés de me remplacer par un rookie sponsorisé par une marque de boissons énergétiques.
Palou, champion à l’ennui programmé

Soyons honnêtes : l’intérêt sportif du championnat était mort et enterré depuis que Palou avait enchaîné podium sur podium comme un métronome aux accents de flamengo espagnol. Il arrive à Portland avec 121 points d’avance sur Pato O’Ward, l’unique pilote encore mathématiquement dans le coup. Résultat : O’Ward voit sa McLaren tomber en rade au 21ᵉ tour pour cause d’ennuis électriques, et Palou peut se contenter d’un podium tranquille pour coiffer sa quatrième couronne en cinq ans — dont trois consécutives.

Avec cette performance, l’Espagnol rejoint la clique fermée des triple tenants consécutifs : Ted Horn, Sébastien Bourdais, Dario Franchitti. Surtout, il se place déjà au niveau d’icônes comme Mario Andretti, Franchitti et Bourdais au classement des titres, à seulement deux longueurs de Scott Dixon et trois d’A.J. Foyt. En résumé : on a peut-être encore dix ans à le voir empiler des championnats pendant que ses rivaux se battent pour les miettes.
Une course au couteau… ou presque
Portland International Raceway, c’est 1,964 mile de ruban asphalté (3km160), 12 virages et un festival de stratégies pneus qui transforment souvent la course en sudoku géant. Power part en alternatifs rouges, Lundgaard en pneus durs noirs, Palou en primaires aussi. La manœuvre de Penske : creuser un écart de 20 secondes avant de passer sur les primaires plus lents, puis survivre.
Jusqu’au 61ᵉ tour, tout roule pour Power. Puis les pneus durs entrent en piste, et la meute commence à grignoter : Lundgaard revient à 1,1 seconde, Palou à neuf secondes mais avec un capital de Push to Pass quasi double. Les trois se regroupent à quinze tours de la fin, collés à moins d’une seconde. On croit au thriller final, mais Palou, en voulant dépasser Lundgaard, se retrouve à faire du jardinage dans l’herbe locale au 107ᵉ tour. Rideau.
Power file vers la victoire avec 1,5 seconde d’avance, Lundgaard garde la deuxième place et Palou la troisième… mais de toute façon, le titre était acquis.
Les seconds rôles et la figuration
Graham Rahal s’offre un quatrième place, meilleur résultat de la saison, probablement à classer dans la catégorie « trophée de salon ». Alexander Rossi complète le top 5 avec son propre « season best », ce qui résume bien la saison : quelques pilotes se souviendront de Portland comme leur pic personnel… dans une année globalement médiocre.

Derrière, on note surtout l’abandon déguisé d’O’Ward, la course anonyme de Dixon, et l’impression générale que tout le monde a levé le pied, déjà tourné vers Milwaukee et Laguna Seca.
Honda, la petite cerise sur le gâteau
Pendant que Palou faisait péter le champagne, Honda fêtait aussi son titre constructeurs 2025, confirmant que, côté moteurs, la marque japonaise continue de tenir tête à Chevrolet dans le paddock. Rien de révolutionnaire, mais ça fait toujours bien dans le communiqué de presse.
| Pos | Pilote | Team | Total |
| 1 | Alex Palou | Ganassi | 626 |
| 2 | Pato O’Ward | Mc Laren | 475 |
| 3 | Scott Dixon | Ganassi | 411 |
| 4 | Christian Lundgaard | Mc Laren | 398 |
| 5 | Kyle Kirkwood | Andretti | 387 |
| 6 | Will Power | Penske | 342 |
| 7 | Felix Rosenqvist | MSR | 337 |
| 8 | Colton Herta | Andretti | 333 |
| 9 | Marcus Armstrong | MSR | 331 |
| 10 | David Malukas | AJ Foyt | 287 |
Et maintenant ?
Il reste deux courses, toutes deux sur ovale : Milwaukee et Nashville. Le reste du plateau jouera la deuxième place au championnat, Palou pourra rouler sans pression (comme si c’était nouveau), et Power pourra capitaliser sur son regain de forme pour convaincre qu’il mérite encore un volant.
Bref, Portland n’a pas offert de suspense au championnat, mais a permis à Penske d’éviter la honte et à Palou d’entrer un peu plus dans l’histoire. Pour le reste, on retiendra surtout que, parfois, une course se joue autant dans les stands que sur la piste — et que même dans une saison pliée d’avance, il y a toujours un vétéran prêt à rappeler qu’il n’est pas là pour décorer.