vendredi, octobre 16, 2026
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Rallye Autonexx: Batailles à tous les étages…

Au-delà du podium, qui attire évidemment la plupart des regards, une épreuve recèle quantité d’autres batailles qui passent malheureusement parfois sous les radars. Pas sous les nôtres !

Lors du dernier Rallye Autonexx, la baston fut somptueuse pour la victoire finale. Mais quelques dizaines de secondes plus loin, la lutte pour le gain de la P4 a donné lieu à une autre empoignade entre trois équipages. Au bout des douze spéciales, David Koenig / Julien Audibert (Mitsubishi Evo VI) terminaient au pied du podium devant Shayan Ramdenee / Richey Beenessreesingh (Citroën C3 Rally2), tandis que Grégory Toulet / Romain Koenig (Citroën Saxo VTS) fermaient le ban de notre trio, tout en s’imposant en chefs de file des tractions. Voilà pour la photo d’arrivée.

Seulement, un résultat brut cache parfois beaucoup plus qu’il ne raconte. Derrière trois lignes d’un classement final se dissimulent ici des écarts qui se creusent puis fondent, des positions qui changent de mains et une bagarre qui ne cessera pratiquement jamais. Alors quittons un instant la photo pour regarder le film.

Etape 1: de nuit et dans tous les sens…

La première étape du Rallye Autonexx se déroulait de nuit, sur des routes encore grasses. Et toujours selon ce principe bien mauricien : un seul tracé parcouru alternativement dans les deux sens, avec retour au parc d’assistance entre chaque boucle. Le samedi soir avait cependant une particularité : Plaine Champagne / Chamarel proposait seulement 5 kilomètres, mais extrêmement sinueux et avec énormément d’amplitude. Les ES1, ES3 et ES5 empruntaient le tracé en descente, de Plaine Champagne vers Chamarel. Les ES2, ES4 et ES6 le parcouraient en montée, de Chamarel vers Plaine Champagne. Même route, donc. Mais retournée comme un gant à chaque spéciale. Et lorsque l’on isole les chronos de nos trois candidats à la P4, ce simple changement de sens produit une image assez spectaculaire.

Ce qui saute immédiatement aux yeux, c’est le mouvement presque en miroir des deux 4RM de Shayan Ramdenee (Citroën C3 Rally2) et David Koenig (Mitsubishi Evo VI) face à la beaucoup plus modeste 2RM de Grégory Toulet (Citroën Saxo VTS).

Plus légère, bien que nettement moins puissante, la « petite » Saxo fait beaucoup mieux que tirer son épingle du jeu dans le tourniquet de la descente. Elle joue franchement avec ses deux rivales. Toulet est même le plus rapide des trois dans l’ES1 et l’ES5, tandis qu’il réalise exactement le même chrono que Ramdenee dans l’ES3. Autrement dit : sur les trois descentes, jamais la Saxo ne se fait réellement décrocher par les deux 4RM.

En montée, l’image est totalement renversée. Les puissantes quatre roues motrices turbocompressées prennent systématiquement le dessus sur l’atmosphérique de la Saxo. Et avec une régularité suffisamment nette pour que le phénomène soit impossible à manquer sur le Sismo.

Mais un deuxième croisement apparaît à l’intérieur même du duel des 4RM.

Dans le sens montant, la C3 Rally2 de Ramdenee prend systématiquement l’avantage sur la Mitsubishi de Koenig. ES2, ES4, ES6 : trois passages, trois chronos en faveur de Shayan.

En descente, la tendance s’inverse. Koenig prend le dessus sur Ramdenee dans les ES1 et ES3. Seule l’ES5 échappe à cette logique, pour 1”2, alors que quelques gouttes supplémentaires viennent ponctuellement s’inviter à la fête sur une chaussée déjà grasse. Notez que la Mitsu’ Evo6 est la dernière à empattement réduit par rapport aux générations suivantes. Cet empattement plus court, aura-t-il permis à David de pivoter plus facilement la japonaise ? Demandez-lui .

Poids, puissance, motricité, caractéristiques des voitures, pilotage, réglages ? Le Sismo ne permet pas de distribuer les responsabilités. Il montre en revanche quelque chose de beaucoup plus solide : sur le même morceau de route parcouru alternativement dans les deux sens, les rapports de force changent très nettement.

Et c’est précisément ce que la simple lecture du classement de chaque spéciale permet difficilement de percevoir.

Leg2, on change de paradigme…

Dimanche, changement radical de décor. On conserve certes la même architecture, un tracé unique parcouru alternativement dans les deux sens, mais cette fois on entre dans le royaume de la vitesse sur les 4,3 kilomètres de La Pipe / Pavé Citron. Sans grande surprise, la Saxo de Grégory Toulet fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a de moins : deux roues motrices et un turbo face aux Citroën C3 Rally2 et Mitsubishi Evo VI. Et le Sismo est presque implacable. Les courbes de Toulet et Koenig évoluent pratiquement en parallèle, signe que l’écart de performance kilométrique entre les deux équipages reste relativement stable au fil de cette deuxième étape.

Non, celle qui attire immédiatement l’œil est la courbe de Shayan Ramdenee. Son dimanche avait pourtant commencé tambour battant. Dans la première boucle des ES7 et ES8, la C3 Rally2 prend nettement l’avantage sur Koenig et Toulet. Puis vient l’ES9 et le contact avec la chicane, après un freinage au “panneau trop tard“. La sanction sera de 15 secondes, mais elle n’apparaît volontairement pas dans ce Sismo : ici, nous observons la performance sportive pure, pas ses conséquences au classement général.

Et même débarrassé de cette pénalité administrative, le chrono raconte déjà quelque chose. Ramdenee concède du temps à ses deux adversaires. Déconcentration, temps pour se remettre dans le bon tempo? En tout cas sa réaction est spectaculaire dans l’ES10. Coup de collier : Shayan reprend 7 secondes à Koenig sur seulement 4,3 kilomètres. La C3 est immédiatement revenue dans le match. Puis arrive l’ES11.

Et là, le Sismo plonge. Ramdenee concède 14”6 à Koenig et 11”9 à Toulet sur une seule spéciale. Une véritable rupture dans sa courbe, d’autant plus intrigante que le premier passage effectué dans le même sens avait raconté exactement l’inverse : dans l’ES7, Shayan avait signé un excellent chrono, à seulement 1”5 de Ritesh Ramdarshan, alors lancé dans sa bataille avec Thierry Duvivier. L’ES9 possède donc son événement identifiable. L’ES11, pour l’instant, possède seulement son chrono 11s moins vite pour Shayan que dans l’ES 7.. Problème mécanique ? Erreur ? Incident ? Autre chose ? Nous n’en savons rien. Et plutôt que d’inventer une jolie explication qui arrangerait parfaitement notre graphique, il reste une méthode beaucoup plus efficace. Passer un coup de fil à Shayan. Encore faut-il qu’il trouve cinq minutes pour répondre…

En attendant, revenons à notre bataille pour la P4. Car si les deux Sismos viennent de nous montrer comment chacun des trois équipages a performé au long de chaque chrono pris indépendamment , ils ne disent pas encore complètement ce que ces variations ont produit sur le classement.

Pour cela, il faut changer de focale.

Bien évidemment, tous ces mouvements chronométriques entre les trois équipages finissent par avoir des conséquences très concrètes au classement. Après avoir regardé qui allait vite, où et quand, changeons donc de point de vue pour observer ce que ces performances ont produit.

Cette fois, notre point zéro est David Koenig, quatrième à l’arrivée. Et le film est autrement plus agité que ne le laisse penser la photographie finale. De nuit, la première étape donne déjà lieu à plusieurs changements dans la bataille pour le pied du podium. Toulet débute devant Koenig, Ramdenee revient, Koenig reprend l’avantage, puis Shayan finit par passer devant dans l’ES5. Dimanche, la C3 creuse même progressivement l’écart jusqu’à compter 11”5 d’avance sur Koenig après l’ES8. Puis tout bascule.

L’ES9 et ses 15 secondes de pénalité font repasser Ramdenee derrière. L’ES10 remet pourtant immédiatement de l’huile sur le feu : Shayan revient à seulement 1”4 de Koenig. L’ES11, celle-là même qui nous laisse encore quelques questions, fait finalement basculer la bataille. Malgré une dernière réaction dans l’ES12, Ramdenee termine à 11”3 de la Mitsubishi. Toulet, après avoir lui aussi occupé le devant de cette bataille en début de rallye, termine à 35”0 de Koenig. Et au bout de ces douze chronos, la comptabilité reprend ses droits. David Koenig / Julien Audibert accrochent la P4 et les 19 points qui l’accompagnent. Shayan Ramdenee / Richey Beenessreesingh repartent avec les 17 points de la P5, tandis que Grégory Toulet / Romain Koenig s’imposent dans le royaume des tractions.

Trois équipages, trois voitures radicalement différentes, douze spéciales et suffisamment de croisements pour rappeler qu’un rallye ne se résume décidément pas à ceux qui sabrent le champagne. Finalement, cette bataille dans la guerre tient peut-être en une phrase :

Le podium, c’est le pied. Mais le pied du podium, ça reste chaud !

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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