Décidément, il va falloir que les autres pilotes de l’IndyCar songent à courir avec des amulettes, des trèfles à quatre feuilles ou au minimum une petite statuette de Saint-Christophe planquée sous le volant. Parce que face à Alex Palou, il ne reste plus grand-chose à tenter. Même les dieux de la course semblent avoir choisi leur camp, et ce n’est pas celui de Josef Newgarden.
Dimanche, sur l’anneau court d’Iowa, théâtre de la Farm to Finish 275 powered by Sukup (parce qu’on est aux États-Unis, donc même les noms de course ressemblent à des slogans de pub agricole), Alex Palou a encore frappé. Et cette fois, il ne s’est pas contenté d’écraser la concurrence à la régulière. Non. Il a eu en plus le bon goût de le faire avec un coup de chance monumental, histoire de bien humilier tout le monde.
La stratégie du “pile je gagne, face tu perds”
Palou est troisième, derrière Newgarden et Malukas, dans un sprint final où chaque arrêt au stand peut faire basculer la course. Les deux de devant rentrent. Palou reste dehors. Et là, comme par enchantement — ou comme dans un très mauvais script d’un téléfilm du dimanche — Colton Herta perd le contrôle de sa voiture et va embrasser le mur. Drapeau jaune. Caution. Et voilà notre cher Alex qui rentre aux stands, peinard, pendant que ses petits copains se sont arrêtés sous drapeau vert et ont perdu un temps précieux.

Résultat ? Palou ressort leader. La course redémarre pour les 11 derniers tours et, sans grande surprise, monsieur s’envole vers sa septième victoire de la saison.
Sept victoires en douze courses. On n’avait pas vu ça depuis Al Unser Jr. en 1994, autant dire une époque où Internet faisait encore “crrrr-bzzzz-krrrk” quand on se connectait uniquement dans les campus les mieux équipés. Et encore, Unser Jr. s’était arrêté là ou presque. Palou, lui, a cinq courses pour égaler — voire surpasser — les mythes de la discipline. A.J. Foyt (10 victoires en 1964), Mario Andretti (9 en 1969), Al Unser (10 en 1970)… On commence sérieusement à parler de Palou dans la même phrase que ces légendes. Oui, ça fait mal.
L’ovale court n’est plus un problème

Il fut un temps — pas si lointain — où les ovales courts étaient la kryptonite de Palou. Pas cette année. Avec cette victoire à Iowa, il complète désormais le grand chelem des circuits IndyCar : rues, routiers, superspeedways et short tracks. Et tout ça sans transpirer. Pendant que d’autres suent sang et huile pour finir dans les points, lui accumule les trophées comme s’il faisait des emplettes chez l’épicier du quartier.
Et ne croyez pas que cette victoire est purement opportuniste. Avant même de profiter du cadeau céleste du drapeau jaune, il avait déjà mené 194 tours sur 275. Il écrasait déjà la course, juste pas encore en tête. Il suffisait d’un petit coup de pouce du destin — ce qui, visiblement, est inclus dans son package saison 2025.
Team Penske : comédie tragique en trois actes
Pendant ce temps, chez Team Penske, c’est Les Misérables, version mécanique. On commence avec Scott McLaughlin, victime collatérale du patinage artistique de Devlin DeFrancesco dès le premier tour. Crash, mur, tow truck. Rideau. Ensuite, Will Power décide de jouer la carte de la panne technique. Lap 21, voiture en panne, course terminée. Et pour finir, Newgarden, l’homme aux six victoires sur ce circuit, se fait deux fois piéger par des drapeaux jaunes sortis au plus mauvais moment. Deux fois leader, deux fois ramené à la 13e place, puis 10e à l’arrivée. Si on cherche une définition de “pas de bol”, on peut imprimer sa course de dimanche.
Et derrière ? Rien. Le désert.

Scott Dixon termine deuxième, comme d’habitude. Marcus Armstrong complète le podium, au volant d’une voiture qui, surprise, bénéficie aussi du savoir-faire Chip Ganassi Racing. Bref, quand ce ne sont pas les voitures rouges et jaunes de Palou qui gagnent, ce sont ses cousins techniques.

O’Ward termine cinquième, encore une fois à la porte du succès, mais à des années-lumière du rythme du leader. Quant à David Malukas, il peut toujours se consoler avec une quatrième place honnête. Honnête, mais inutile quand on voit ce qu’en fait Palou.
| Pos | Pilote | Team | Chrono |
| 1 | Alex Palou | Chip Ganassi | 01:48:39.2641 |
| 2 | Scott Dixon | Chip Ganassi | 01:48:39.7921 |
| 3 | Marcus Armstrong | Meyer Shank | 01:48:42.0077 |
| 4 | David Malukas | A.J. Foyt | 01:48:43.2648 |
| 5 | Pato O’Ward | McLaren | 01:48:44.0891 |
| 6 | Christian Lundgaard | McLaren | 01:48:45.7019 |
| 7 | Felix Rosenqvist | Meyer Shank | 01:48:46.1662 |
| 8 | C. Rasmussen | Ed Carpenter | 01:48:47.0995 |
| 9 | Robert Shwartzman | PREMA | 01:48:48.3098 |
| 10 | Josef Newgarden | Penske | 01:48:49.3941 |
La Palou-dépendance : un sport à part entière
Soyons clairs : si Palou continue sur cette lancée, le championnat est terminé. Il a 129 points d’avance sur O’Ward. Ce n’est plus une avance, c’est une tranchée. Derrière, Kirkwood à 173 points ressemble à un figurant qu’on a oublié de prévenir que la vraie course pour le championnat avait commencé.
La vraie question est donc la suivante : est-ce qu’on regarde encore la saison pour voir qui va gagner, ou juste pour observer comment Palou va le faire ? Parce qu’à ce stade, même Netflix n’oserait pas écrire un scénario aussi prévisible.
Prochaine étape : Toronto, ou la confirmation du rouleau compresseur

Direction le Grand Nord, avec le Ontario Honda Dealers Indy Toronto. Un endroit où Palou a déjà fini deuxième. On parie quoi qu’il va gagner cette fois ? En toute logique, la suite du programme ressemble plus à une tournée de célébration qu’à une saison de sport automobile.
Alex Palou n’est pas en train de remporter un championnat. Il est en train de le réécrire, avec une insolence et une constance qui frôlent l’indécence. Et à moins d’un miracle ou d’un envoi express de marabout par ses rivaux, cette série va se transformer en marche triomphale vers un troisième titre consécutif.
A ce rythme-là, la vraie course, c’est pour la deuxième place.
| Pos | Pilote | Team | Moteur | Total |
| 1 | Alex Palou | ![]() | ![]() | 515 |
| 2 | Pato O’Ward | ![]() | ![]() | 386 |
| 3 | Scott Dixon | ![]() | ![]() | 342 |
| 4 | Kyle Kirkwood | ![]() | ![]() | 335 |
| 5 | Christian Lundgaard | ![]() | ![]() | 300 |
| 6 | Felix Rosenqvist | ![]() | ![]() | 298 |
| 7 | Marcus Armstrong | ![]() | ![]() | 267 |
| 8 | Will Power | ![]() | ![]() | 244 |
| 9 | Colton Herta | ![]() | ![]() | 244 |
| 10 | Santino Ferrucci | ![]() | ![]() | 237 |







