mercredi, septembre 9, 2026

Quand le baquet change de fesses…

Alors que les moteurs ne sont pas encore allumés, les “langues”foutants”, elles, tournent déjà à plein régime. Et pour cause : ce rallye de Sainte-Suzanne (10 mai) promet déjà son petit scandale familial. Que les feux soient encore éteints n’empêche pas les observateurs de s’échauffer les phalanges et la langue. Car l’événement du week-end, ce n’est pas le chrono. Non. C’est le changement de caste chez les Miranville.

Jusqu’ici, dans la dynastie locale du rallye, c’est Ulrich Miranville qui tenait le cerceau pendant que le frangin Thomy, baquet de droite vissé au fessier, débitait les notes avec la régularité d’un métronome suisse. Chacun à sa place, dans un monde bien ordonné. Et puis paf : mariage. Ulrich a troqué les gants de pilote pour ceux du mari parfait (non, de rien !), laissant la voiture (et probablement la lessive du dimanche) à son cadet. Thomy, donc, grimpe à gauche, côté pilote. Et ce n’est pas une promotion, c’est une révolution.

Et attention, on ne parle pas ici d’un mec qui a 25 rallies dans les pattes. Le CV de Thomy au volant tient sur un post-it : une course de côte, point ! Bref, c’est comme si on collait un steward aux commandes d’un Boeing en lui souhaitant bonne chance. Mais là où certains grimacent, d’autres salivent. Car ce passage du baquet de droite au baquet de gauche, c’est aussi l’occasion de vérifier une hypothèse sournoisement entretenue par certains (présent ! 👋) : et si, au fond, Thomy avait toujours été le plus rapide du duo ? Oui, je l’assume. Taquinerie fraternelle ou pas, seul le chrono tranchera.

Mais voilà : pour que l’expérience ne vire pas au sketch, le jeune (enfin, façon de parler) Thomy a eu l’excellente idée de s’entourer intelligemment. Dans le baquet de droite, donc, c’est Théo Grondin qui débarque. Monsieur méthodologie. Le copilote qui ferait prendre des notes au vent. Ex-voix de Joël Boyer, le gars ne tremble pas au moment de balancer une notes à l’instant T. Un bon choix. Mieux : un choix stratégique.

Cette 208 numéro 21 engagée dans le Volant éponyme pourrait donc bien devenir la surprise du chef. Pas de chef étoilé ici, mais deux anciens copilotes assis chacun à l’opposé du rôle qu’ils maîtrisaient. C’est un peu comme si deux chefs d’orchestre se lançaient dans un duo de flûte et triangle. Sur le papier, on ricane. Sur la route, on jugera.

Ajoutez à cela un contexte très particulier : un rallye ultra court — 32,160 km seulement, découpés comme une série Netflix — où la moindre erreur coûte plus cher qu’un plein de sans plomb en 2025. Un freinage un peu trop optimiste, un virage mordu comme une mangue pas mûre, et c’est la descente express au classement. Pas de marge, pas de droit à l’erreur. Une course de gosses pressés dans des voitures de grands. Le genre de rallye où on boucle une spéciale et on perd trois places en ayant simplement cligné des yeux.

Et ce n’est pas tout : ce rallye compte double dans le cadre du Volant pour Thomy qui l’a nominé. Autant dire que le pilote rookie n’est pas venu pour faire du tourisme. Non, monsieur débarque en mode “banzaï”, avec dans le rétro l’ombre bienveillante (ou moqueuse ?) d’un grand frère fraîchement marié, tapi dans le paddock, probablement une coupe de champagne à la main. Ulrich, tout juste sorti des noces, devrait suivre les temps intermédiaires comme d’autres suivent les épisodes d’un feuilleton turc.

Et pendant qu’on y est, levons notre verre (et nos ricanements contenus) à ce brave Ulrich, désormais en pleine aventure familiale. Les festivités se sont paraît-il déroulées sans accroc. Enfin, presque. J’ai entre les mains quelques photos d’anthologie, mais par souci de décence — et parce que la taquinerie est un carburant trop précieux pour être gâché prématurément — elles resteront au chaud dans mon dossier “à sortir un jour de pluie”. Tous mes voeux de bonheur Marine et Ulrich !

Quoi qu’il en soit, ce rallye de Sainte-Suzanne, version 2025, aura déjà au départ plus de suspense qu’une spéciale du Monté sous la neige. Le scénario est là : un néo-pilote à l’enthousiasme rafraîchissant, un copilote au CV long comme une liste d’attente pour une Clio Cup, un frère en embuscade et des kilomètres comptés au centimètre.

Et si la paire Miranville-Grondin réussit son coup, on pourra toujours dire qu’on l’avait vu venir. Enfin, certains d’entre nous. D’ici là, on surveillera les reconnaissances, les rumeurs de paddock, les pseudo-tensions et les vrais freinages tardifs. Car à Sainte-Suzanne, ce qui se joue, ce n’est pas juste une course. C’est peut-être un passage de témoin, ou pire : une revanche de petit frère.

Et ça, ça mérite bien quelques chronos. Ou quelques pages de dossier, n’est-ce pas Ulrich ?

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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