Qu’on soit clair dès le départ : ceci n’est pas un publi-reportage. Rien, absolument rien dans cette tirade n’est motivé par une quelconque opération de charme de la part de Renault, et encore moins de l’importateur local, dont le mépris crasse pour les sports mécaniques est aussi légendaire que son absence d’intérêt pour tout ce qui ne s’appelle pas « stock de Twingo Stepway ». Si cet article existe, c’est uniquement parce qu’un OVNI mécanique mérite qu’on s’y attarde. Même s’il roule à l’électricité. Et même si son prix ferait pâlir le CAC40.
Bienvenue dans le monde délirant de la Renault 5 Turbo 3E, ou comment Renault a osé ressusciter la plus sulfureuse des citadines sportives françaises en la branchant sur secteur. Oui, la R5 Turbo renaît. Non, elle ne pète plus. Elle siffle. Et contre toute attente, c’est jouissif. Mais qu’on ne s’y trompe pas : si nous en parlons, c’est par passion, pas par courtoisie commerciale. Vous l’aurez compris, ce n’est pas le genre de projet qui intéresse les stratèges en chemisette de l’importation locale hormis d’un point de vue purement comptable !
Retour vers le futur, version branchée
1980 : Renault lâche dans la nature une petite bombe appelée R5 Turbo. Moteur central, propulsion, turbo à la latence d’un café instantané, 160 chevaux et un comportement de kart énervé. 2025 : Renault fête les 45 ans de la bête en sortant une version électrique, la Turbo 3E, forte d’un équivalent de 540 chevaux sur les seules roues arrière, un 0 à 100 km/h pulvérisé en moins de 3,5 secondes et un look qui ferait passer une Lamborghini Countach pour une Renault 14 (vous savez, “la poire”).
Sous ses allures de délire de designer sous MDMA (voire pire), la Turbo 3E est une vraie machine à drifter. Conçue pour cracher du pneu, faire des donuts sur TikTok, ou poser fièrement dans un garage climatisé entre une collection de montres et trois NFT. C’est une œuvre d’art roulante, une proposition furieusement inutile donc totalement indispensable. Mais inutile, vous savez ce que ça veut dire pour notre distributeur local : aucun intérêt à part peut-être la revendre avec une grosse plus value dans quelques années comme déco pour un showroom vide.
1980 exemplaires pour 1980 frustrés

Car inutile de rêver : cette voiture n’est pas pour vous, moi, ou quiconque n’ait pas hérité d’un empire sucrier ou revendu un 3-pièces à Paris en 2019. La Turbo 3E sera produite à 1980 exemplaires, clin d’œil évident à son année de naissance. Pour en réserver une, il faudra sortir 50.000 € immédiatement. Pas pour la voiture, hein, juste pour avoir le droit de patienter jusqu’en 2027. Et à la livraison, surprise ! Un petit supplément de 105.000 € vous sera demandé. Total : 155.000 € pour une R5 qui ne fait pas vroum. Celà dit, ya prêt moyen de spéculer un peu (c’est d’ailleurs sans doute l’objectif réel).
Vous pensiez qu’un tel bijou aurait une petite chance d’atterrir sous nos latitudes ? Détrompez-vous. L’importateur local, déjà trop occupé à ignorer royalement toute forme de compétition automobile, ne bougera pas un orteil pour soutenir cette initiative. Quoique… ça dépend de la marge ! Sport auto ? Passion mécanique ? Frissons de pilotage ? Oubliez. Ici, le sport, c’est de faire tenir 5 Kwid sur un bateau. Le seul drift qui les intéresse, c’est celui de la courbe des ventes des caisses électrisées.
Et pourtant, quel look !

Oui, on va le dire sans rougir : cette bagnole est magnifique. Un design néo-rétro furieusement bien fichu, avec des hanches larges comme un parking de grande surface, des phares façon light-show de Daft Punk, et des appendices aérodynamiques qui crient « circuit » plus fort qu’un speaker agité (j’en connais un très bon…mais en disponibilité). Les designers de Renault ont sorti le grand jeu, avec un clin d’œil à chaque détail de la Turbo originelle, sans tomber dans le kitsch ou le gadget. Une vraie réussite esthétique. Et il n’a fallu que 45 ans pour qu’ils aient une idée pareille.
Mais attention : ce n’est pas une voiture de sport comme les autres. Ce n’est même pas une voiture, c’est un collector roulant, un objet d’art électrifié, conçu pour les nostalgiques fortunés et les influenceurs mécaniques à fort capital crypto. Un fantasme roulant à l’ère du tout-électrique. Une façon de dire « on peut encore faire rêver avec une auto », sans parler d’autonomie (400km) ni de bonus écologique…(espèce en voie de disparition).
Renault, toujours capable du pire… et parfois du génie
On est les premiers à se moquer du manque d’audace de l’industrie automobile française qui se plait à nous résumer des modèles passés. Et Renault, en particulier, nous a souvent offert des navets techniques entre deux concepts marketing fumeux. Mais cette fois, on les tient : une vraie prise de risque, une vraie célébration du patrimoine, et une baffe à tous les bobos coincés pour qui performance rime avec outrecuidance…
Et pendant que les Chinois balancent des missiles électriques par palettes et que Tesla, désormais orphelin de Musk, poursuit son expansion, Renault sort du bois avec une caisse complètement folle, 100% française, 0% raisonnable. Un collector pur jus. Et nous, on aime ça.
En résumé ?
La Renault 5 Turbo 3E, c’est l’exception qui confirme la règle : Renault peut encore faire rêver. Trop élitiste, trop sportive, trop atypique, cette voiture n’a aucune chance d’être mise en avant ici sauf en pub pour tenter de fourguer des bas de gamme arborant le même blason. Ce n’est pas grave. Nous, on a des frissons rien qu’en regardant les photos. Dis Marc, oui toi Marc, adorateur réel de sports mécaniques, obligé de rentrer dans le rang des tableaux Excel, t’en fais venir une et tu me la prêtes ?
Et si on en parle aujourd’hui, ce n’est pas pour faire plaisir à qui que ce soit. C’est parce qu’en 2025, une voiture électrique peut encore nous foutre la chair de poule. Même sans turbo. Même sans piston. Même sans le moindre intérêt local.