Ah, le rallye. Ce sport qui vous fait ressentir toutes les émotions humaines, de la panique pure à la jubilation intense, souvent dans le même virage. Et le Rallye de Silésie 2024, dernière étape du Championnat d’Europe des Rallyes (ERC), n’a pas déçu. Entre la pluie, les pneus, et quelques moments d’égarement géographique (qu’on appelle communément “se planter dans une barrière”), la compétition nous a offert tout un tas de moments qui méritent d’être gravés dans le marbre…ou pour le moins ci-dessous !
Mabellini, ou l’art de choisir les bons pneus (et les bons mots)
Commençons par Andrea Mabellini, ce jeune Italien de 25 ans qui a démontré qu’au rallye, la clé du succès tient parfois à… la météo. Oui, la météo. Pas besoin d’être un fin météorologue, juste quelqu’un qui sait que la pluie, ça mouille, et qu’il vaut mieux chausser des pneus en conséquence.
Armé de sa Škoda Fabia Rally2 Evo et de sa copilote Virginia Lenzi, Mabellini a fait le pari gagnant de mixer des pneus secs et humides. Un choix aussi stratégique que surprenant, qui lui a permis de dévorer la route comme une lasagne bien garnie. Son adversaire, le chevronné Hayden Paddon, au volant de sa Hyundai i20 N Rally2, l’a senti passer sur la dernière spéciale, SS11, où Mabellini a glissé avec 8 secondes d’avance sur une route aussi glissante qu’un spaghetti mal cuit.

Pourtant, malgré la pluie, la boue et probablement quelques jurons dans l’habitacle, Mabellini a tenu bon. Et même si, selon ses propres dires, les 11,87 km de la spéciale lui ont semblé être “les plus longs de sa vie”, il a franchi la ligne d’arrivée avec 18,3 secondes d’avance. Vous vous souvenez des 8 gagnants différents cette saison ? Ajoutez Mabellini à la liste. Il devient le huitième vainqueur, comme quoi, la variété c’est vraiment la clé du bonheur.
Paddon, ou comment une barrière peut changer votre journée
Passons maintenant à Hayden Paddon, le Néo-Zélandais aux nerfs d’acier, qui a tout de même réussi à remporter un deuxième titre ERC consécutif, malgré une relation… tumultueuse avec les barrières de sécurité polonaises.
Paddon, qui avait une avance de 6,1 secondes sur Mabellini avant la SS11, a vécu un de ces moments où la vie vous lance un défi. Vous savez, ce genre de défi où, après avoir manqué de vous encastrer dans un talus de terre, vous vous retrouvez coincé, à appuyer frénétiquement sur l’accélérateur comme si c’était la dernière gorgée de votre boisson préférée au fond du verre. Spoiler alert : ça ne marche pas.

Il a dû faire marche arrière. Et non seulement ça, mais quelques kilomètres plus tard, il a décidé de traverser une barrière. Littéralement. Apparemment, prendre un virage à la corde ne signifie pas forcément aller tout droit à travers la barrière et découvrir une nouvelle route. Cela dit, Paddon a le sens de l’humour. Après sa petite excursion, il a perdu plus de 20 secondes, mais a tout de même plaisanté : “Je ne pense pas avoir eu autant d’aventures en une seule étape.” Hayden, tu nous fais rire, mais ta voiture, elle, beaucoup moins.
Le suspense, c’est bien. Gagner deux fois, c’est mieux.
Malgré ses “aventures”, Paddon a gardé l’essentiel en tête. Son objectif n’était pas de batailler jusqu’à l’épuisement, mais de rentrer sain et sauf avec une voiture encore en un seul morceau (ou presque) pour décrocher son deuxième titre ERC. Et il l’a fait. On applaudit.
Ce qui est impressionnant avec Paddon, c’est sa capacité à jouer le jeu sans céder à la tentation de la surenchère. “Je savais ce que j’étais ici pour faire, et le titre est extrêmement important”, a-t-il déclaré après avoir franchi la ligne. Et même si tout ne s’est pas passé comme prévu cette saison (déficit de performance, tu dis ?), il a su redresser la barre, ou plutôt, la voiture, pour tout rafler dans les deux derniers rallyes. Un peu comme le héros d’un film qui, après s’être pris un bon nombre de coups, se relève pour asséner le coup final. Sauf qu’ici, il n’y a pas de scène coupée, tout est en direct.
Armstrong, le rookie qui aime les podiums (et les surprises)
En parlant de remontée héroïque, comment ne pas évoquer Jon Armstrong ? Ce pilote soutenu par la Motorsport Ireland Rally Academy est passé de la septième place au début de la deuxième journée à… la deuxième place finale. Ça, c’est ce qu’on appelle une remontée de folie, digne d’un film d’action où le second rôle se transforme en héros à la fin.

Armstrong, au volant de sa Ford Fiesta Rally2 chaussée de Pirelli, a lui aussi vécu quelques péripéties, notamment sur les spéciales SS2 et SS3. Mais qui a dit que le rallye devait être ennuyeux ? Certainement pas Armstrong, qui a donné tout ce qu’il avait pour finir 1,5 seconde devant Paddon et s’offrir son premier podium ERC. Bien joué, Jon. Bien joué.
Le reste de la bande : Marczyk, Franceschi et compagnie
N’oublions pas non plus Miko Marcyk, le héros local qui a terminé quatrième du rallye, assurant ainsi sa troisième place au classement général des pilotes. Si vous pensiez qu’il était là juste pour faire de la figuration, détrompez-vous. Rouler sur ses terres, c’est une pression supplémentaire, et Marczyk l’a gérée avec brio, tout en gardant son sang-froid sous les acclamations de ses fans.

De son côté, le français Mathieu Franceschi a sécurisé la deuxième place derrière Paddon au classement final, malgré une modeste cinquième place en Silésie. Yoann Bonato, lui, de retour après une blessure, a pris la sixième position, prouvant qu’il n’a rien perdu de sa détermination ni de son talent. Quant à Grzegorz Grzyb et Jarosław Szeja, ils complètent le top 10 avec style, tandis que Szeja s’offre même un premier titre polonais. Notez que le top5 se tient en moins d’une minute après 180km de course et que la vitesse moyenne du vainqueur est de 102,5 km/h…102,5km/h DE MOYENNE !
| Pos | Equipage Monture | Chrono |
| 1. | Mabellini Andrea Lenzi Virginia Škoda Fabia RS Rally2 | 1h45’28.9 |
| 2. | Armstrong Jon Treacy Eoin Ford Fiesta Rally2 | +18.3 |
| 3. | Paddon Hayden Kennard John Hyundai i20 N Rally2 | +19.8 |
| 4. | Marczyk M. Gospodarczyk S. Škoda Fabia RS Rally2 | +24.1 |
| 5. | Franceschi Mathieu Malfoy Andy Škoda Fabia RS Rally2 | +53.1 |
| 6. | Bonato Yoann Boulloud Benjamin Citroën C3 Rally2 | +1:29.1 |
| 7. | Grzyb Grzegorz Binięda Adam Škoda Fabia RS Rally2 | +1:55.9 |
| 8. | Szeja Jarosław Szeja Marcin Škoda Fabia Rally2 evo | +2:16.3 |
| 9. | Gabryś Zbigniew Syty Damian Škoda Fabia RS Rally2 | +2:35.4 |
| 10. | Allen Philip Drew Craig Škoda Fabia RS Rally2 | +2:45.9 |
Conclusion : L’art du rallye, c’est aussi savoir rester sur la route
Ainsi se termine ce dernier chapitre d’une saison ERC palpitante. Entre les virages serrés, les pneus malins, et les moments où l’on se demande si certains pilotes ne confondent pas route et champ de maïs, on ne s’ennuie jamais dans ce sport.
Mais au final, c’est la persévérance et la stratégie qui l’emportent. Alors bravo à Mabellini pour sa victoire de Silésie, à Paddon pour son double titre, et à tous ceux qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes sous la pluie, dans la boue, et parfois même… dans les barrières.
| Pos | Pilote | Monture | Total |
| 1 | Hayden PADDON | Hyundai i20 Rally2 | 145 |
| 2 | Mathieu FRANCESCHI | Skoda Fabia Rally2 | 124 |
| 3 | Miko MARCZYK | Skoda Fabia Rally2 | 109 |
| 4 | Andrea MABELLINI | Skoda Fabia Rally2 | 101 |
| 5 | Jon ARMSTRONG | Ford Fiesta MKII Rally2 | 88 |
| 6 | Simone TEMPESTINI | Skoda Fabia Rally2 | 59 |
| 7 | Mads OSTBERG | Citroën C3 Rallly2 | 51 |
| 8 | Yoann BONATO | Citroën C3 Rally2 | 49 |
| 9 | Simon WAGNER | Skoda Fabia Rally2 | 49 |
| 10 | Efren LLARENA | Skoda Fabia Rally2 | 45 |