Après le bitume capricieux de Monte-Carlo et les congères sournoises de Suède, le Championnat du Monde des Rallyes (WRC) pose ses valises au Kenya pour la troisième manche de la saison 2025. Direction l’hémisphère sud, Naivasha, où le Safari Rally Kenya (20-23 mars) promet de mettre à rude épreuve pilotes, mécaniques et nerfs des spectateurs. Changement de décor radical : exit les cols alpins et les forêts nordiques, place à des pistes africaines qui semblent avoir été dessinées par un sadique en manque d’affection. Ici, ce n’est pas une spéciale qu’on dispute, c’est une guerre de survie sur 384 kilomètres chronométrés – la plus longue épreuve de l’année. Et comme le Kenya choisit ses vainqueurs, autant dire que les prétendants au trône vont devoir serrer les dents. Pour ajouter à la difficulté de l’équation, il s’agira de la première épreuve sur terre avec les nouvelles gommes Hankook.
Un terrain qui ne pardonne rien

Le Safari Rally, c’est l’épreuve où même les voitures ont l’air de supplier qu’on les laisse au garage. Les bolides du WRC se métamorphosent pour l’occasion : suspensions surélevées pour encaisser les chocs dignes d’un marteau-pilon, snorkels greffés comme des tubas de plongée pour traverser les gués boueux, et cartographies moteur ajustées pour ne pas suffoquer dans l’air raréfié des hauts plateaux. La ville hôte de Naivasha est à 2000m d’altitude! Les pistes kényanes, c’est un cocktail détonant de rochers assassins, d’ornières vicieuses et de poussière si fine – le célèbre fesh-fesh – qu’elle s’infiltre jusque dans vos rêves. Ajoutez à cela une météo schizophrène qui passe de déluges bibliques à un soleil de plomb en un claquement de doigts, et vous obtenez un terrain qui fait passer les autres rallyes pour des balades dominicales.

Quand il pleut, le fesh-fesh devient une glu infâme, transformant les spéciales en un mélange de patinoires et de colle. Quand le soleil tape, les compressions à haute vitesse sur des routes défoncées testent les limites de la physique – et des vertèbres des pilotes. Les équipes techniques, elles, prient pour que les amortisseurs tiennent le coup face à ce traitement de choc. Bref, au Kenya, on ne gagne pas par hasard : il faut du talent, de la chance et une voiture qui ne rend pas l’âme malgré des contraintes mécaniques aux limites du raisonnable. Il s’agit réellement d’un véritable marathon où il faut savoir gérer l’effort et la prise de risques.
Un championnat encore indécis (mais pas trop)

Côté pilotes, le début de saison a déjà offert son lot de surprises. Sébastien Ogier, le pigiste de luxe, a frappé fort à Monte-Carlo, pendant qu’Elfyn Evans s’imposait en Suède avec la froideur d’un Viking. Résultat ? Le Gallois de Toyota trône en tête du championnat avec le double de points de ses poursuivants les plus sérieux en vue du championnat: Kalle Rovanperä, le double champion revenu de sa pause sabbatique, et Thierry Neuville, le tenant du titre qui doit encore prouver qu’il peut dompter l’Afrique. Derrière, c’est le grand flou artistique – comprenez : un peloton de furieux prêts à profiter des abandons.

Mais au Kenya, le classement peut vite ressembler à un jeu de chaises musicales. Les favoris ne sont pas à l’abri d’une crevaison, d’un moteur noyé ou d’une suspension qui déclare forfait. Evans, avec sa régularité de métronome, partira peut-être avec un léger avantage psychologique bien qu’il sera clairement handicapé le premier jour avec son rôle de balayeur à moins que les cieux et la pluie ne soient de son côté en gommant ce désavantage, mais Rovanperä, déjà double vainqueur ici (2022 et 2024) a l’expérience pour lui faire mordre la poussière – ou plutôt le fesh-fesh bien que son début de saison ne soit pas tonitruant. Tout ce petit monde profitera évidemment de l’absence d’Ogier sur cette épreuve.
Les légendes du Safari : un club très fermé
Parlons-en, des dompteurs de savane. Le Safari Rally, c’est une institution, un monument d’endurance où seuls les plus coriaces laissent leur empreinte. Shekhar Mehta, le roi incontesté avec cinq victoires dans les années 70-80, reste la référence absolue – un Kenyan qui connaissait les pistes comme sa poche et roulait avec l’élégance d’un gentleman et la férocité d’un lion. Björn Waldegård, quatre succès au compteur, a lui aussi marqué l’histoire, jusqu’à s’imposer à 46 ans en 1990 – un record d’âge battu récemment par un certain Loeb au Monte Carlo 2022, toujours prompt à rappeler qu’il est increvable.

Juha Kankkunen et Colin McRae, trois victoires chacun, ont prouvé que vitesse et sang-froid pouvaient cohabiter, tandis que Miki Biasion et Tommi Mäkinen ont exporté la gloire italienne et finlandaise sous le soleil africain. Plus près de nous, Ogier et Rovanperä se disputent déjà le titre de nouvelle terreur du Safari. Le Français, avec son sens de la gestion, et le jeune prodige finlandais, avec son audace insolente, incarnent deux écoles. Mais tous deux élèves de l’académie Toyota Gazzo Racing. Neuville (Hyundaï), lui, devra enfin montrer qu’il peut briller là où les grands se révèlent.
Un spectacle à haut risque

Alors, qui pour succéder à Rovanperä, dernier vainqueur en date ? Les paris sont ouverts, mais une chose est sûre : le Safari Rally Kenya 2025 va trier le grain de l’ivraie. Entre les spéciales ultra-rapides où la moindre erreur envoie valser une saison entière, les pièges naturels qui guettent à chaque virage et une météo qui joue les divas, ce n’est pas un rallye, c’est un rodéo. Les spectateurs, eux, seront aux anges : voir ces bolides bardés de gadgets jouer les équilibristes sur des pistes défoncées, c’est du grand art – ou une catastrophe annoncée, selon le point de vue.
Pour les équipes, c’est une autre histoire. Les mécanos vont passer des nuits blanches à rafistoler des carcasses malmenées, pendant que les pilotes, casque vissé sur la tête, tenteront de ne pas perdre leur sang-froid – ni leur voiture – dans ce chaos organisé. Le Kenya ne fait pas de cadeau, et c’est précisément pour ça qu’on l’aime.
| Intitulé | Longueur | Local | Réunion | Europe | Vietnam |
| Jeudi 20 Mars | |||||
| ES1 Kasarani | 4,760km | 13h05 | 14h05 | 11h05 | 17h05 |
| ES2 Mzabibu1 | 8,270km | 16h43 | 17h43 | 14h43 | 20h43 |
| Vendredi 21 Mars | |||||
| ES3 Camp Moran1 | 31,400km | 07h28 | 08h28 | 05h28 | 11h28 |
| ES4 Loldia1 | 19,110km | 08h56 | 09h56 | 06h56 | 12h56 |
| ES5 Kengen Geothermal1 | 13,180km | 10h09 | 11h09 | 08h09 | 14h09 |
| ES6 Kedong1 | 15,100km | 11h02 | 12h02 | 09h02 | 15h02 |
| ES7 Camp Moran2 | 31,400km | 13h45 | 14h45 | 11h45 | 17h45 |
| ES8 Loldia2 | 19,110km | 15h13 | 16h13 | 13h13 | 19h13 |
| ES9 Kengen Geothermal2 | 13,180km | 16h26 | 17h26 | 14h26 | 20h26 |
| ES10 Kedong2 | 15,100km | 17h19 | 18h19 | 15h19 | 21h19 |
| Samedi 22 Mars | |||||
| ES11 Sleeping Warrior1 | 26,970km | 08h35 | 09h35 | 06h35 | 12h35 |
| ES12 Elmenteita1 | 17,310km | 09h35 | 10h35 | 07h35 | 13h35 |
| ES13 Soysambu1 | 28,970km | 10h33 | 11h33 | 08h33 | 14h33 |
| ES14 Sleeping Warrior2 | 26,970km | 15h05 | 16h05 | 13h05 | 19h05 |
| ES15 Elmenteita2 | 17,310km | 16h05 | 17h05 | 14h05 | 20h05 |
| ES16 Soysambu2 | 28,970km | 17h03 | 18h03 | 15h03 | 21h03 |
| Dimanche 23 Mars | |||||
| ES17 Mzabibu2 | 8,270km | 06h42 | 07h42 | 04h42 | 10h42 |
| ES18 Oserengoni1 | 18,330km | 07h53 | 08h53 | 05h53 | 11h53 |
| ES19 Hell’s Gate1 | 10,530km | 09h05 | 10h05 | 07h05 | 13h05 |
| ES20 Oserengoni2 | 18,330km | 11h56 | 12h56 | 09h56 | 15h56 |
| ES21 Hell’s Gate2 (PS) | 10,530km | 14h15 | 15h15 | 12h15 | 18h15 |