On l’appelait “Mister P2”, le gentil Alex Marquez, le cadet modèle, l’éternel second du cirque MotoGP. Celui qui collectionnait les deuxièmes places avec autant d’enthousiasme qu’un comptable collectionne les factures. Mais ce dimanche à Jerez, l’histoire a décidé de basculer : Alex Marquez a claqué sa première victoire en MotoGP, pendant que son illustre grand frère, Marc Marquez, prenait le temps d’admirer l’Andalousie… d’abord depuis les graviers puis depuis l’arrière-course.
Un départ sous haute tension

Tout avait pourtant commencé comme une copie carbone des dimanches précédents : Fabio Quartararo, enfin réveillé d’un coma sportif de 560 jours, s’élançait en tête. Bagnaia, stratégiquement collé à sa roue, et Marc Marquez, lui, s’incrustait dans le trio de tête. Le plan semblait écrit : domination des anciens champions, humiliation des seconds couteaux. Mais à Jerez, le scénario s’est transformé en mauvais soap espagnol.
Dès les premiers virages, Alex Marquez a envoyé un avertissement clair : il n’était pas là pour faire tapisserie. Faute de collectionner les records de précocité comme son aîné, le #73 avait décidé de tout miser sur le chaos. Résultat : un freinage suicidaire à Turn 6 où il a failli embarquer Marc en mode bowling familial. Bien joué l’artiste.
Marc Marquez : la chute du mythe

À force de jouer avec la gravité, Marc Marquez a fini par se souvenir que même lui n’était pas exempt des lois de la physique. Un tout droit lamentable dans Turn 8 dès le troisième tour, pendant qu’il essayait de suivre Bagnaia à la trace, et le héros local se retrouvait à ruminer sa perte de championnat depuis le bac à sable. Une habitude qui commence à devenir gênante. Toutefois, fidèle à son habitude, il restait cramponné au guidon de sa Ducat’ et reprenait la piste pour tenter de glaner quelques points malgré l’absence de tous les appendices aéro du flanc gauche.
S’il avait voulu offrir la tête du championnat à son petit frère, il ne s’y serait pas pris autrement.
Alex Marquez : l’avènement improbable

Libéré de toute contrainte familiale (et des roues traînantes de son frère), Alex a fait ce que personne n’aurait osé prédire : rouler vite, propre, et surtout plus intelligent que tous les autres. Après un dépassement autoritaire sur un Quartararo un peu en mode “mode survie”, Alex a planté un rythme infernal. Deux tours après son dépassement à Turn 1, l’écart gonflait déjà comme une bouée de plage.
La suite ? Une leçon. Pendant que Quartararo bloquait désespérément Bagnaia avec des trajectoires léchées, que Viñales fondait comme un vautour affamé, Alex Marquez s’échappait seul au monde. Le gamin surnommé “Mister P2” venait d’endosser le costume de “Mister P1” sous les yeux médusés des 100 000 fans présents, probablement encore sous le choc de la gamelle du frère ainé.
Quartararo : 560 jours d’errance balayés
Dans l’ombre de cette révolution dynastique, un autre miraculé s’extirpait du néant : Fabio Quartararo. Oui, ce même Fabio qui, depuis 2023, collectionnait les galères comme d’autres collectionnent les verres à shot. Incapable de décrocher ne serait-ce qu’un podium depuis l’Indonésie 2023, le Français a profité du grand ménage de Jerez pour ressusciter.
Pas question pour lui de laisser Bagnaia lui pourrir son dimanche : “El Diablo” a tenu bon, résisté à toutes les tentatives d’intimidation de Pecco, et a sauvé une deuxième place aussi miraculeuse qu’inattendue. Yamaha, au fond du trou technique depuis deux ans, a enfin quelque chose à afficher fièrement en interne autre qu’un PowerPoint sur “comment foirer une saison en trois étapes”.

Bagnaia : le stratège invisible
De son côté, Pecco Bagnaia continue sa campagne 2025 en mode “économiseur de points”. Certes, ce n’est pas du grand art, mais pendant que les têtes d’affiche s’empilent dans les bacs à gravier, lui accumule les petits trophées de troisième place comme un écolier appliqué accumule les bons points.
Bagnaia n’a jamais réellement pu attaquer Quartararo, trop occupé à regarder dans ses rétros la menace Viñales grandir. Résultat : une P3 qui sent la résignation, mais qui permet au champion du monde en titre de rester en embuscade, à défaut de briller.
| Pos. | Rider | Team | Chrono |
|---|---|---|---|
| 1 | A. Marquez | GRESINI | 40:56.374 |
| 2 | F. Quartararo | YAMAHA | +1.561 |
| 3 | F. Bagnaia | DUCATI | +2.217 |
| 4 | M. Viñales | KTM | +3.678 |
| 5 | F. Di Giannantonio | VR46 | +7.267 |
| 6 | B. Binder | KTM | +8.529 |
| 7 | P. Acosta | KTM | +9.764 |
| 8 | A. Ogura | TRACKHOUSE | +10.923 |
| 9 | E. Bastianini | TECH3 | +15.879 |
| 10 | L. Marini | HONDA | +17.239 |
Marc Marquez : la dégringolade continue
Relégué à une triste douzième place finale après avoir remonté comme un forcené pour ramasser quelques miettes de points, Marc Marquez termine ce Grand Prix avec un constat froid : sa saison, si prometteuse, ressemble de moins en moins à un long fleuve tranquille. Pour preuve ce coup d’épaule autoritaire sur Bagnaia en début de course qui ne lui permettait toutefois pas de décontenancer ou impressionner un Pecco toujours souriant qui déclarait à l’arrivée que “malheureusement, la bataille avec Marc n’a pas été assez longue.” Taquin le garçon !
Perdre la tête du championnat face à son petit frère, au nez et à la barbe de tout un public espagnol acquis à sa cause, voilà qui devrait faire grincer quelques dents chez Ducati. Surtout qu’à ce rythme, le grand Marc risque de perdre de sa sérénité. Pour la première fois de la saison, il était réellement mis en difficultés. Si sûr de lui quand il est devant, il a cette fois perdu de sa superbe.
La suite ? Le Mans : le piège français
Direction Le Mans pour le prochain épisode de cette saison devenue imprévisible. Quartararo aura l’occasion de surfer sur la vague de son podium miraculeux devant son public (même si l’Espagne demeure son pays d’adoption, lui qui a usé ses premières combinaisons à l’école espagnole), Alex Marquez devra prouver que cette victoire n’est pas un alignement cosmique unique, et Marc… devra prier pour que la gravité lui accorde enfin une trêve.
Car une chose est certaine : au vu du chaos de Jerez, la seule prévision raisonnable pour le reste de la saison est simple — attendez-vous à l’inattendu.
| Pos. | Pilote | Team | Points |
|---|---|---|---|
| 1 | A. Marquez | Gresini | 140 |
| 2 | M. Marquez | Ducati | 139 |
| 3 | F. Bagnaia | Ducati | 120 |
| 4 | F. Morbidelli | VR46 | 84 |
| 5 | F. Di Giannantonio | VR46 | 63 |
| 6 | F. Quartararo | Yamaha | 50 |
| 7 | J. Zarco | Honda | 43 |
| 8 | A. Ogura | Trackhouse | 37 |
| 9 | M. Bezzecchi | Aprilia | 36 |
| 10 | P. Acosta | KTM | 33 |