Deux courses. Une seule ville. Et toujours aucune étincelle. Le double header monégasque de la Formula E – ou ce qui ressemble de plus en plus à une parade de Segway en costume de super-héros – a donc officiellement eu lieu. Oui, deux courses dans les rues de la Principauté. Deux occasions ratées de nous faire frissonner. Parce que, qu’on se le dise, entendre les mouettes hurler à Sainte Dévote pendant que les voitures s’échangent des politesses, ce n’est pas exactement ce qu’on attend d’une course automobile.
Mais que voulez-vous, c’est la Formula E. L’endroit où l’adrénaline vient avec option rechargeable, où les règlements changent plus souvent que la météo, et où l’action est aussi lisible qu’un manuel de micro-ondes traduit du coréen au portugais via le suédois et le tout sans reversé ou chatGPT évidemment…
Round 6 : Rowland au sommet, pendant que Monaco pique du nez

Samedi, Oliver Rowland – qui semble vouloir se tailler une réputation de tueur à gants blancs cette saison – a remporté sa troisième course en six rounds. 50 % de victoires. À ce rythme-là, il va falloir qu’on lui branche un limiteur de performance pour garder les autres dans le même fuseau horaire.
Rowland, donc, a donné une leçon de stratégie pendant que tout le monde jouait à « qui activera l’ATTACK MODE en dernier ? ». Et comme si ce n’était pas déjà assez confus, on nous a ressorti le fameux « PIT BOOST », ce truc improbable où les pilotes vont aux stands non pas pour changer de pneus (quelle idée), mais pour activer un mode propulsion quatre roues motrices de 50kW. Le futur, on vous dit.

Le pauvre Taylor Barnard, poleman juvénile et sacrifié sur l’autel de l’expérience, s’est vu déposer à la chicane comme une lettre à la Poste. Et puis il y eut les traditionnelles neutralisations (da Costa dans le mur, Evans en panne), suivies d’un petit ballet de dépassements sous assistance électronique, jusqu’à ce que Rowland, malin comme un chat de gouttière, use son dernier boost pour dépasser tout le monde en deux virages. Clap de fin, rideau, merci Monaco.
Pendant ce temps, Jake Dennis, lui, recevait une pénalité de cinq secondes pour avoir un peu trop accéléré sous régime de Full Course Yellow – autant dire qu’il a fait le Mario Kart dans le salon pendant que tout le monde se brossait les dents. Mais grâce à son coéquipier Mueller, stratégiquement lent pour retenir les poursuivants, Dennis grimpe quand même sur le podium. La Formule E, c’est aussi du catch mental.
Round 7 : Buemi ressuscite, et Vergne s’autodétruit

Dimanche, surprise : Sébastien Buemi, que l’on croyait rangé des voitures depuis 2019, a signé un come-back de gala avec une victoire nette et sans bavure. Parti huitième, arrivé premier, en mode balai-brosse, pendant que les autres se prenaient les pieds dans leurs boutons d’attaque.

La pluie fine qui s’était invitée le matin avait laissé la piste aussi glissante qu’une cuisine en inox huilée. De quoi ajouter un peu de sel à une série qui en manque cruellement. Jean-Éric Vergne, pourtant en tête avec trois secondes d’avance et sa célèbre défense façon parpaing, a vu son rêve fondre quand Rowland a décidé de jouer au kamikaze dans la chicane.
Le Britannique, qui avait déjà un avertissement sur son casier, coupe joyeusement la chicane, bouscule tout le monde, et se voit obligé de rendre la position. Trop tard : Vergne, évitant le crash, perd deux places et son âme dans l’opération. De Vries, opportuniste, glisse en tête. Buemi, lui, profite du chaos comme un vieux briscard. Il dépasse tout ce petit monde, active son ATTACK MODE avec la grâce d’un maître d’échecs, et s’envole vers sa troisième victoire en Principauté. On l’appelle maintenant “Monsieur Monaco”. Oui, en Formule E. Calmons-nous.
Une illusion de spectacle
Alors oui, sur le papier, on a eu des dépassements. Oui, le classement a bougé. Et oui, certains pilotes ont montré de belles choses (Cassidy remonté de la 14e à la 3e place dimanche, bravo, tu gagnes un chargeur USB). Mais qu’on ne s’y trompe pas : la Formula E à Monaco reste une expérience audiovisuelle étrange. Les voitures ne font pas de bruit, les stratégies sont dictées par des ingénieurs sur Excel, et les drames sont rarement visibles à l’œil nu.

La course de samedi ressemblait à un jeu de Monopoly tactique où les cases “ATTACK MODE” et “PIT BOOST” remplaçaient les hôtels sur la rue de la Paix. Celle de dimanche avait tout d’un vaudeville humide, où les prétendants au titre se chamaillaient pour savoir qui rendrait la place à qui, et à quel moment.
Rowland s’envole, les autres pédalent
Avec 115 points contre 67 pour son poursuivant direct da Costa, Oliver Rowland peut d’ores et déjà commencer à faire des essais pour sa couronne. Nissan, dans la foulée, se rapproche de Porsche au championnat constructeur, bien que les Allemands soient toujours en tête au classement par équipes. Chez Mahindra, on se remet à croire au podium. Chez Envision, on se remet tout court.
Et après ?
Prochaine étape : Tokyo. Encore un double-header. Encore deux jours de tactiques, de boosts et d’énergie à la louche. Mais à une condition : que le spectacle soit enfin à la hauteur du concept. Parce qu’à force d’attendre que la Formula E électrise les foules, on commence à soupçonner qu’elle ne soit qu’un grille-pain connecté déguisé en championnat du monde.
Et à Monaco, le grille-pain a bien fonctionné. Il a grillé Barnard, fait fondre Vergne, fait ressusciter Buemi et dopé Rowland. C’est déjà pas si mal. Mais bon sang, qu’est-ce qu’on s’ennuie dans ce train-là.