Ce matin, la grande messe du CDSR en préparation du Rallye de Saint Joseph (prévu les 26 et 27 octobre) s’est tenue, et on a eu droit à un festival de perles administratives. Il est toujours impressionnant de voir à quel point certaines réunions de haut vol peuvent devenir de véritables pépinières d’idées farfelues. Heureusement, notre chère Ernestine, infiltrée discrètement, m’a transmis quelques informations croustillantes sur les débats… et croyez-moi, on touche le sommet du délire bureaucratique.
Le grand méchant groupe électrogène
Il semble que le rallye ne soit pas le seul événement à subir le poids d’une nouvelle lubie réglementaire. Même les courageux organisateurs du Grand Raid ont eu droit à leur lot d’absurdités. Quelle est la dernière invention géniale en date ? Selon un représentant du SDIS (dont, par charité, je tairai le nom pour éviter qu’il ne subisse les foudres publiques), il serait désormais obligatoire pour tous — tenez-vous bien — de présenter un certificat de conformité pour chaque groupe électrogène utilisé. Même les représentants des autres administrations en ont eu les bras et la mâchoire qui tombe !
Parce qu’évidemment, les équipes d’assistance du rallye, qui trimballent ces engins depuis des lustres, avaient prévu de garder tous ces précieux papiers sous leur oreiller, bien au chaud. Désormais, chaque groupe électrogène, même celui qui date de la préhistoire, devrait être scrupuleusement vérifié par les organisateurs, au cas où un danger inouï viendrait troubler la quiétude de la compétition. Non mais, sérieusement ?
Une mission noble… enfin, en théorie

Le SDIS, dont la mission première est de nous protéger des incendies et autres joyeusetés inflammables, semble avoir soudainement décidé de passer du rôle de pompier à celui de trouble-fête voir de mettre le feu. En effet, leur nouvelle obsession est d’éviter que les groupes électrogènes ne s’enflamment comme des feux de paille. Alors, je vous pose la question : combien d’incendies provoqués par des groupes électrogènes avons-nous déploré à La Réunion ces dernières années ? À quand remonte la dernière explosion d’un de ces engins ?
Oh, attendez, ne cherchez plus, c’est quasiment nul. Les vraies flammes destructrices viennent des accidents de voitures, comme l’actualité dramatique nous le rappelle régulièrement. Alors pourquoi diable s’acharner sur ces pauvres groupes électrogènes ? Une idée folle, peut-être ? Il y a plus de risques d’incendies sur le pare-brise que dans les parcs d’assistance.
La bureaucratie ou l’art de chercher des poux
La question que tout le monde se pose est donc la suivante : le SDIS compte-t-il vraiment arpenter les parcs d’assistance du rallye pour vérifier si chaque groupe électrogène a son petit certificat bien tamponné ? Seront-ils équipés de calepins et de stylos pour traquer les moindres failles réglementaires ? Et puis, pourquoi s’arrêter là ? Peut-être que le prochain objectif sera de vérifier si chaque rallonge est conforme à un certain diamètre, ou d’utiliser des sonomètres pour mesurer le niveau sonore à 1,5 mètre de distance et 0,85 cm de hauteur précise. Oui, parce que c’est bien connu, un groupe électrogène trop bruyant pourrait provoquer des secousses sismiques.

Et si on poussait le ridicule jusqu’au bout ? Pourquoi ne pas exiger des boîtiers électriques fournis directement par ERDF avec supplément de facturation, histoire de remplir encore un peu plus les caisses ? Et qu’en est-il de nos chers briquets ? Attention à ce que la flamme ne dépasse pas les 1,85 cm. Au-delà, c’est la sanction immédiate, direction la case prison pour tentative d’incendie volontaire.
L’absurdité au pouvoir
Le plus déconcertant dans tout cela, c’est que cette frénésie de réglementation absurde a un réel impact sur les événements sportifs locaux. Quand chaque service public décide d’appliquer à la lettre la moindre directive, aussi farfelue soit-elle, on en arrive à créer un environnement étouffant pour les organisateurs, les participants et même les spectateurs. C’est un peu comme si on avait décidé de transformer la passion du sport en une gigantesque chasse aux sorcières administratives.
Soyons sérieux deux minutes : chaque équipe d’assistance dans un rallye dispose d’un extincteur à jour, et chaque voiture de course a aussi le sien. L’enjeu principal est de garantir la sécurité sur le terrain, pas de faire la chasse aux petits détails inutiles qui ne servent qu’à alourdir la paperasse.
Un sport sous pression

Respecter les règles, c’est une chose. Tous les sportifs en sont conscients. Mais se laisser étouffer par une avalanche de détails insignifiants, c’est une toute autre histoire. On en arrive à un point où l’on se demande si l’objectif des autorités n’est pas simplement de dissuader toute initiative volontaire. Parce que, soyons clairs : à force d’empiler des directives sans queue ni tête, on décourage les bonnes volontés. Et après, on s’étonne que le terrain se rebelle et que l’organisation d’événements majeurs devienne un véritable parcours du combattant.
C’est un peu comme ces fameux « déconnectés » qui pondent des directives derrière leurs écrans, confortablement installés dans leurs bureaux climatisés, sans jamais avoir mis les pieds sur le terrain. Pour eux, chaque problème se résout avec une case cochée dans un tableau Excel. Sauf que sur le terrain, les réalités sont bien différentes. Ce n’est pas en vérifiant les rallonges électriques ou en imposant des certificats pour des groupes électrogènes qu’on améliore la sécurité des compétitions. Bien au contraire, on finit par rendre l’organisation impossible et laisser ainsi la voie à des rassemblements “sauvages” non -encadrés.
Et pendant ce temps, le rallye continue…
Et pourtant, malgré toutes ces embûches administratives, le rallye continue. Les équipes d’assistance, les pilotes et les organisateurs font preuve d’une incroyable résilience face à ces règlements sans fin. Parce que, au final, ce qui importe vraiment, c’est la passion pour le sport. Le rugissement des moteurs, l’adrénaline de la course, les encouragements des spectateurs… voilà ce qui compte vraiment. Tout le reste n’est que bruit de fond bureaucratique.
Alors, au SDIS, un petit conseil amical : plutôt que de chercher la petite bête là où il n’y en a pas, pourquoi ne pas accompagner les organisateurs dans leur démarche, en les aidant à garantir la sécurité sans pour autant leur imposer des règles aussi absurdes qu’inutiles ? Ce serait bénéfique pour tout le monde, vous ne pensez pas ?
En attendant, on se donne rendez-vous au prochain rallye. Avec ou sans certificat de conformité pour les groupes électrogènes, on espère que le spectacle sera au rendez-vous, et que le seul incendie que l’on verra sera celui de la passion des fans et des pilotes sur la piste.
