vendredi, septembre 11, 2026

Résilience vs cosplay…

Sainte-Suzanne: ses longues allonges (trop rares), ses virages serrés, ses précipitations imprévisibles, ses conditions de roulage si … spécifiques (chemin la boue), ses routes aussi larges qu’un ticket de caisse et surtout… son ambiance si particulière de reprise régionale au goût amer pour certains. Prochaine escale du championnat de la Réunion des Rallyes au Nord Est de l’Ile pour la deuxième manche le 10 Mai. Si, officiellement, on a déjà « lancer la saison » avec le rallye de Petite Ile début Avril, pour certains, 2025 a démarré façon “je la pose dans la boîte à gants”, à côté des rêves de podium et des vis de purge dès l’entame.

Et dans ce casting des espoirs tombés à l’eau (sans avoir vu la moindre goutte de pluie en course), le premier rôle (à égalité avec Souresh Assaby) est indiscutablement tenu par Samuel Hoarau, qui commence sa saison comme on commence une descente de lit en pyjama mouillé : avec résignation et deuil prématuré.

La malédiction du Losange asthmatique

Engagé cette année en Clio Rally4, le toujours junior Samuel Hoarau passé par la case apprentissage sur Clio Rally5 façon diamant en cours de polissage – 2 titres en deux saisons quand même le loustic – espérait pouvoir jouer dans la cour des sérieux du dessus en Rally4. Mais visiblement, le losange n’aime pas trop les vacances tropicales et les switch de voitures. Dès les premiers essais privés, la Clio ex-Chane Kaï s’est mise à tousser comme une Gauloise sèche. Problème de ratatouille moteur, un truc récurrent, insidieux, irritant. Le genre de souci qui te fait remettre en question à la fois la mécanique, la météo et tes choix de vie…et de monture.

Mais l’équipe se retrousse les manches, change quelques pièces, fait sauter une poignée de boulons et trois nuits de sommeil, pensant avoir trouvé la faille l’avant veille du départ du RPI. Que nenni ! Car dès la liaison vers Manapany1 (ES1 du Rallye de Petite Ile), le moteur reprend son petit récital de crapaud asthmatique et Samuel, flegmatique (comdab’) mais lucide (comdab’), range les gants et s’en retourne au parc assistance dès l’ES1 passée avec autant d’entrain qu’un vegan devant un buffet de garni.

Bilan : abandon avant l’ES2. Et pas pour une sortie de route spectaculaire. Pas pour un tonneau. Pas pour un excès d’attaque. Non. Juste pour un moteur qui ne veut pas.

Alpine : les sauveurs, un poil tardifs

Depuis, les téléphones ont chauffé. Les messages ont fusé. Et après une n-ième inspection du bourrin, le diagnostic tombe : un micro-détail esthétique, un défaut mesquin, vicieux et très “climato-réunionnais”, qui provoquait ce comportement à mi-chemin entre la crise d’épilepsie et la pause café du moteur. Et c’est Renault Sport – pardon, Alpine, puisque désormais tout doit avoir un logo premium pour justifier le tarif – qui a fini par trouver la parade. “Body adjustments” et tout devrait rentrer dans l’ordre.

On ne parlera pas ici de la modification exacte apportée à la voiture. D’abord parce que Samuel ne veut pas trop s’épancher ouvertement, ensuite parce que certains autres pilotes en Clio Rally4 ont manifestement préféré refuser d’aider, ne serait-ce que pour prêter un simple boîtier électronique pendant les tests en vue d’identifier le problème. Oui oui, ce genre de camaraderie bien connue dans le paddock, où l’esprit d’entraide se limite parfois à taper sur l’épaule et se prendre pour un badass de la discipline à grands renforts de cosplay. Le constat est grinçant : le sport auto local est encore gangréné par de petits égoïsmes crasseux, des “compétiteurs” qui se tirent dans les jantes au lieu de se hisser vers le haut en pensant à l’avenir (non, non, y’a pas de majuscule là). Dommage…mais tellement prévisible !

Résultat ? Samuel a mangé son pain noir en solo, a visiblement résolu le mystère tout seul avec son équipe (avec l’apport décisif de Fred Chane Kaï et Jimmy Payet), et n’a pas l’intention de jouer les Saint-Bernard pour les autres (en tous cas pour certains autres). Et on ne lui en veut pas. Car quand la solidarité mécanique locale se résume à un silence radio teinté de convoitise “d’image”, autant laisser les autres découvrir leur panne par eux-mêmes…au prochain virage.

Objectif : déverminage

Alors voilà. La Clio Rally4 est de retour dans le jeu. Enfin, bientôt. Car avant de pouvoir viser quoi que ce soit, il va falloir en passer par la case déverminage. Des roulages. Des réglages. Des coups de clé. Des allers-retours entre la piste de Sainte Anne et le garage. Des tests sous la pluie. Bref, des heures d’huile de coude, pour une voiture qui a décidé de démarrer l’année en mode diva capricieuse.

Mais il faut le dire : si elle veut bien tourner comme prévu, la Clio Rally4 de Sam’ pourrait bien devenir une sale bête sur les prochaines manches. En tout cas, il mérite bien mieux qu’un retour en remorque dès la spéciale d’ouverture terminée.

Et pendant ce temps-là, certains joueront les cadors dans leur cercle restreint, tout en priant que leur propre Clio ne se mette pas à tousser elle aussi. Sans doute passeront-ils un petit coup de fil à Alpine pour connaitre cette solution…on vous le dira, pensez-bien ! Car si le problème vient bel et bien des conditions locales, il n’est qu’une question de temps (et de temps) avant que le losange ne décide d’étendre sa ratatouille à d’autres moulins…

En conclusion : Petite Ile, temple de l’abandon précoce

Samuel Hoarau démarre donc l’exercice 2025 trahi par une mécanique allergique au temps (dans tous les sens). Avec une Clio enfin “fixée”, il reste encore un espoir de voir le jeune homme retrouver la confiance et, pourquoi pas, les podiums. Malgré ce faux pas mécanique en ouverture de saison, rien n’est joué dans un line up de haut rang en Rally4.

À Petite Ile, la course a continué. Les classements sont tombés. Les points ont été attribués. Mais pour certains, le vrai challenge est ailleurs en vue du Sainte Suzanne : réussir à faire vrombir une Clio Rally4 sans qu’elle tousse, sans aide, sans magie noire. Juste avec de la sueur, un peu de réussite et énormément de volonté . Et ça, c’est peut-être tout aussi méritant qu’une coupe sur une étagère.

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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