Enfin, la Formule 1 sort de son interminable partie de poker menteur des essais hivernaux pour nous offrir un premier aperçu des forces en présence lors des qualifications du Grand Prix d’Australie à Melbourne sur le circuit occasionnel de l’Albert Park (depuis 1996 après les GP d’Australie qui se déroulaient à Adélaïde). Sous un ciel clément – pour l’instant – et une piste flirtant avec les 31°C, les masques sont tombés. Et autant vous prévenir : certains ont intérêt à vite trouver un miroir pour se regarder en face.
Commençons par les héros du jour : McLaren. Oui, les deux papayes ont décidé de jouer les gros bras en trustant le haut de la grille. Les deux monoplaces pumpkin’ – ou quel que soit le nom de cette teinte criarde – ont mis tout le monde d’accord, reléguant les favoris attendus par les analystes en carton, à des rôles de figurants. On imagine déjà Zak Brown bomber le torse en conférence de presse, oubliant au passage que la course, c’est demain, et que la pluie annoncée pourrait transformer cette pole en radeau de la méduse. néanmoins, Mc Laren profite de l’instant présent en ayant atomisé le record de la piste de Verstappen en 2024 (anciennement 1’15,915 contre 1’15,096 claqué par Norris) de près d’une seconde. Enorme.

Derrière, Max Verstappen, le triple champion en titre, (pourtant sous le signe orange du fait de son origine néerlandaise) signe une P3 qui sent le pragmatisme. Une petite erreur dans le troisième secteur lors de son deuxième run en Q3 lui coûte peut-être la pole, mais on le connaît : il doit déjà être en train de ruminer sa revanche pour demain. Sa Red Bull semble moins tranchante que par le passé face au reste du plateau (même s’il améliore sa marque personnelle de l’an passé de près d’une demie-seconde), et avec la météo qui s’annonce apocalyptique, il pourrait bien se montrer une fois encore opportuniste.

Et puis il y a Ferrari. Oh, Ferrari… Les tifosi doivent avoir ressorti leurs mouchoirs. Septième et huitième, devancés par Alex Albon et Yuki Tsunoda – oui, vous avez bien lu –, les Rouges ont encore trouvé le moyen de décevoir. On attendait une révolte après une pré-saison en demi-teinte, mais non, ils préfèrent visiblement jouer les seconds rôles face à une Williams et une RB qui, soyons honnêtes, n’étaient pas censées leur voler la vedette. Bravo, les gars, belle entrée en matière.
Côté rookies, c’était la grande découverte. Première qualif, première claque. Le time attack d’Albert Park, avec ses murs vicieux et son bitume capricieux, a dû leur rappeler qu’ici, on ne rigole pas. On ne sait pas encore qui a tremblé le plus, mais une chose est sûre : ils ont tous compris que la F1, ce n’est pas une balade dominicale dans le parc – même si, techniquement, on est à Albert Park. Un point tout de même sur le français Hadjar (Racing Bulls) qui se qualifie P11 au terme de Q2…pas mal pour un rookie !

Et puis il y a Lewis Hamilton. Le septuple champion du monde, fraîchement débarqué dans son nouvel environnement – bonjour l’inconnu –, termine à une P8 qui doit lui laisser un goût amer. Derrière son ancien coéquipier Russel resté chez Mercedes, il termine également (et surtout!) derrière son coéquipier qui n’a même pas eu la politesse de finir son deuxième run en Q3. Une sortie prématurée, un abandon avant même le tour lancé : on appelle ça un camouflet. Lewis, habitué aux pole positions en Australie (systématiques de 2014 à 2019) comme d’autres à leur café du matin, va devoir vite se faire à cette nouvelle réalité. À 40 ans passés, on lui souhaite bien du courage.

Demain, la course s’annonce comme un joyeux bordel. Départ à 15h00 locale – soit 5h00 pour les zombies européens et 8h00 pour les Réunionnais courageux –, 58 tours sous une pluie drue jusqu’à mi-parcours. Autant dire que les cartes, déjà bien mélangées aujourd’hui, risquent de finir en charpie. Verstappen, avec une voiture en retrait, pourrait voir ses rêves de victoire noyés dans les flaques. Les McLaren, si brillantes sous le soleil, devront prouver qu’elles savent nager. Quant aux Ferrari, prions pour qu’elles ne coulent pas carrément.
Bref, ces qualifications nous ont offert un avant-goût savoureux, mais le plat principal s’annonce épicé. Alors, attachez vos ceintures et préparez vos parapluies : Melbourne 2025, c’est parti pour être un sacré spectacle – ou un désastre mémorable.
| Pos | Pilote | Ecurie | chrono Q3 |
|---|---|---|---|
| 1 | Lando Norris | McLaren Mercedes | 1:15.096 |
| 2 | Oscar Piastri | McLaren Mercedes | 1:15.180 |
| 3 | Max Verstappen | Red Bull Racing | 1:15.481 |
| 4 | George Russell | Mercedes | 1:15.546 |
| 5 | Yuki Tsunoda | Racing Bulls | 1:15.670 |
| 6 | Alexander Albon | Williams Mercedes | 1:15.737 |
| 7 | Charles Leclerc | Ferrari | 1:15.755 |
| 8 | Lewis Hamilton | Ferrari | 1:15.973 |
| 9 | Pierre Gasly | Alpine Renault | 1:15.980 |
| 10 | Carlos Sainz | Williams Mercedes | 1:16.062 |