vendredi, octobre 16, 2026
spot_img

Quand les pilotes prennent racines…

Le Rallye de Pologne est un monument de l’ERC. Un monument en poussière, certes, mais un monument quand même. Pour cette 81e édition, les spécialistes de la glisse nord-européenne sont revenus labourer les plaines mazuriennes comme s’il s’agissait d’un concours agricole. Et comme souvent, c’est Mārtiņš Sesks qui a ramené la plus grosse moisson.

Le Letton, déjà vainqueur ici en 2023, a sorti la moissonneuse-batteuse Škoda Fabia RS Rally2 chaussée de MRF, et a débroussaillé les spéciales avec une autorité assez insultante pour le reste du plateau. Cinq scratches sur sept spéciales : il n’a laissé que des miettes — et encore, même les moineaux avaient du mal à suivre.

Seul accroc dans cette démonstration de force ? Une légère erreur dans l’ES3, où notre bon Mārtiņš a testé l’efficacité des freins à l’approche d’un droite rapide. Résultat : petit détour champêtre, un scratch pour Roope Korhonen, et l’illusion passagère qu’il pourrait y avoir un suspense. Mais non. 21,4 secondes d’avance à l’issue de la journée, merci, au revoir.

Roope Korhonen, le prince héritier de la crevaison différée

Le Finlandais, leader du championnat et fidèle lui aussi à MRF (le fabricant de pneus qui doit commencer à sérieusement envisager de vendre des drapeaux à ses couleurs), est le seul à avoir tenté de courir avec Sesks. Un peu comme si vous essayiez de faire la course avec un TGV en trottinette électrique, mais qu’au moins, vous aviez mis une cape de super-héros pour faire illusion. Celà dit, compte tenu des positions au championnat provisoire, le surdoué finlandais fait une belle opération.

Korhonen a tenu bon, a perdu peu de temps, et a fini la journée deuxième, avec quelques secondes d’avance sur le local de l’étape, Miko Marczyk. Héros de la soirée d’ouverture, Marczyk avait mené la danse vendredi sur la super spéciale avant de voir la réalité polonaise (et les pneus Michelin glissants comme des cornichons) le ramener à sa juste place : celle d’un pilote efficace, mais condamné à surveiller ses trajectoires comme un conducteur Uber en formation. “On n’a pas de grip mais au moins on a une bonne position de départ demain.” On sent l’enthousiasme du mec…

Jon Armstrong, le retour du Rallyman prudent

Quatrième au soir de cette première journée, l’Irlandais Jon Armstrong a décidé de réécrire le scénario habituel des pilotes M-Sport-Ford : au lieu de sortir dans la première spéciale ou de partir avec trois vitesses manquantes, il a pris son temps. Doucement le matin, pas trop vite l’après-midi, et une remontée discrète mais efficace.

Sa Fiesta Rally2 chaussée de Pirelli a répondu présent à mesure que sa confiance remontait. Une stratégie de diesel qui paye — mais qui le laisse tout de même à bonne distance des deux MRF devant. Il devance le pauvre Isak Riersen, qui ne peut même pas se consoler avec une blague sur Hankook, tant personne ne semble convaincu par ses gommes.

Mads Østberg, nouveau copilote, même galères

L’homme aux grimaces et aux Citroën C3 capricieuses, Mads Østberg, a passé sa journée à réapprendre à parler à droite. Son nouveau copilote, Giovanni Bernacchini, a découvert ce que c’est que de réciter des notes pour un pilote qui préfère les improvisations façon jazz.

Cerise sur le gâteau, la C3 a décidé de faire grève dans l’après-midi. Résultat : sixième temps final, plus d’une minute dans la musette, et cette impression qu’Østberg passe plus de temps à gérer des problèmes qu’à rouler.

Tempestini, Mabellini et autres naufragés du samedi

Andrea MABELLINI during the FIA European Rally Championship in Veszprem, Hungary on 10, May 2025 // @World / Red Bull Content Pool // SI202505100129 // Usage for editorial use only //

Simone Tempestini est septième, dans un anonymat tellement profond qu’on hésite à lui envoyer une lampe torche. Juste derrière lui, Andrea Mabellini a vécu une après-midi façon Koh-Lanta. Une crevaison, une seule roue de secours, un pneu arrière qui gonfle comme l’égo de certains influenceurs et… deux spéciales à sauver ce qui reste de sa voiture. Ironie de l’histoire : il claque le meilleur temps sur la super spéciale finale, comme quoi le rallye a parfois le sens de la farce.

PosEquipageVoitureChronos
1. Sesks Mārtiņš/
Francis R.
Škoda Fabia RS Rally254’50,1
2. Korhonen Roope/
Viinikka Anssi
Toyota GR Yaris Rally2+21.4
+21.4
3. Marczyk M./
Gospodarczyk S.
Škoda Fabia RS Rally2+33.9
+12.5
4. Armstrong Jon/
Byrne Shane
Ford Fiesta Rally2+41.4
+7.5
5. Reiersen Isak/
Gustavsson S.
Škoda Fabia RS Rally2+48.1
+6.7
6. Østberg Mads/
Bernacchini G.
Citroën C3 Rally2+1:05.1
+17.0
7. Tempestini Simone/
Itu Sergiu
Škoda Fabia RS Rally2+1:21.3
+16.2
8. Mabellini Andrea/
Lenzi V.
Škoda Fabia RS Rally2+1:23.9
+2.6
9. Johansson Mille/
Grönvall J.
Škoda Fabia RS Rally2+1:36.4
+12.5
10. Matulka Jakub/
Syty Damian
Škoda Fabia RS Rally2+1:48.9
+12.5

Derrière, les Johansson, Matulka et compagnie se battent comme ils peuvent avec des voitures mal réglées, des pneus fatigués et des chronos qui font mal à l’ego.

Et les autres, alors ?

Jos Verstappen, oui, le papa de Max, a signé un joli deuxième temps dans la dernière spéciale de la journée. À croire qu’il commence à mieux comprendre le mode d’emploi du Rally2. Il mène même la catégorie Masters avec une avance confortable. Comme quoi, quand on ne fout pas une torgnole à son fils à la radio, on peut encore faire quelque chose de ses mains.

En ERC3, Tymek Abramowski tient la baraque malgré des soucis de puissance. Il devance de 8,6 secondes Ville Vatanen, héritier d’un nom lourd à porter en rallye. Derrière eux, Tristan Charpentier essaie de garder le cap, à défaut de viser la lune.

Enfin, en Junior ERC, Calle Carlberg rigole tout seul en tête, pendant que Jaspar Vaher tente de donner un peu de lustre à une Lancia Ypsilon dont la seule gloire jusque-là était de servir de voiture de location en Sicile.

En résumé : Sesks, les autres, et le sable

Cette première étape du Rallye de Pologne a été un festival de glisse, de poussière, de pneus au bout du rouleau et de pilotes au bord de la crise de nerfs. Dimanche, il reste six spéciales et 84,8 kilomètres pour que les poursuivants fassent illusion… ou que Mārtiņš Sesks termine son récital façon maestro. À moins qu’un tronc d’arbre mal intentionné ou un sanglier polonais ne vienne redistribuer les cartes. On peut rêver.

IntituléLongueurLocalRéunionVietnam
Dimanche 15 Juin
ES9 Mikołajki17,600km08h0010h0013h00
ES10 Pozezdrze120,000km09h0511h0514h05
ES11 Gmina Mrągowo115,200km10h3512h3515h35
ES12 Mikołajki27,600km12h4014h4017h40
ES13 Pozezdrze220,000km13h4515h4518h45
ES14 Gmina Mrągowo2[PS]15,200km16h0518h0521h05
cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

Articles similaires

- Publicité -spot_img

Derniers articles

fr_FRFrançais